On t’aura prévenue

James Patterson, trduit par Philippine Voltarino

344 pages

L’Archipel, 2009, Le livre de Poche, 2011

Kristin nous entraîne dans un drame psychologique dans lequel elle navigue entre rêve – ou plutôt cauchemar – et réalité. En effet, chaque nuit se répète une scène dans laquelle elle voit quatre cadavres évacués dans leurs housses mortuaires d’un hôtel connu de New York. Elle se réveille en hurlant tous les matins, au point de déranger ses voisins.

On apprend au fil de sa narration qu’elle est la nounou de deux adorables bambins qu’elle voudrait bien garder pour elle, tout comme leur père Michael d’ailleurs, si l’affreuse belle-mère, Penley, pouvait être mise au rebut… mais ce n’est pas vraiment la façon d’être de Kristin. Elle préférerait que son amant divorce. Mais les enjeux financiers sont très importants pour lui.

En parallèle, Kristin souhaite développer son métier de photographe et se promène avec son Leica en sautoir, matraquant les passants et ne pouvant s’empêcher de retourner régulièrement sur la « scène des crimes ». Elle croise d’ailleurs des personnages récurrents, qu’elle connaît, comme son père pourtant décédé, ou des inconnus, comme un homme à queue de cheval ou un inspecteur de police, qui lui assènent tous des messages de mise en garde.

Kristin s’interroge sur ces menaces quand elle se rend compte que les photos qu’elle prend des personnes de son entourage ne reflètent pas la réalité.

Elle se demande si elle ne devient pas folle… et le lecteur aussi!

Tout cela sort-il de son imagination ou est-ce réel?

Or, un jour Kristin découvre par hasard que Penley détient un secret. Un secret qui peut lui faire envisager sa vie de façon tout à fait différente…

Je ne peux continuer sans déflorer le sujet. Le vrai plus de ce livre, et le talent de James Patterson, c’est de nous mener vers des solutions très diverses tout au long du livre, de faire monter la tension page après page, de s’interroger sur le rôle tenu par Kristin.

Je me suis retenue plus d’une fois pour ne pas aller regarder la dernière page!!!

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G comme Gibier

Sue Grafton

265 pages

Pocket,1994, Presses de la cité, 1992

La détective privée Kinsey Millhone, 33 ans aujourd’hui, est chargée d’enquêter sur la disparition d’une vieille dame, Agnès, pour le compte de sa fille inquiète, Irène. En parallèle, elle fait l’objet d’un contrat sur sa tête porté par un détenu dont elle a aidé à l’arrestation.

Elle devient donc le « gibier », d’où le titre du livre. Et pour se protéger, elle la solitaire va être obligée d’avoir recours aux services d’un confrère, Dietz, qui va lui servir de garde du corps.

Depuis Santa Teresa où elle exerce, jusqu’à une petite communauté d’humains retirée du monde, des routes désertes où un accident est si vite arrivé jusqu’aux hôtels de luxe, Kinsey va devoir s’adapter pour mener à bien son enquête. Car aussitôt retrouvée, la vieille dame disparaît à nouveau, jetant sa fille dans une nouvelle angoisse, d’autant qu’Agnès semble perdre la tête.

J’ai déjà apprécié quelques livres de Sue Grafton mettant en scène Kinsey Millhone, mais cela faisait quelques temps que je n’en avais pas lu les aventures.

J’aime toujours autant son écriture, la façon dont elle met en scène cette détective privée qui résoud des affaires avec les moyens du bord. On est fin des années quatre-vingt, ce qui signifie pas de téléphone portable, sa voiture à bout de course, les copines des locaux voisins de son bureau qui veulent la caser absolument. Kinsey est la version féminine du détective privé perpétuellement fauché, cigare, complet veston et imperméable en moins, sa panoplie se résumant généralement à un jean et des baskets! Sa volonté est toujours d’aller au bout de son enquête pour satisfaire le client… mais aussi pour être payée.

Ce qui m’a particulièrement plu dans ce livre, c’est que Kinsey n’est pas libre de ses mouvements, la menace de mort bien réelle l’obligeant à composer avec son emploi du temps, ses déplacements et les contraintes de la cohabitation forcée avec Dietz.

Un bon polar plein de rebondissements.

Citation

« – C’est un tueur au rabais. 1500 dollars par tête de pipe.

⁃ Pour une somme pareille, insista Dietz, il ne va pas traîner dans le coin très longtemps. Le coup n’est rentable pour lui que s’il fait vite.

