L’allée du sycomore

John Grisham

Lu par Stéphane Ronchewski

19 h 41, 81 plages en deux CD

Audiolib, 2014, Éditions Jean-Claude Lattès, 2014

Mississipi, Comté de Ford, octobre 1988.

Seth Hubbard, un richissime homme d’affaires, vient de mettre fin à ses jours.

Mais il a adressé quelques jours auparavant un dernier testament holographe à l’avocat Jake Brigance, qui a précédemment défendu un homme noir dans le cadre d’une affaire de meurtre qui a suscité des réactions houleuses dans le comté. Dont l’incendie de la propre maison de Jake par le Ku Klux Klan local.

Dans ce dernier testament, Seth Hubbard laisse la majorité de ses biens à sa femme de ménage noire, Letty Lang, ce qui provoque de nombreuses indignations et interrogations, sur la santé mentale du vieil homme ainsi que sur la teneur de leurs relations.

Jake doit alors défendre la succession de Seth Hubbard, contre les avocats des enfants du défunt qui veulent récupérer leur part de l’héritage, et face à un juge de la vieille école, colérique mais somme toute assez facétieux et terre-à-terre.

D’interrogatoires en découvertes diverses, John Grisham dresse le portrait d’un Mississipi marqué par le racisme et les jeux de pouvoir. Le lecteur suit toutes les audiences du procès, les techniques mises en œuvre par les divers avocats pour parvenir à leurs fins, les rebondissements et le suspense est total jusqu’au dénouement poignant.

L’écriture est remarquable, les descriptions permettent de se projeter et de visualiser les scènes : j’ai entendu les cris des petits-enfants de Letty, ressenti le froid de l’Alaska, je me suis retrouvée dans l’enceinte du tribunal, dans le cabinet de travail de Jake, ou sur la terrasse du vieux juge.

J’ai adoré ce livre, l’habillage musical proposé par l’éditeur, et la voix harmonieuse de Stéphane Ronchewski qui m’a accompagnée durant une quinzaine de jours, et il m’a été bien difficile de sortir de mon véhicule pour vaquer à mes occupations!

Ma vie, un sport de combat

Michaël Jeremiasz

Écrit avec la participation de Virginie Troussier

221 pages

Hachette-Marabout, 2018

De Michaël Jeremiasz, je connaissais le jeu de raquettes, l’investissement dans les tournois de tennis fauteuil et la journée « Tous en fauteuil » de Roland-Garros. Et ce magnifique sourire lors des interviews autour de son sport de prédilection.

Découvrant ce livre mis à l’honneur par un membre de mon club de lecteurs, j’ai souhaité savoir qui se cachait derrière le sportif de haut niveau, et son rapport au handicap.

Dans cette biographie, Michaël Jeremiasz se dévoile enfant avec les liens familiaux très prégnants, notamment avec ses frères Benjamin et Jonathan. Une vie aisée mais surtout empreinte d’amour et de fureur de vivre.

Car avec ses frères et ses copains, l’adolescent va réaliser les quatre-cents coups. Jusqu’à ce terrible 7 février 2000, où une prise de risque un peu plus osée se termine en bas d’une piste de saut à Avoriaz. Il gît, tel un pantin désarticulé. Il a dix-huit ans et est devenu paraplégique : il ne sent plus rien en-dessous du nombril.

Une autre vie débute ainsi, celle de la reconstruction, avec l’appropriation de nouvelles capacités. Le soutien familial inconditionnel, l’entourage sont alors primordiaux, la vérité aussi : Michaël ne veut pas de pitié ni de faux-semblants.

Mais la fureur de vivre est toujours là, l’envie de se dépasser, aussi. Alors, le jeune homme va travailler dur pour rééduquer son corps meurtri et se lancer de nouveaux défis : être un athlète de haut niveau, parvenir aux sommets, transformer son handicap en possibilité. Toujours très entouré par sa famille, ses frères notamment et des amis, il renoue avec le tennis jusqu’à devenir champion du monde et champion olympique de tennis-fauteuil.

Parallèlement, il milite pour dépasser une certaine vision du handicap : pour cesser d’être pris en pitié, pour que la personne adulte plus précisément ne soit plus réduite à ce handicap mais au contraire considérée pleinement, pour que la société prenne en compte les difficultés -accessibilité, aménagements, … – mais sans l’œil réducteur qui est si souvent opposé aux personnes handicapées. J’ai été – à juste titre – choquée de la scène décrite par l’auteur dans laquelle un inconnu lui passe la main dans les cheveux…

L’envie de vivre qui a menée Michaël Jeremiasz au plus haut niveau le porte à présent, grâce à l’association qu’il a fondée avec son frère, à aider ceux qui voudraient accéder aux sports, à veiller aux durées de retransmission des jeux handisports, à prôner une vision différente du handicap.

