Le dernier des nôtres

Adelaïde de Clermont-Tonnerre

490

Éditions Grasset & Fasquelle, 2016

Je n’avais pas lu le premier livre de cette auteure, Fourrure, et c’était un regret. Alors quand une lectrice du Club des Lecteurs a exposé cet autre ouvrage ce samedi 15 septembre, ça m’a donné envie de m’y plonger très vite.

Et j’ai beaucoup aimé.

Deux époques, deux possibilités pour une même personne : Werner, enfant né sous les décombres du IIIème Reich, 1945, en passe de devenir un magnat de l’immobilier, 1969.

Sauf que, à l’inverse du lecteur, Werner ne sait rien de ses origines, et que leur découverte pourrait bien compromettre ses chances avec la femme de sa vie.

Une plume insolente, des situations compliquées et poignantes, un grand amour, une époque marquée par un vent de liberté extrême après tant de cruauté. De l’Europe éreintée à l’Amérique flamboyante, on y croise des personnages fictifs ou bien réels, de Werner Von Braun à Sergueï Korolev, d’Andy Wharol à Jimmy Hendrix en passant par Donald Trump et Joan Baez.

C’est bien écrit, distrayant, et même si j’en avais deviné la clé, (oui c’est un peu manichéen, et alors? quelquefois ça fait du bien!) j’ai apprécié ma lecture jusqu’au bout.

PS : si comme moi, vous n’êtes pas germanophone, allez voir la traduction du mot « Zilch »… après avoir lu le livre!

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La fin de la solitude

Benedict Wells

344 pages

Slatkine et Cie, 2017 – Le Livre de Poche, août 2018

J’avais lu une critique en 2017 qui m’avait donné envie de lire ce livre. Et puis, avec une pile à lire un peu trop haute, j’étais passée à côté. L’occasion de rencontrer l’auteur le 13 septembre 2018 et de découvrir son œuvre m’ayant été offerte, ce dont je remercie ses éditeurs, Slatkine et Cie et Le livre de Poche pour l’édition entre mes mains, j’ai sauté sur l’occasion.

Alors je me suis calée dans mon fauteuil avec la ferme intention de prendre mon temps pour savourer ce roman dont Benedict Wells nous a donné les clés, la façon dont il a souhaité l’écrire, et ce qu’il y a mis de lui-même.

Eh oui j’ai savouré. Mais j’ai aussi voulu savoir tout tout de suite. Car ce roman qui n’est pas un polar est malgré tout un page-turner.

Parce qu’on veut savoir ce qui arrive à la fratrie de Jules, Marty et Liz, qui ont respectivement 7, 10 et 11 ans au moment de la mise en place de la narration. Et parce que 20 ans plus tard, c’est Jules, émergeant d’un coma, qui repasse tel un film ses souvenirs.

On apprend ainsi comment les enfants vivent dans leur foyer, quels sont leurs rapports ainsi que les liens avec leurs parents. Jusqu’à ce que, quelques années plus tard, ils perdent brutalement leurs parents dans un accident de voiture, ce qui va bouleverser leur vie, et notamment leurs relations fraternelles. Placés dans un pensionnat, ils ne se voient presque plus, chacun confronté à ses propres souffrances et à sa façon de les surmonter. Jules, le petit dernier, est le plus esseulé jusqu’à ce qu’il fasse connaissance avec Alva, qui semble triste elle aussi. Un lien étroit se noue entre eux deux, jusqu’à une rupture impensable pour Jules.

Dans ce roman, somme toute assez court au regard de la densité de la narration, on suit les principaux événements de la vie Jules, et par le truchement de son récit, de celles de Liz et Marty, depuis leur enfance jusqu’à la force de l’âge. Les études, le travail, les amours, les relations qui reprennent dans la fratrie, qui se distendent à nouveau.

Mais ce qui marque le lecteur, c’est la recherche perpétuelle de ce qui aurait pu être si leurs parents n’étaient pas décédés : leur vie aurait-elle été si différente? Jules se cherche, il ne trouve pas sa voie, il ne sait pas qui il est : veut-il devenir comme son père ou être différent ?

Une réflexion sur la résilience, sur la vie et ses aléas, sur la façon de les appréhender, de les contourner ou de les utiliser : la naissance, la maladie, la vieillesse, la mort, le deuil, l’amour, la rupture, rien que des thèmes banals mais qui sont ici exposés avec une maturité surprenante, qu’on n’attendrait pas d’un auteur aussi jeune.

J’ai été touchée par la description des personnages et de leur ressenti, des travers qui les empêchent d’avancer parfois.

Un ouvrage poignant.