Jubilee (Tomes 1 et 2)

Margaret Walker

Traduit par Jean-Michel Jasienko

279 + 284 pages

J’ai lu, 1978, Éditions du Seuil, 1968

Georgie, début du dix-neuvième siècle.

Le livre s’ouvre sur l’agonie en couches de Netta, jeune esclave noire de moins de trente ans, dont le maître de la plantation John Morris Dutton s’est servi pour assouvir ses pulsions.

De leur union est notamment née une fille, Vyry, à la peau blanche, qui ressemble étrangement à la fille légitime de John, Liliane. A la mort de Netta, Vyry a deux ans et reste confiée à « maman Sukey », qui l’a élevée quasiment depuis sa naissance, comme « tous les autres bâtards du maître ».

Quelques années plus tard, âgée de sept ans et donc en capacité de travailler selon l’usage, Vyry devient la femme de chambre de Liliane.

Mais la mère de Liliane ne supporte pas cette petite fille qui ressemble tant à Liliane et qui lui rappelle l’infidélité de son mari. Alors elle maltraite la fillette jusqu’à ce qu’elle soit confiée à la cuisinière. C’est ainsi que Vyry apprend ce métier et qu’elle peut être un peu mieux alimentée que les autres esclaves de la plantation.

Vyry grandit et s’éprend d’un Noir libre, Ralph Ware. Cependant, son père refuse toujours de la libérer et bien qu’elle finisse par se marier en secret avec Ralph et par avoir des enfants avec lui, Vyry reste au service de son maître.

La guerre de Sécession bouleverse le semblant d’équilibre entre les maîtres de la plantation et leurs esclaves. Ralph s’enfuit, mais Vyry n’arrive pas à se résoudre à le suivre en abandonnant ses enfants.

Elle est l’une des derniers esclaves libérés à rester à la plantation pour s’occuper de sa demi-sœur Liliane qui a perdu l’esprit, notamment après les grands deuils qu’elle a subis.

Mais un jeune homme Noir, Innis Brown, propose le mariage à Vyry, qui n’ayant pas de nouvelles de Ralph, finit par accepter.

Commence alors une nouvelle vie de femme libre mais très vite rattrapée par la haine itérative des Blancs et le Ku Klux Klan.

Vyry et la nouvelle famille qu’elle forme avec Innis Brown doivent lutter pour survivre contre les malfaisants et contre les dangers qui surgissent de nouveau.

Il s’agit d’un magnifique livre sur une période terrible de l’Amérique, quand les États du sud voulaient conserver leurs traditions d’esclavage et de propriété, voire de droit de vie ou de mort sur les Noirs : il couvre une large période, avant, pendant et après la guerre, ce qui permet de bien comprendre tous les enjeux pour les uns et pour les autres. Cet ouvrage, écrit par l’arrière-petite-fille de Vyry, dépeint ainsi les contrastes entre les différentes catégories de personnes qui cohabitaient ou voisinaient avant la guerre : les riches Blancs propriétaires de la plantation, les Blancs pauvres assimilés à des serfs, les Noirs asservis par les Blancs riches, et les Noirs libres mais dont les droits étaient tout de même très restreints. Les uns et les autres se méprisaient copieusement, s’injuriaient, et seuls les riches Blancs y trouvaient leur compte.

Après la guerre, le fait que Vyry ait la peau blanche lui ouvre de façon inattendue certaines portes et elle peut ainsi apprendre ce que croient les Blancs et surtout leurs intentions – souvent mauvaises – à l’égard des Noirs. Pour autant, jamais Vyry ne revendique le côté paternel : née esclave d’une mère esclave, elle est Noire au fond d’elle-même.

J’ai lu et vu « Autant en emporte le vent », auquel cet ouvrage a été comparé mais avec une vision du côté des Noirs, et c’est vrai qu’on y retrouve cette impression de grande fresque historique.

Mais là où Scarlett O’Hara ressemblait surtout à une petite fille capricieuse, Jubilee brosse le portrait d’une femme fière et forte malgré les souffrances endurées, une femme digne et dépourvue de haine.

J’ai vraiment beaucoup aimé me placer du côté de cette petite fille puis femme accomplie, partie de rien mais avec au cœur de vraies valeurs d’honnêteté et d’amour, profondément attachante.

Citation

« (…) Nous serons obligés de défendre vigoureusement nos droits naturels dans l’État de Georgie.

– Que voulez-vous dire exactement ?

– Je veux dire que nous serons obligés de défendre notre mode de vie traditionnel, notre système agricole, notre société fondée sur la division naturelle de l’humanité en maîtres et esclaves. »

Six de cœur

Carlene Thompson

Traduit par Jean-Luc Piningre

412 pages

J’ai lu, 2003, Éditions de la Table Ronde, 2001

Wheeling, Virginie occidentale. Jolie petite ville, marquée des superstitions autour de la ferme Pritchard et la mort atroce sur place d’une jeune fille, Faith, il y a treize ans.

