Murmurer à l’oreille des femmes

Douglas Kennedy

Lu par Xavier Percy et Marcha Von Boven

CD audio 19 plages, 5 h 13

Audiolib, 2014, Belfond, 2014

En douze histoires racontées majoritairement par le comédien Xavier Percy, la voix de Marcha Von Boven étant réservée aux nouvelles narrées par des femmes, Douglas Kennedy explore les relations homme-femme, le couple, les impacts de la vie familiale avec les parents sur la vie amoureuse future de leurs enfants (Guerre froide).

Certains auront l’impression de devenir le couple idéal, jusqu’à ce que « l’idylle [soit] parasitée par les réalités du quotidien », évoquant les désillusions de la vie de couple avec cet autre qui met tout en œuvre pour casser le bonheur. (Possibilités).

D’autres vont croire que leur vie va changer radicalement, mettre tout en œuvre pour y arriver et se retrouver le cœur piétiné (Un dîner hors du commun) !

Et l’on voit comment un projet important pour l’un peut induire des conséquences terribles pour la sphère familiale (Couche-tard).

On en voit ainsi poursuivre coûte que coûte, malgré leur certitude que la relation installée est vouée au pire : la « réal-politique de la routine quotidienne », où « la personne dont vous êtes récemment tombé amoureux se révèle sérieusement dérangée du caisson »! « Nous ne voyons que ce que nous voulons bien voir »(Une erreur de parcours)

« Ton problème, tu sais ce que c’est ? », c’est la phrase que reçoit une femme dès qu’elle ose interpeller son mari, sur son indifférence, son manque d’intérêt pour sa famille, pour des broutilles comme pour des faits importants.

« Cette question (…) n’appelle même pas de réponse d’ailleurs parce qu’il en a déjà une en tête et elle consiste en une longue liste de mes innombrables défauts, en un constat de mon inaptitude à correspondre à celle qu’il voudrait que je sois ».

Le non-dit, le mépris, « l’agressivité passive », jusqu’à la question fatidique…

« A quels clichés croit-on pouvoir se raccrocher, surtout quand on se croit amoureux ! »

Elle fait partie de mes préférées!

Sonate d’été évoque les regrets d’un amour de jeunesse.

Si vous passez de ce côté-ci du Strip raconte l’histoire d’un comptable de la mafia qui plaque tout pour se mettre à jouer: « Si je gagne. Est-ce qu’une carte peut tout changer ? Seulement si on le veut pour de bon. »

Dans Fera l’affaire, la femme, avocate, mère, 44 ans, a rencontré son mari il y a six ans et celui-ci étant d’une catégorie socio-professionnelle en dessous de la sienne, la mère de la jeune femme avait salué cette relation comme « Fera l’affaire ». Quelques années plus tard, n’est-ce pas réciproque ?

L’appel narre l’histoire d’un homme qui sait qu’il va tout plaquer, qui règle ses comptes avec tout son entourage, osant dire tout haut ce que tous pensent tout bas, et c’est réjouissant! On aimerait bien le faire parfois, n’est-ce pas? Mais encore faut-il pouvoir assumer les conséquences jusqu’au bout !!!

Et puis, le décès de l’enfant de Pierre et Rebecca a mis fin à leur couple. Ils ont refait leur vie, et Rebecca demande un jour à rencontrer Pierre. « Pourquoi et comment les êtres se ratent, se rencontrent et se perdent »? Sur les questions existentielles qui se posent à chacun… (Et puis?)

Enfin, dans Un conte de Noël, une femme avocate règle ses comptes avec son ex-mari, qui veut récupérer une bague de valeur pour sa nouvelle épouse, en faisant une très très belle action!

J’ai beaucoup aimé cette exploration de nos travers amoureux, de l’inconsistance à l’inconséquence, entre gentillesse et mépris, du début de la passion à celui de la haine, les hommes ont tout de même majoritairement le mauvais rôle dans ces nouvelles. Le rythme dans certaines d’entre elles est haletant, il m’a été difficile d’appuyer sur le bouton « stop » pour vaquer à mes occupations! Et les voix des comédiens étaient tout à fait adaptées à la lecture de ces nouvelles.

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Un si petit oiseau

Marie Pavlenko

395 pages

Flammarion, 2 janvier 2019

Je remercie les éditions Flammarion et Babelio pour m’avoir adressé ce livre dans le cadre de la rencontre avec Marie Pavlenko le 7 février 2019.

