Les mères qui blessent

Anne-Laure Buffet

164 pages

Éditions Eyrolles, 2018

Merci à Elisabeth du blog littelecture.wordpress.com de m’avoir prêté ce livre.

Les relations parents-enfants, et au-delà, les relations humaines m’ont toujours intéressée. J’ai lu entre autres « Parents toxiques » (Susan Forward, Éditions Sotck, 2001) il y a quelques années, et lorsqu’Elisabeth m’a proposé de découvrir le livre d’Anne-Laure Buffet, j’ai été partante.

Lu très vite, car il est des horreurs dont je ne souhaite pas rester imprégnée, cet ouvrage, écrit par une spécialiste dans l’accompagnement de victimes de violences, expose à la fois le parcours de ces mères peut-être elles-mêmes marquées par une violence identique dans leur enfance, la difficulté d’échapper à une répétition du passage à l’acte envers leur propre enfant, et la douloureuse vie d’adulte de ces enfants marqués à jamais.

J’ai beaucoup aimé l’aspect non moralisateur mais au contraire presque aseptisé de la démonstration : il n’y a pas de jugement de ces mères dites « abusives », mais plutôt un essai de compréhension de la manière dont elles en sont arrivées là : et la manière, ce sont évidemment des pathologies, mais pas toujours. Un ensemble de traits de caractère de la mère parfaite à la mère ouvertement maltraitante.

Ah oui! Parce que la mère « parfaite » est bien souvent, et insidieusement, maltraitante… Elle en serait sans doute la plus étonnée de l’apprendre, d’ailleurs. Mais la pression qu’elle fait subir à ses enfants qui doivent eux aussi être « parfaits », est insupportable.

Assortis de témoignages évocateurs de graves souffrances, cet ouvrage fort documenté évoque aussi la place du père, qu’il soit lui aussi maltraitant ou complice silencieux ou manipulé par la mère.

Pour s’en sortir, rompre le lien filial est quasi obligatoire. Certaines questions resteront à jamais sans réponse : « qu’ai-je fait pour qu’elle ne m’aime pas? » « pourquoi cette terreur à l’idée de lui déplaire ? »

La construction des enfants est largement entachée et ainsi que dit précédemment, certains vont jusqu’à reproduire le schéma familial, se lancent dans des relations amoureuses avec des bourreaux ayant la même emprise sur eux, ou décident de ne surtout pas avoir d’enfants, car ils se sentent incapables d’aimer, eux-mêmes n’ayant pas bénéficié de l’amour de leur mère.

Et là aussi, un voile se lève sur un tabou : le sacro-saint « amour maternel »! Ouf, depuis quelques années, les ouvrages ont commencé à mettre en doute l’automaticité de cet amour, des femmes heureuses d’enfanter se retrouvant à rejeter leur enfant. L’auteure insiste sur le fait que la mère n’est pas suffisamment écoutée (peut-être même regardée) par son entourage car elle n’ose bien souvent pas dire qu’elle ne ressent rien pour ce petit être qu’elle avait tant désiré, ou simplement qu’elle ne se sent pas à la hauteur de la tâche. J’ai senti beaucoup de bienveillance de la part de l’auteure au cours de ces chapitres : devenir une mère, ce n’est pas si facile, entre abandon d’une intimité restreinte au couple, perte d’une certaine liberté, perte de ses propres repères ou rappels de sa propre enfance… et sous-jacente, l’obligation sociale d’être « une bonne mère ».

Un décryptage très intéressant, bouleversant aussi par ses témoignages, à lire par des initiés ou celles/ceux qui veulent explorer les méandres de la psychologie.

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