Et pendant ce temps Simone veille!

2018

Le Pompon, 70 pages

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C’est le livret de la pièce que j’ai vue jouer au théâtre de la Contrescarpe, Paris 5ème.

J’ai choisi de chroniquer ce petit ouvrage (70 pages) afin d’en faire connaître la pièce et la troupe.

Quatre actrices en scène, une narratrice (Simone) et trois qui jouent des femmes sur quatre décennies, qui rapportent l’évolution de la condition féminine en France depuis les années 50.

Je n’avais pas d’a priori en allant au spectacle, je m’attendais même à voir une pièce très tournée sur la vie de Simone Veil…

Hé bien oui et non ! oui pour les combats pour les femmes, non pour un auto centrage. On parle bien ici des femmes, de leur vie, de leur combat pour être respectées autant que les hommes, des évolutions juridiques, mais pas que… On les retrouve confrontées à leurs propres contradictions, à leurs envies de vivre avec les hommes et pas contre eux.

Il y a énormément d’humour dans cette pièce, les chansons qui les ponctuent sont à mourir de rire. Mais aussi de la tendresse qu’on peut éprouver face à leurs prises de conscience… et peut-être par rapport à notre propre vécu.

J’ai relu le texte tout de suite après, j’en avais donc à l’esprit les silences, les bons mots, les indignations et les rires dans la salle. Les hommes présents ont ri autant que les femmes… Les réparties sont extrêmement drôles :  « Simone de Beauvoir. Le Deuxième sexe !!!!! C’est affreux ! C’est quoi ? C’est où ? (…) Deuxième sexe ? Ça veut dire deux fois plus de gosses ! »

L’énergie déployée par les comédiennes est incroyable, c’est une bouffée d’air pur sur un sujet sérieux qui nous touche tous et toutes… allez-y !

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LE JOUR OU ANITA ENVOYA TOUT BALADER

Katarina Bivald

2016

Editions Denoël, 458 pages

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Anita est une mère célibataire de 38 ans, installée dans sa petite vie tranquille auprès de sa fille Emma, avec son travail à l’Extra-Market, dont les employées Pia et Nesrin sont presque ses seules amies, qu’elle retrouve le soir pour boire un verre au bar surnommé Le Réchaud à alcool.

Mais tout s’écroule lorsque sa fille de 18 ans décide de continuer ses études loin de chez elle : Anita se retrouve seule, tourne en rond chez elle, compte les heures, remplit son frigo sans rien manger…

« Etre une mère célibataire avec enfant est une chose, être une mère célibataire sans enfant en est une autre. Toute cette énergie dépensée pour rien. »

Elle se rend compte qu’elle ne peut vivre ainsi et qu’il lui faut trouver d’autres centres d’intérêt. Alors elle décide de réaliser les rêves qu’elle avait lorsque sa grossesse prématurée a mis fin à ses projets : apprendre à conduire une moto, acheter une maison et devenir complètement indépendante.

Elle est déjà indépendante, elle n’a pas assez d’argent pour acheter une maison, la seule possibilité reste donc d’apprendre à conduire une moto.

Anita se lance donc, apeurée à l’idée de se trouver à manœuvrer un engin aussi lourd, elle qui n’a même pas son permis auto. Et se rend compte qu’elle aime ça : « J’ai été assise sur cette moto, je me dis en la regardant avec amour. Maintenant qu’elle est à l’arrêt à côté de moi c’est encore plus incompréhensible. Soudain le monde a changé. Les couleurs sont plus fortes, les contours plus nets, les rayons du soleil plus éblouissants. C’est comme si j’avais porté des lunettes de soleil pendant tellement longtemps que j’avais oublié l’intensité des couleurs qui m’entourent. » C’est là aussi qu’elle fait la connaissance de Lukas, son moniteur, dont elle tombe éperdument amoureuse, tout en n’attendant rien de lui, car il a dix ans de moins qu’elle.

Et tout s’enchaîne, on lui demande de participer à l’organisation de la « Journée de la Ville », elle renoue avec sa mère sénile, elle s’ouvre aux autres et finit par assumer ses choix et s’affirmer, et peut-être va-t-elle finalement voir s’ouvrir des portes qu’elle n’imaginait même pas quand elle a décidé d’envoyer « tout balader » : « J’ai parfois l’impression que ma vie est une pièce de théâtre à petit budget qui n’a pas les moyens d’avoir une scénographie assez importante pour créer des décors différents. Toutes les scènes se jouent soit dans mon appartement, soit à l’Extra-Market, soit au Réchaud à alcool. Mais soudain sont venus s’ajouter la moto-école, les routes, le relais motard, (…).»