J’ai aimé découvrir les diverses facettes de l’homme : le séducteur, le travailleur acharné, le militant.

J’ai trouvé intéressantes les citations de ceux qui ont côtoyé l’auteur en tête de chapitre. Je regrette néanmoins un manque de structuration dans la narration, les événements étant relatés un peu dans le désordre, je me suis souvent perdue dans la chronologie.

Reste le portrait d’un homme sympathique avec une vision très ouverte sur le handicap, dont j’aurai plaisir à suivre l’évolution dans la société.

Citation

« Être privé de l’usage de membres reste une punition qui invite à la ruse. Être privé d’un sens, c’est se trouver dans la nécessité de définir d’autres repères, de nouvelles façons de vivre, des curiosités gagnantes. Je suis diminué mais non résigné, j’explore l’espace différemment, dans ce mouvement intérieur volontaire. »

Les Sales Gosses

Charlye Ménétrier McGrath

258 pages

Fleuve Éditions, 2019

Qui sont donc ces « Sales Gosses » ?

De prime abord, on pourrait penser qu’il s’agit de ces méchants enfants qui ont laissé leur mamie/leur maman aller en maison de retraite, voire même qui y ont fortement contribué, voire même qui ont signé pour que cette dame Jeanne de quatre-vingt-un ans y soit enfermée. Jeanne leur en veut. Alors elle leur fait subir le pire. Pour le plus grand bonheur du lecteur, car les premiers chapitres ne sont qu’un long éclat de rire.

Mais les sales gosses se nichent peut-être ailleurs…

Parce que très bientôt, Jeanne, qui s’est occupée de sa famille un peu bourgeoise toute sa vie, se rebelle et laisse éclater enfin sa vraie personnalité. Pas toute seule, mais avec l’aide de « la bande », ces cinq autres octogénaires, Loulou, Léon l’ancien traiteur, Lucienne la rousse, Paddy le gentleman anglais et Jo, qui ont décidé que plus rien ne les empêcherait de vivre à leur gré! Et de confidences en confidences des uns et des autres, « le jeu des regrets » devient un vrai défi à relever. Il permet d’ouvrir des portes, de libérer des secrets, de s’affranchir de douleurs toujours poignantes malgré le temps passé.

Par des répliques truculentes, des révélations touchantes, des personnages attachants, Charlye Ménétrier McGrath propose une plongée dans le « cinquième âge » qui a bien raison d’avoir des projets et de vouloir les mener à bien!

Ce roman lu d’une traite a illuminé un dimanche tout gris: il permet tout à la fois de s’interroger sur nos choix de vie et de porter un regard attendri mais surtout pas condescendant sur les personnes âgées.

La demoiselle du Mississipi

Alexandra Ripley

Traduit par Myrtha Bel

506 pages

Archipoche, 2016, Belfond, 1993

La Nouvelle-Orléans, Louisiane.

Dans les Appalaches, Mary McAllistair fête ses seize ans. Elle reçoit de sa mère un coffret qui se transmet de génération en génération, et de son père une somme d’argent. Lorsqu’elle apprend le décès soudain de son père, elle quitte le couvent dans lequel elle était en pension pour essayer de retrouver la famille de sa mère à La Nouvelle-Orléans.

Elle effectue le périple via le Mississipi, et rencontre des personnes plus ou moins fréquentables. Dans sa naïveté, elle s’attache à une femme, Rose Jackson, qui essaye de l’intégrer de force dans sa maison de passe. Mary réussit à s’enfuir grâce à l’aide d’un homme qui la trouve dans la rue, Valmont Saint-Brevin, dont elle tombe éperdument amoureuse.

Recueillie par une riche famille créole pour servir de dame de compagnie à leur fille Jeanne, bavarde et frivole, Mary est bientôt à nouveau trahie et jetée à la rue. Sa force et son envie de vivre vont lui permettre de travailler dur pour s’en sortir grâce à la couture qu’elle a apprise au couvent.

Une nouvelle vie s’ouvre devant elle, mais Valmont ne l’entend pas ainsi. Et pour son malheur, le vaudou guette la jeune fille.

