Le paradoxe du bonheur

Aminatta Forna

416 pages

Éditions Delcourt, janvier 2019

Un merveilleux livre de la rentrée littéraire de janvier 2019 adressé par les Éditions Delcourt, que je remercie chaleureusement pour cet envoi.

Petit préambule…

Des renards à Londres? Je ne savais pas. En effectuant quelques recherches, il semble que l’information est scientifiquement prouvée, avec environ dix-huit renards au kilomètre carré… Pourquoi dans une grande ville? Parce que la prolifération des déchets engendre la prolifération des souris et des rats, proies naturelles du roux animal. Celui-ci est donc dénommé « renard urbain », par contraste avec son congénère plus sauvage des campagnes.

… avant mon avis (très) motivé !

Cette étude des renards, c’est une partie du prétexte du roman d’Aminatta Forna. Je n’avais aucun a priori, sinon une curiosité pour ce fait inédit pour moi de l’urbanisation d’un animal que je voyais plutôt côtoyer les champs près de mon domicile.

Une partie en effet. Car si Jean, la biologiste américaine spécialiste de la faune sauvage, étudie le comportement de ces animaux, c’est à l’occasion de la poursuite de l’un d’entre eux qu’elle rencontre – « qu’elle tombe sur » serait plus juste – Attila, colosse Ghanéen, psychiatre spécialisé dans les traumatismes liés particulièrement aux zones de guerre.

Ces deux êtres que tout pourrait opposer, culture, métier, vie passée, mode de vie actuel (la nourriture notamment) vont se démener ensemble pour rechercher le neveu d’Attila, Tano, un petit garçon qui s’est enfui dans Londres. Et dans leur quête, ils vont être aidés par des personnes bien souvent déconsidérées, immigrées, sans qualification, mais avec au cœur des valeurs leur enjoignant de se tourner vers l’autre, même pour un enfant qu’ils ne connaissent pas. Et l’on découvre l’envers du décor de Londres, les portiers, les agents de sécurité, les chauffeurs de taxi, les balayeurs, les contractuels, les aides-soignants, … ainsi que des lieux échappant aux touristes et dans lesquels la nature a repris ses droits.

Mais cette recherche de l’enfant n’est pas non plus le centre du livre.

On y apprend aussi (ou l’on conforte ce que l’on sait) des informations sur les modes de vie des oiseaux, des coyotes et des renards, soit un aspect très « protection de l’environnement » ; mais également, on approche des notions de psychiatrie et de gestion de cas cliniques, tout en explorant la vie présente et passée de Jean et Attila et de certains de leurs proches : Ray, l’ex-mari de Jean, Luke, son fils, Maryse, la femme d’Attila, Rosie, son premier amour qui se meurt, les patients qu’il a aidés, …

De nombreuses réflexions très profondes sur le sens de la vie et les souffrances, des expériences réelles sont abordées dans ce livre : au moyen du personnage d’Attila, Aminatta Forna expose que le déterminisme, l’induction prédictive sont ainsi la cause de bien des erreurs de jugement entre des soi-disants experts et des patients par exemple, mais également entre individus lambdas. La peur de se confronter à de possibles souffrances peut ainsi engendrer le racisme, l’ostracisme, la violence.

***Attention spoil sur une phrase, sautez quelques lignes le cas échéant ***

(L’intense réflexion du psychiatre spécialiste des stress post traumatiques l’amène à comprendre qu’en réalité, ceux qui vivent sans souffrances sont l’exception, alors que l’idée générale pourra être inverse : la démonstration est ainsi très puissante! )

*** Rouvrez vos yeux !***

Un ouvrage d’une grande richesse, plein de poésie, dans lequel je ne me suis pas ennuyée une seconde, bien que la mise en place ait pu me sembler un peu longue, des personnages très attachants, de vrais moments d’humour (lorsqu’Attila veut se nourrir, il ne fait pas semblant!), des liens humains et des qualités quelque peu oubliées, une certaine douceur.

Un véritable coup de cœur pour un livre qui va rester tout près de moi. La notion de bonheur, qu’il est somme toute assez difficile de préciser, est ici examinée à l’aune de la souffrance et la douleur, de la vie, de la survie, du deuil et de la mort.

La résilience, opposée à la peur de l’inconnu, est pour moi le maître mot de ce livre.

Je verrais bien une adaptation en film pour faire découvrir cette face cachée de Londres et des personnages bien campés, attachés à leurs valeurs.

Ça m’a également donné l’envie d’y retourner et de croiser un gentil renard… à défaut d’Attila!

Citations

 » Certains haïssaient les coyotes pour ce qu’ils étaient, et ce qu’ils étaient échappait au contrôle des humains. Face au droit des hommes d’agir à leur guise, (…), le coyote n’avait aucun droit. Pas même celui de mener sa propre existence.  »

« Pourrions-nous simplement garder en mémoire que nous parlons d’animaux, là ? Ils n’ont ni acte de propriété, ni carte d’électeur, et ne sont pas soumis à nos lois. Ils méritent notre protection.  »

 » Les insouciants ouvrent les bras et basculent dans l’amour, comme les rêveurs planent dans leurs songes sans peur du danger. Ceux qui savent que les histoires d’amour finissent toujours dans la souffrance ne tombent pas. Au lieu de ça, ils passent lentement de l’ignorance à la révélation.  »

 » Et il était au cœur de la ville et néanmoins environné de silence et de calme, un calme si profond qu’il avait l’impression d’avoir brisé quelque chose en venant ici. Tout, autour de lui, dans le jardin, retenait son souffle, semblait attendre qu’il disparaisse.  »

« – ‘La sécurité de nos enfants est ma priorité absolue. Je n’ai pas l’intention de m’aplatir devant ces balivernes politiquement correctes. Moi, je fais bouger les choses. En y mettant les moyens nécessaires. Le premier imbécile venu sait ce que cela implique.

– C’est donc que vous êtes un imbécile’, rétorqua Jean. »

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