LES FLEURS SAUVAGES DES BOUGAINVILLIERS

Katherine Scholes

2015

Editions Belfond, 470 pages

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Les romans de Katherine Scholes, on aime ou on déteste… J’aime.

On sait qu’il y aura une héroïne, une histoire d’amour dans un pays d’Afrique (ou en Australie) avec des paysages magnifiquement illustrés, des péripéties autour de cette héroïne, et que l’amour finira (ou pas) par triompher.

Il ne reste donc plus qu’à se laisser porter par le talent de conteuse de l’auteur, à entrer dans la vie de ses personnages, à se laisser prendre à la chaleur des paysages africains et aux odeurs qui se dégagent des endroits qu’on traverse.

Ici, dans les années 40, l’héroïne, c’est Kitty Hamilton, peintre australienne émigrée en Angleterre, devenue élève d’un prince russe, Yuri, qui lui a appris ses techniques. Elle a épousé Théo, un jeune homme de la bourgeoisie anglaise, qui l’a contrainte à renoncer à son art à la suite d’un scandale. Après la guerre, et afin d’échapper à la honte, elle rejoint Théo dans la colonie britannique du Tanganyika, où il doit mener à bien la plantation d’arachides en vue de pouvoir nourrir les Anglais.

Mais sa vie est bien différente de ce qu’elle attendait. Théo, qui a été traumatisé par la guerre, devient rapidement distant, et dans l’impossibilité de trouver refuge dans sa peinture, Kitty essaye de se divertir et de se conformer aux usages en fréquentant les autres femmes anglaises, dont Diana, la femme du patron de son mari, au sein du club qui leur est réservé. Cependant, elle trouve bien ternes et inintéressantes ces activités, et décide d’aller offrir son aide à la mission anglicane, car elle a appris les rudiments des premiers soins avant son départ d’Angleterre.

Mais Kitty se trompe de route, et finit par déboucher sur la mission catholique, où elle va trouver un sens à sa vie, au service des autres : elle va donner à manger et prodiguer des soins aux ouvriers de la ferme appartenant à Taylor, un Anglais opposé au colonialisme. « Elle percevait le changement dans son esprit et dans son corps, tournant ses pensées et ses émotions vers le monde extérieur au lieu de les concentrer sur elle-même. Ses jambes étaient lasses, son estomac tenaillé par la faim, sa gorge desséchée, et, cependant, elle débordait d’énergie. Elle se sentait légère et vive, libérée d’elle-même. Elle aurait aimé pouvoir rester ici à jamais. »

On assiste à la transformation de la très jeune femme docile en une femme décidée, prête à lutter contre l’adversité, notamment lorsque son mari fait venir une de ses amies de Londres pour l’aider dans ses plantations. « Elle savait qu’elle n’aurait pas dû venir ici. Sa décision de passer outre aux consignes de Theo était liée en quelque sorte à l’achat de la soie orange, comme si le fait d’avoir commis une première faute l’autorisait à en commettre une seconde. De la même manière que, lorsque l’on est au régime et qu’on se laisse tenter par une part de gâteau, on se dit que, tant qu’à faire, on peut oublier de se surveiller pendant le reste de la journée. »

Elle ose continuer sa vie parallèle et y inclut également la seule amie qu’elle s’est faite au sein du club, Diana.

Mais au travers de ses souvenirs de vie auprès de son maître Yuri, on comprend combien cette artiste dans l’âme ne peut vivre sans créer. « Peindre un tableau, c’est comme essayer de capturer un rêve, lui avait-il dit. Il évolue et se transforme sous tes yeux. Tes mains ne t’appartiennent plus. Tu ne peux plus maîtriser le processus. Et pourtant il t’est impossible de renoncer. »

Kitty osera-t-elle passer outre son mari et peindre à nouveau ?

J’ai bien aimé l’histoire, mais avant tout, c’est l’écriture que j’apprécie.

La description des lieux de vie ou traversés par Kitty est très belle, on s’imagine à ses côtés découvrir les paysages : « Laissant les vertes collines derrière eux, ils descendirent vers les plaines. Sur la terre rouge, parmi les herbes, les buissons et les arbustes, se dressaient plus de baobabs que Kitty n’en avait jamais vus durant tout son séjour au Tanganyika. Les arbres gigantesques, tout en maintenant entre eux une distance pleine de dignité, étaient réunis par petits groupes. Tandis que le véhicule se frayait un chemin entre les troncs immenses, elle eut l’impression que ses compagnons et elle était des intrus interrompant une conversation qui reprendrait aussitôt après leur passage.

La piste disparut bientôt et ils roulèrent à travers la plaine. Au bout d’une demi-heure, le paysage changea de nouveau.  Au début, la transformation fut à peine perceptible – les baobabs se firent un peu plus rares, les buissons plus épais, l’herbe plus abondante. Ça et là, des acacias commencèrent à apparaître, leur canopée dessinant contre le ciel une courbe parfaite. Puis il y en eut de plus en plus et, bientôt, ils se retrouvèrent dans un lieu entièrement boisé de ces arbres gracieux. »

Alors n’hésitez pas, partez à l’aventure avec Kitty !

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