Un roman feel-good, plein d’humour et de tendresse, narré à la première personne par l’auteure de « La Bibliothèque des cœurs cabossés ». Un peu moins réussi, car un peu long par moments, mais où se mêlent avec bonheur les thèmes du départ des enfants, de l’approche de la quarantaine, de la maladie des parents, de l’amitié et de l’amour à ce tournant de la vie : ce qui fait qu’on n’est plus seulement une mère ou une fille, mais simplement une femme qui a des rêves et souhaite les réaliser.

LES FLEURS SAUVAGES DES BOUGAINVILLIERS

Katherine Scholes

2015

Editions Belfond, 470 pages

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Les romans de Katherine Scholes, on aime ou on déteste… J’aime.

On sait qu’il y aura une héroïne, une histoire d’amour dans un pays d’Afrique (ou en Australie) avec des paysages magnifiquement illustrés, des péripéties autour de cette héroïne, et que l’amour finira (ou pas) par triompher.

Il ne reste donc plus qu’à se laisser porter par le talent de conteuse de l’auteur, à entrer dans la vie de ses personnages, à se laisser prendre à la chaleur des paysages africains et aux odeurs qui se dégagent des endroits qu’on traverse.

Ici, dans les années 40, l’héroïne, c’est Kitty Hamilton, peintre australienne émigrée en Angleterre, devenue élève d’un prince russe, Yuri, qui lui a appris ses techniques. Elle a épousé Théo, un jeune homme de la bourgeoisie anglaise, qui l’a contrainte à renoncer à son art à la suite d’un scandale. Après la guerre, et afin d’échapper à la honte, elle rejoint Théo dans la colonie britannique du Tanganyika, où il doit mener à bien la plantation d’arachides en vue de pouvoir nourrir les Anglais.

Mais sa vie est bien différente de ce qu’elle attendait. Théo, qui a été traumatisé par la guerre, devient rapidement distant, et dans l’impossibilité de trouver refuge dans sa peinture, Kitty essaye de se divertir et de se conformer aux usages en fréquentant les autres femmes anglaises, dont Diana, la femme du patron de son mari, au sein du club qui leur est réservé. Cependant, elle trouve bien ternes et inintéressantes ces activités, et décide d’aller offrir son aide à la mission anglicane, car elle a appris les rudiments des premiers soins avant son départ d’Angleterre.

Mais Kitty se trompe de route, et finit par déboucher sur la mission catholique, où elle va trouver un sens à sa vie, au service des autres : elle va donner à manger et prodiguer des soins aux ouvriers de la ferme appartenant à Taylor, un Anglais opposé au colonialisme. « Elle percevait le changement dans son esprit et dans son corps, tournant ses pensées et ses émotions vers le monde extérieur au lieu de les concentrer sur elle-même. Ses jambes étaient lasses, son estomac tenaillé par la faim, sa gorge desséchée, et, cependant, elle débordait d’énergie. Elle se sentait légère et vive, libérée d’elle-même. Elle aurait aimé pouvoir rester ici à jamais. »

On assiste à la transformation de la très jeune femme docile en une femme décidée, prête à lutter contre l’adversité, notamment lorsque son mari fait venir une de ses amies de Londres pour l’aider dans ses plantations. « Elle savait qu’elle n’aurait pas dû venir ici. Sa décision de passer outre aux consignes de Theo était liée en quelque sorte à l’achat de la soie orange, comme si le fait d’avoir commis une première faute l’autorisait à en commettre une seconde. De la même manière que, lorsque l’on est au régime et qu’on se laisse tenter par une part de gâteau, on se dit que, tant qu’à faire, on peut oublier de se surveiller pendant le reste de la journée. »

Elle ose continuer sa vie parallèle et y inclut également la seule amie qu’elle s’est faite au sein du club, Diana.

Mais au travers de ses souvenirs de vie auprès de son maître Yuri, on comprend combien cette artiste dans l’âme ne peut vivre sans créer. « Peindre un tableau, c’est comme essayer de capturer un rêve, lui avait-il dit. Il évolue et se transforme sous tes yeux. Tes mains ne t’appartiennent plus. Tu ne peux plus maîtriser le processus. Et pourtant il t’est impossible de renoncer. »

Kitty osera-t-elle passer outre son mari et peindre à nouveau ?

J’ai bien aimé l’histoire, mais avant tout, c’est l’écriture que j’apprécie.

La description des lieux de vie ou traversés par Kitty est très belle, on s’imagine à ses côtés découvrir les paysages : « Laissant les vertes collines derrière eux, ils descendirent vers les plaines. Sur la terre rouge, parmi les herbes, les buissons et les arbustes, se dressaient plus de baobabs que Kitty n’en avait jamais vus durant tout son séjour au Tanganyika. Les arbres gigantesques, tout en maintenant entre eux une distance pleine de dignité, étaient réunis par petits groupes. Tandis que le véhicule se frayait un chemin entre les troncs immenses, elle eut l’impression que ses compagnons et elle était des intrus interrompant une conversation qui reprendrait aussitôt après leur passage.