J’ai beaucoup aimé relire l’histoire de cette jeune femme pleine de ressources, que j’avais découverte dans les années 90. La plume d’Alexandra Ripley conte une année de la jeune fille, mais au-delà, c’est toute l’atmosphère de la Louisiane avant la Guerre de Sécession : créoles fêtards, riches mécènes, traditions du « plaçage » des jeunes filles Noires installées par des « Mait’ » Blancs dans des maisons, rites vaudou, et la menace toujours présente de la terrible fièvre jaune.

Dans la moiteur de la ville, Français et Américains, Noirs et Blancs, riches et pauvres, tous cohabitent dans un fragile équilibre, bien près de se rompre.

Une visite qui donne envie de traverser l’Atlantique et de remonter le Mississipi sur les traces des Français de Louisiane.

A ceux qui se croisent

Pauline Maurenc

479 pages

Robert Laffont, 2019

Je remercie les éditions Robert Laffont et Babelio de m’avoir adressé ce livre dans le cadre d’une masse critique privilégiée.

Tout au long de la lecture, je me suis demandée quel serait mon avis définitif. L’intrigue portée en quatrième de couverture me plaisait, avec cette femme, Lucy, qui perd sa voix et décide de tout laisser derrière elle quand elle apprend que son mari Laurent lui a menti depuis toujours. Les cassures, les façons de se relever, les fêlures qu’on porte en soi souvent sans le savoir sont des sujets qui m’intéressent.

La première partie, la mise en place, se situe à Nice et aux alentours : Lucy y a une vie bien rangée dont elle va s’extraire presque sur un coup de tête. On y découvre la vie bourgeoise, les faux-semblants, les bien-pensants. C’est là aussi que Lucy va rencontrer Paul, pour la première fois, complètement par hasard.

Lucy vient d’apprendre la trahison de son époux, elle est déboussolée mais ne se laisse pas pour autant atteindre par ce Paul toujours entre deux avions et qui lui confie sa carte de visite. Ils partagent à ce moment des visites dans l’arrière-pays niçois et quelques furtives confidences.

La deuxième partie, c’est New-York. Autant Nice était lumineux, autant il en ressort une impression de froid et de grisaille. Peut-être parce que Lucy s’est enfuie après avoir perdu sa voix, que son corps a trahi ce que son esprit lui refusait. Lucy est confuse, elle essaye de se faire une place dans la ville grouillante, il y a une sensation de lenteur qui s’installe dans cette période presque d’hibernation, d’introspection. Et Lucy fait appel à Paul qui la retrouve et l’accueille dans sa maison. Commence alors une valse-hésitation des sentiments : ces deux-là se cherchent, ils savent qu’ils se trouveront, oui mais pour combien de temps? Car Paul refuse que Lucy s’attache à lui par défaut, pour combler en quelque sorte le vide de sa vie. Alors qu’ils commencent néanmoins à former quelques projets communs, Lucy est appelée en urgence à Nice où son père est malade, et Paul doit se rendre en Australie.

La troisième et dernière partie est celle des décisions. Mais au prix de nombreuses larmes, de projets avortés et de tri entre rêves et réalité. C’est le moment de la prise de conscience de Lucy, de sa transformation pour envisager de mener sa vie comme elle le souhaite vraiment.

Mon avis est mitigé. La lenteur semble caractériser l’ouvrage, ce qui m’a gênée à plusieurs reprises et qui m’a fait le lâcher pour en lire d’autres en parallèle. Cette femme qui s’est laissée vivre et porter pendant longtemps mais qui doit désormais faire face et prendre des décisions, presque à son corps défendant, ne m’a pas vraiment touchée. J’ai trouvé le personnage de Paul très dur par moments, même si l’on comprend que les blessures de son passé et une envie de ne pas être « accroché » à l’autre façonnent son raisonnement.

Pour autant, l’écriture, les échanges épistolaires particulièrement, certains passages, certaines expressions m’ont plu. Dont évidemment celle qui fonde le titre, le toast porté « A ceux qui se croisent… et qui ont le courage de s’arrêter ».

Et en se penchant sur la totalité du livre, il en ressort que ce sont en effet les rencontres qui peuvent modifier le cours d’une existence : des gens croisés, des personnes qui au détour d’une conversation vont permettre d’éclaircir une situation complexe. Mais on enfonce un peu des portes ouvertes, me semble-t-il.

Il s’agit plus précisément d’une réflexion sur le désir, l’amour et leurs manifestations, la possession, les incompatibilités de vie et notamment celle de la vie commune. Ce choix de construire un amour sur deux existences qui se doivent d’être complètes et indépendantes pour qu’il puisse s’épanouir pleinement.