Tout commence à New York par le meurtre d’une jeune danseuse à succès, Angie. Près d’elle, on retrouve une carte à jpuer portant le numéro 6 et un coeur tracé avec son sang.

Monica, avocate de renom, contacte ses anciennes amies de Wheeling, Laurel, Denise et Carla, car elle pressent que le meurtre d’Angie pourrait avoir un rapport avec la mort de Faith.

On suit ensuite tout le récit depuis la vision de Laurel. Fleuriste, elle est la petite amie de Kurt, policier dont elle ne se sent pas vraiment amoureuse.

Denise est mariée au médecin de la ville et a une petite fille, Audra.

Carla vient d’être quittée par son mari car elle ne peut plus avoir d’enfants.

Les quatre amies se réunissent dans la chambre d’hôtel de Monica à Wheeling, et se rendent compte qu’elles ont toutes reçu une photo du meurtre d’Angie et une carte représentant un six de cœur. Laurel veut prévenir la police, mais ses compagnes l’en empêchent. En effet, la mort de Faith est peut-être plus ambiguë qu’il n’y parait, et les jeunes femmes pourraient être incriminées.

Mais les menaces se poursuivent, un autre meurtre est bientôt perpétré et les suspects potentiels se multiplient.

J’ai beaucoup aimé ce thriller où se mêlent présent et passé, le contraste entre l’atmosphère joyeuse de fin d’année et l’angoisse qui monte autour du quatuor sans que leurs proches n’en soient avertis, des secrets de famille dévoilés, les apparences qu’on veut sauvegarder.

Toute la vérité

Karen Cleveland

Traduit par Johan-Frédérik Hel Guedj

366 pages

Éditions France Loisirs, 2018, Éditions Robert Laffont, 2018

Langley, Virginie.

Vivian Miller est une jeune femme analyste dans un service de contre-espionnage à la CIA, division Russie. Elle est aussi la maman débordée de quatre enfants, Luke, Ella et les jumeaux Caleb et Chase.

Heureusement, son mari Matt, ingénieur informatique, la seconde beaucoup, et leur couple est très solide.

Jusqu’à ce matin où Vivian, en ouvrant des fichiers de l’ordinateur d’un Russe qu’elle a hacké, découvre avec stupeur la photographie de son mari. Sa vie et ses croyances s’effondrent en un instant.

Vivian raconte le présent et se remémore des événements du passé en revisitant les doutes qu’elle a pu avoir sur certains comportements de son époux durant les dernières années.

Elle doit prendre des décisions pour à la fois protéger sa famille et ne pas trahir son pays. Son mari est en danger, ses enfants aussi. D’autant que des hommes commencent à la menacer directement. Vivian est totalement déboussolée et ne sait vers qui se tourner pour trouver du réconfort.

C’est un excellent roman d’espionnage, dans lequel le doute est présent à chaque page, une course pour faire le tri entre les mensonges et les apparences. Très bien écrit, avec un suspens haletant – je l’ai lu d’une traite -, il suscite l’envie de venir en aide à Vivian, la sortir de cette impasse.

J’adorerais lire une éventuelle suite… tout en craignant qu’elle ne soit pas à la hauteur.

Mission à haut risque

Nora Roberts

Traduction de Jeanne Deschamp

299 pages

Éditions Harlequin S.A., 2014

Denver, Colorado.

Deborah O’Roarke est une jeune adjointe du procureur volontaire et engagée à faire condamner les coupables de crimes dans sa ville.

Alors qu’elle mène une enquête dans des quartiers mal famés, elle est agressée par un drogué et est sauvé par le mystérieux personnage masqué, que la presse surnomme Némésis, car depuis quelques temps il met hors d’état de nuire les malfrats. Partagée entre gratitude et colère car l’homme agit en marge des institutions, Deborah sent une étrange attirance pour lui. D’autant qu’il la tire d’affaire à d’autres reprises.

En parallèle, Deborah fait la connaissance de Gage Guthrie, un ancien policier, devenu millionnaire grâce aux affaires familiales, mais qui n’a jamais pu tourner la page du soir où son coéquipier est mort et lui est resté dans le coma, suite à une opération d’infiltration dans les milieux de la drogue qui a mal tourné.

Deborah se sent attirée par les deux hommes qui semblent vouloir mettre tout en œuvre pour la protéger.

Elle va continuer avec chacun d’eux son combat pour la justice, quitte à se mettre en danger.

J’avais lu des livres de Nora Roberts il y a très longtemps. Déniché dans une boîte à livres, comportant majoritairement les codes du « roman à l’eau de rose » teinté de touches de polar et de fantastique, celui-ci est un bon divertissement entre deux romans plus « sérieux » et mieux écrits.