LA ROUTE SAUVAGE

Willy Vlautin

320 pages

Editions Albin Michel, 2018

Portland, Oregon, de nos jours, début de l’été.

Charley Thomson a 15 ans. C’est un adolescent perpétuellement affamé (« Tu n’as pas faim Charley? J’ai toujours faim ») dont l’objectif est de s’entraîner tous les jours afin de pouvoir intégrer l’équipe de football de son nouveau lycée à la rentrée.

A la faveur de son rituel de course à pied, il découvre le « Portland Meadows », hippodrome mythique de la ville et regarde de loin les chevaux.

Mais comme il a faim, il doit trouver de l’argent pour se nourrir, car son père est généralement plus occupé par ses conquêtes féminines que par son obligation de soin envers son garçon. Charley rencontre incidemment Del, un homme lunatique, qui entraîne des chevaux de courses et lui permet de travailler pour lui. Charley va découvrir l’univers des chevaux et se prendre d’amitié pour l’un d’entre eux, Lean on Pete (titre du roman en VO). Lorsque le père de Charley est hospitalisé, le cheval devient le seul confident de l’adolescent. Mais les méthodes de Del pour gagner des courses sont plus que douteuses, et lorsque Lean on Pete montre des signes de faiblesse dans une jambe, Charley comprend que son ami risque de terminer à l’abattoir. Sur un coup de tête, et parce que c’est le seul être qui compte vraiment pour lui, Charley s’enfuit avec le cheval pour retrouver sa tante, qui habite dans le Wyoming. S’ensuit alors une longue route semée de rencontres plus ou moins douloureuses pour le garçon, certains lui venant en aide et d’autres le traitant violemment.

La quatrième de couverture évoque le passage clé du roman de Willy Vlautin qui va faire basculer l’histoire de Charley Thomson. Mais cet épisode ne prend forme qu’à la moitié de l’ouvrage.

L’auteur a lui-même indiqué qu’il avait commencé l’écriture de ce livre lorsqu’il avait compris sa naïveté face à ce qui se passait réellement sur les champs de courses. Et sa volonté de sortir de ce milieu tant aimé par lui et qu’il ne pouvait plus voir de la même façon après l’épisode du cheval qui se casse une patte durant une course.

Et c’est cette naïveté qu’on retrouve chez Charley. C’est un jeune garçon, son rêve, c’est de devenir champion de football, pas d’être jockey ou palefrenier. Au début, son travail est strictement alimentaire et c’est au fil du temps, lorsqu’il se sent très seul, qu’il finit par se lier profondément avec ce cheval. A l’encontre d’ailleurs de ce que lui disent les autres : il ne faut pas s’attacher à un cheval… Mais Charley n’a personne d’autre à aimer près de lui.

La solitude et la violence sont très présentes dans ce livre. Charley doit se débrouiller seul, voler pour se nourrir et s’habiller lorsqu’il ne trouve pas de travail. Rappelons que Charley a 15 ans.

Le livre est écrit de façon documentaire, les faits et rien que les faits relatés par Charley. Et même lorsqu’il dit qu’il pleure, c’est factuel. Il met une distance face aux malheurs qui le touchent. Cette pudeur empêcherait presque le lecteur de ressentir de la compassion pour l’enfant si n’étaient distillés par instant certains de ses souvenirs, joyeux avec sa tante, beaucoup plus violents avec son entourage proche, son père et ses compagnons. Cette pudeur est d’ailleurs une protection mentale pour Charley (et pour le lecteur ?) qui doit survivre coûte que coûte et fait preuve d’un grand courage pour y arriver. On observe d’ailleurs la honte qui le prend lorsqu’il se retrouve obligé de voler pour manger. Lui veut travailler, gagner de quoi se nourrir. Au lieu de cela, il en est bien souvent réduit à finir les plats abandonnés par les gens dans les fast-foods.

Il y a également plusieurs histoires dans ce roman : celle de Charley, bien sûr, puisque c’est lui le narrateur des événements de cet été, mais également celle d’une Amérique distanciée des problèmes sociaux et surtout celle de l’univers des courses hippiques. J’avais déjà lu plusieurs ouvrages (romans de Dick FRANCIS par exemple ou témoignages) sur ce milieu, les dopages, la triche, la folie des paris, la difficile reconversion des jockeys, et on a ici un condensé des thématiques. Et dans la façon d’écrire et les sujets abordés, je trouve un peu de Steinbeck.

L’adaptation cinématographique est sortie cette année, d’où la réédition du livre en France, je ne sais pas si j’irai le voir. Car la distance de l’écrit ne saurait probablement être traduite dans des images. Et j’ai bien peur de succomber à l’émotion face à ce jeune garçon acculé par la vie!

Un très beau livre.

Je remercie Le Club des Explorateurs de lecteurs.com et les éditions Albin Michel (collection Terres d’Amérique) pour m’avoir permis de découvrir à la fois le livre et l’auteur dans le cadre d’une lecture commune avec Zabouille.

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