Et une découverte de la poésie de Leonard Cohen, que je ne connaissais pas…

Citations

« J’avais toujours cru que l’amitié avait des capacités de survie bien supérieures à celle de l’amour. Je découvrais que j’ignorais à peu près tout de l’une comme de l’autre, que je m’étais contentée de croire ce qu’on en disait autour de moi, et que renoncer à toutes ces certitudes, au fond, ne m’affectait pas beaucoup. »

« Lucy est un cas rarissime d’abandon aux hasards de la vie », dit alors Paul de sa voix douce et mate. »

« (…) Les surprises que la vie nous jette à la tête, on ne peut guère les éviter. À partir de là, il n’y a que trois solutions. Change it, love it, or leave it. Tout le reste est du bavardage et ça ne peut pas durer. »

Forteresse digitale

Dan Brown

507 pages

Le livre de poche, 2014, Jean-Claude Lattes, 2007

Fort Mead, Maryland.

Susan Fletcher, cryptologue, et son fiancé David Becker, professeur de littérature, s’apprêtent à partir en week-end quand David est appelé pour un déplacement et Susan demandée par son patron à la NSA. En effet, la machine qui permet de décrypter les codes lancés sur l’internet et qui est habituellement très efficace, n’arrive pas à l’opérer pour le code en cours.

On découvre ainsi qu’un complot permettant de crypter totalement les échanges sur le net a été fomenté par un ancien agent de la NSA qui voulait dénoncer l’ingérence de cette agence dans la vie privée des personnes.

Sur vingt-quatre heures, on va suivre en alternance la progression lente de la résolution de l’énigme par Susan et son patron et la course poursuite de David à Séville, ce qui donne un roman qu’on n’a

pas envie de lâcher. Mais qui ne m’a pas semblé très crédible par certains côtés (l’envoi d’un civil pour récupérer un objet pour une agence de sécurité…), ce qui m’a gênée.

Sinon, les messages sont totalement d’actualité entre nécessité de protection des états et de leurs ressortissants et désir de protéger son intimité, et l’ensemble plutôt divertissant.

Tout n’est pas perdu

Wendy Walker

Traduit par Fabrice Pointeau

346 pages

Sonatine, 2016

Fairview, Connecticut.

Alan Forrester est psychiatre et le narrateur de ce livre. Son propos est d’exposer le compte-rendu de ses entretiens avec les protagonistes de l’affaire concernant Jenny Kramer, jeune fille violée et torturée lors d’une fête étudiante.

Jenny a en effet subi une sorte d’effacement médicamenteux de sa mémoire, qui aurait dû l’aider à surmonter le traumatisme, mais en fait son corps passe outre son esprit.

Le docteur Forrester intervient à la demande de sa famille pour lui faire recouvrer les souvenirs.

Ce faisant, il explore les ressorts des liens familiaux, des failles des parents de Jenny, Charlotte et Tom, tout en se confrontant à sa propre vision de la vie de famille et de couple et à d’autres patients qu’il reçoit en thérapie.

J’aime cette intrusion dans les méandres du cerveau et ses interactions avec le corps, ces appartés surdles personnes qui ne semblent pas avoir de lien immédiat avec l’affaire. Au-delà de l’intrigue, ce thriller très documenté est remarquable pour qui s’intéresse au fonctionnement du cerveau, aux recherches sur le syndrome de stress post-traumatique, aux mécanismes de protection psychologique.

Et toute l’histoire, ainsi que les agissements du psychiatre, éveillent des sentiments très divers : émoi, incompréhension, révolte, empathie, …

Avec la question sous-jacente : que feriez-vous, en tant que parent, si votre enfant était agressé de cette façon ?

L’alternance des entretiens thérapeutiques et des pensées et ressentis du psychiatre est rédigée de façon à ce que le lecteur se retrouve dans le cerveau d’Alan et évolue avec lui, ouvrant ses propres tiroirs mémoriels quand il le souhaite. C’est remarquable, et j’ai pris ainsi mon temps pour le lire, malgré mon envie d’avancer dans l’intrigue.

Un coup de cœur pour cet excellent thriller dont je n’avais pas vu venir le dénouement!

Citations

« Jenny aucun souvenir de son viol, mais la terreur continuait de vivre dans son corps. Le souvenir physique, cette réaction émotionnelle qui était désormais programmée en elle, n’avait rien à quoi se rattacher – aucune série de faits pour le replacer dans un contexte. Et donc il errait librement en elle. »

« Nous sommes de petits êtres sans importance. C’est seulement la place que nous occupons dans le cœur des autres qui nous remplit, qui nous donne notre raison d’être, notre fierté, et notre perception de nous-mêmes. »