Un point esthétique avant de commenter ce livre : la couverture est juste magnifique, avec l’incrustation en relief des ailes de ces « petits oiseaux », pleine de légèreté sur ce fond vert.

Abi est en voiture avec sa maman Elsa, lorsqu’un terrible accident se produit.

Abi y perd le bras droit. Et toutes les illusions de sa vie d’avant.

Tout est à recommencer, depuis l’acceptation de cette perte douloureuse, du fait des douleurs fantômes qui se manifestent, jusqu’aux regards de compassion, de mépris, de curiosité qu’elle croise chez autrui.

Mais comment passer sur ce handicap quand on est une jeune fille de bientôt vingt ans ? Quel impact cet accident va-t-il avoir sur Abi mais également sur ses proches, qui souhaitent à la fois la préserver et la voir reprendre le cours de son existence ?

Perdue dans sa vie, la jeune fille est très complaisante avec elle-même au début notamment, tout tourne autour d’elle, d’ailleurs sa sœur lui en fait le reproche. Et puis, petit à petit, Abi va pouvoir prendre du recul grâce notamment aux livres de Blaise Cendrars qu’elle reçoit de façon anonyme par courrier, des livres dans lesquels elle découvre que l’auteur lui aussi a été victime de l’amputation d’un bras durant la première guerre mondiale.

Marie Pavlenko explore tour à tour les douleurs physiques et psychologiques de la jeune femme, qui peine à s’y retrouver dans sa nouvelle enveloppe.

Mais également sont évoquées les difficultés des proches à faire face à la situation : en parler, s’abstenir, ou faire avec, il n’y a jamais de solution clairement identifiée.

C’est un livre très intéressant, très émouvant, écrit pour la jeunesse a priori, mais qui est tout à fait utile pour n’importe quel adulte également par la façon dont il aborde le handicap et notamment un handicap acquis.

Et puis, grâce à ce « si petit oiseau » qui peut déployer malgré tout l’aile qui lui reste pour s’envoler vers l’avenir, j’ai découvert de nombreuses informations sur les animaux, les oiseaux notamment, alors que je ne connais rien à l’ornithologie.

Ce roman m’a profondément touchée, j’ai été très émue, parfois aux larmes, mais j’ai beaucoup ri aussi, et je l’ai lu très très vite parce que je n’ai pas pu le lâcher. C’est bien écrit, c’est fluide, on a vraiment envie de tourner les pages très vite, on veut savoir ce qu’il va se passer pour Abi.

J’ai été ravie de découvrir ce livre, de découvrir une auteure que je ne connaissais pas et qui écrit avec une grande fraîcheur sur un sujet très difficile. La rencontre avec Marie Pavlenko m’a permis d’apprécier d’autant plus son travail de recherche, car elle a non seulement tenu compte de ce qu’elle avait pu observer, mais encore s’est mise dans la situation de ressentir ce qui arrive lorsqu’on ne dispose plus que d’un bras, en attachant le sien dans son dos.

Le roman est ainsi construit comme une rencontre entre la réalité du vécu familial de l’auteure et la prise de recul nécessaire, par l’utilisation de la narration à la troisième personne du singulier, biais qui permet à la fois « d’émouvoir le lecteur sans tomber dans un côté geignard » (sic).

Les personnages qui gravitent autour d’Abi sont très importants, chacun à sa manière, la petite sœur Millie est très humaine dans sa façon de réagir, le papa est maladroit, la maman semble avoir pris du recul, jusqu’à sa scène de colère spectaculaire dans la voiture – récit quasi à l’identique du vécu par l’auteure. La tante, très excentrique, apporte une part d’humour, bouffée d’oxygène nécessaire pour affronter les douleurs du handicap… et puis il y a Aurèle

Bouffée d’oxygène en effet que ce livre plein d’émotions, de tendresse, d’amour et de résilience. Partie d’un sujet terrible, Marie Pavlenko amorce la remontée vers la vie, l’espoir, et enchante le lecteur avec cette adolescente attachante et courageuse. Un bel exemple pour des jeunes malades mais également pour des personnes un peu plus âgées qui seraient confrontées à des pertes d’autonomie sans aller jusqu’à l’amputation… mon livre de chevet en cas de déprime…!

Citation

«  – C’est comme si avant, à l’intérieur, j’avais une grande forêt, pleine d’oiseaux et de promesses. Elle a disparu, Coline, tu comprends ? C’est comme ça. À la place, il y a des herbes jaunes, des mares sans eau, du silence et de la terre craquelés. »