⁃ Évidemment, marmonnai-je. Nous ne voudrions tout de même pas qu’il se fasse engueuler par son comptable. »

Chanson douce

Leila Slimani

CD 5 h 45 lu par Clotilde Coureau

Ecoutez lire Éditions Gallimard, 2017 – version papier Éditions Gallimard, 2016

Le livre s’ouvre sur une scène effroyable : un enfant mort, sa sœur qui lutte pour survivre, une femme dans le coma, une autre qui hurle.

Et le roman est consacré à expliquer comment cette scène a pu arriver.

Myriam, avocate et jeune mère de famille en congé parental, souhaite recommencer à travailler quand elle se rend compte qu’elle se néglige. Paul son mari, réticent au début, met en place un plan de recrutement drastique pour trouver la meilleure nounou pour garder Adam, le bébé et Mila, la petite fille.

Et ce n’est pas une mince affaire que de trouver la perle rare! Mais ils réussissent à embaucher Louise, une quadragénaire fluette, blonde, un peu vieux jeu avec son col Claudine et sa longue jupe.

Et, oui, Louise est une perle : car non contente de s’occuper admirablement des enfants, elle range, nettoie, fait la cuisine.

Mais la narration nous apprend vite que Louise est en fait obsessionnelle. Tout doit être réalisé à sa manière. Elle agit toujours avec un but bien précis. Et ça a toujours été le cas. Y compris avec sa fille Stéphanie, qu’elle a tenté d’aider à « s’élever » de sa condition sociale, mais peine perdue, et la contrariété de Louise a des accents forts violents.

Car oui, Louise est en apparence très propre sur elle, très dévouée. Mais c’est pour mieux vous manipuler, car Louise a des projets pour vous. En fait, ce sont ses projets. Mais vous devez vous adapter à elle.

Et Louise ne laissera rien passer. Lorsqu’elle pressent que son rôle de nounou touche à sa fin chez Myriam et Paul car les enfants ont grandi, elle met tout en œuvre pour que les parents fassent un nouveau bébé.

Mais son plan échoue. Et l’ultime dérapage se met en place. Ultime, car l’enquête de police démontrera que Louise n’en est pas à ses premiers méfaits…

J’ai beaucoup aimé écouter ce livre audio. L’écriture de Leila Slimani associée à la voix de Clotilde Coureau a créé une atmosphère sombre et douce à la fois, Louise se montrant tour à tour sous des jours différents. Au-delà de l’histoire de cette monstrueuse nounou, on constate les conflits de classe sociale, les préjugés, les risques pris aussi par une société incapable de gérer les risques psychologiques.

On ne sort pas indemne de cette histoire qui fait froid dans le dos!

Affaires de famille – immersion au sein d’une brigade spéciale

Agnès Naudin

319 pages

Le Cherche-Midi, 2018

Agnès Naudin est capitaine de police à la brigade des affaires spéciales de Yvelines. Elle évoque dans son livre trois affaires sur lesquelles elle a été amenée à enquêter : un bébé secoué, un viol sur mineure et une suspicion de viol conjugal.

Mais ce livre est aussi un prétexte pour parler de sa propre vie : la narration peut ainsi permettre de percevoir ce métier différemment, car l’auteure cherche également à amener une dimension spirituelle à sa vie. Il s’agit donc autant de mentionner sa conception de la vie et de son rôle de policière que la relation simple des trois enquêtes.

Je note que cette jeune femme a énormément de contacts hors de son métier, qu’elle part fréquemment en we chez des amis ou de la famille, ce qui lui permet sans doute de se ressourcer et tenir le coup quand elle est mise en présence d’histoires sordides.

Il s’agit d’une jeune femme qui ne souhaite pas rester sur ses acquis, qui se remet en question en permanence, qui veut évoluer, tant dans ses capacités personnelles que professionnelles, l’un étant peut-être le corollaire de l’autre.

La manière dont sont relatées les enquêtes est intéressante dans la mesure où elle montre les difficultés pour se faire une opinion sur des potentiels victimes/suspects, ainsi que les démarches très longues, les auditions pour aboutir à une résolution des affaires.

J’ai bien aimé le côté technique des enquêtes et le rapport psychologique et émotionnel des policiers envers les mis en cause et entre eux, un peu moins les aspects relatifs à la vie privée de l’auteure.

Une plongée intéressante dans les milieux d’enquêtes.