La piste disparut bientôt et ils roulèrent à travers la plaine. Au bout d’une demi-heure, le paysage changea de nouveau.  Au début, la transformation fut à peine perceptible – les baobabs se firent un peu plus rares, les buissons plus épais, l’herbe plus abondante. Ça et là, des acacias commencèrent à apparaître, leur canopée dessinant contre le ciel une courbe parfaite. Puis il y en eut de plus en plus et, bientôt, ils se retrouvèrent dans un lieu entièrement boisé de ces arbres gracieux. »

Alors n’hésitez pas, partez à l’aventure avec Kitty !

DEUX GOUTTES D’EAU

Jacques Expert

2015

Sonatine Editions, 330 pages

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Une jeune femme, Elodie, est retrouvée morte à coup de hache chez elle. Son petit ami Antoine, vu avec l’arme sur une vidéo surveillance à la sortie de l’appartement d’Elodie, est appréhendé. Mais Antoine nie les faits et accuse son frère jumeau Franck. Les deux frères, qui se renvoient la culpabilité du crime, sont des vrais jumeaux… Comment identifier le tueur ?

Le commissaire divisionnaire Robert Laforge, au tempérament violent, et aux méthodes particulières, n’a jamais connu de défaite, mais cette enquête pourrait bien lui échapper. « Laforge est ainsi : il a la rancune tenace et il bénéficie du soutien total de sa hiérarchie. En haut, on ne refuse rien au divisionnaire Robert Laforge. Parce qu’il obtient des résultats (à l’en croire, les meilleurs de la PJ) mais aussi parce qu’il a su se faire craindre de ses supérieurs eux-mêmes. Pourtant, Laforge sait que ses ennemis, et dans la police il en a désormais un paquet, attendent qu’il se plante. »

La construction du roman consiste en l’alternance de chapitres dévoilant la vie des jumeaux et ceux relatifs à l’enquête, à la confrontation de chacun des suspects aux preuves relevées.

330 pages où l’on cherche, on furète dans le passé à la recherche d’indices sur la personnalité des jumeaux, seule façon d’arriver à les départager.

On apprend que leur enfance et leur adolescence n’ont pas été de tout repos. Il semble qu’un d’entre eux ait déjà eu des comportements « limites », l’agression d’un de leur camarade par exemple. Pour autant, on n’arrive jamais à savoir lequel des deux a agit, et lorsqu’elle convoque les parents après l’agression d’un élève,  « Ce que la directrice ne leur dit pas, c’est qu’elle a trouvé les jumeaux étrangement calmes, nullement troublés, ne se sentant absolument pas fautifs. Antoine et Franck l’avaient inquiétée par leur indifférence, comme s’ils n’avaient rien à voir avec tout ça et ne se souciaient aucunement de leur camarade. »

Les parents consultent nombre de spécialistes « Le professeur avait finalement émis l’hypothèse que l’un des deux avait sur son frère un ascendant qui lui permettait de remporter toujours son adhésion. « Je ne pense pas me tromper, avait-il expliqué à Sophie et Philippe, en disant qu’ils forment un couple atypique, avec un dominant et un dominé. Mais il est impossible aujourd’hui de déterminer lequel, de Franck ou Antoine, domine l’autre. »

Même le médecin gynécologue, Catherine DAOUT, qui a effectué la fécondation sur la mère des jumeaux est appelée par les parents lors de leur adolescence : «  Le plus terrible était qu’elle avait l’impression de ne plus jamais savoir lequel des jumeaux se trouvait en face d’elle. Leur ressemblance était toujours aussi absolue après toutes ces années. Elle glissa vers la certitude que l’un des deux frères était un être pervers et dangereux qui se servait de son double jumeau pour se protéger. Elle oscillait de l’un à l’autre, se posait mille questions, tendait des pièges pour les prendre en défaut, sans parvenir à trancher. »

Catherine Daout est également intégrée à l’enquête, et permet d’apporter des informations capitales qui finissent par forger l’intime conviction du commissaire divisionnaire  Laforge. Mais un coup de théâtre vient tout bouleverser…

J’ai beaucoup aimé les descriptions des comportements de chacun de protagonistes de cette histoire : les jumeaux bien sûr, mais également les policiers, décrits avec leurs forces mais plus précisément leurs faiblesses, les rapports entretenus au sein de l’équipe d’enquête, notamment la relation entre le commissaire Laforge et son adjoint le commissaire Brunet, faite de respect mais jamais familière. Une enquête qui détruira des hommes. C’est très bien construit, jusqu’à la fin que j’avais un peu devinée, mais qui reste dans la droite ligne de ce qui précède. Un bon polar… limite un thriller psychologique, qui se lit très vite, et qui ne donne pas du tout envie d’avoir des enfants… !