Aya

Marie-Virginie Dru

221 pages

Éditions Albin Michel, 2019

Épreuves non corrigées

Je remercie les Éditions Albin Michel et Babelio de m’avoir permis de découvrir ces épreuves non corrigées du livre de Marie-Virginie Dru dans le cadre d’une masse critique privilégiée.

RER, 7 h 30. Je commence le roman.

Le premier chapitre s’ouvre sur une scène atroce. Je ferme le livre.

Je prends une grande inspiration. Je me dis que j’espère que la petite Aya va s’en sortir, qu’elle va connaître autre chose dans sa vie que cette mère qui semble indifférente et cet oncle ignoble.

Mais voilà, j’ai déjà été embarquée par l’écriture, ces phrases courtes associées au vocabulaire imagé qui proposent une atmosphère presque sans nuances entre lumière et ombre sur la petite île au large du Sénégal.

La lumière, c’est celle de l’Afrique, de Dakar, de ses tissus chamarrés et chatoyants, de ces enfants courant vers la mer, de ces voix haut perchées qui célèbrent tant la vie que la mort. C’est Ousmane, l’amoureux d’Aya, celui à qui la fillette ne peut se confier mais dont la présence est si précieuse.

L’ombre, elle, est là aussi, tapie, prête à sauter sur celui qui déroge aux traditions, mais ici elle s’attache spécialement à la famille d’Aya. Une famille heureuse, dans le souvenir de la petite fille, jusqu’au drame qui a modifié le cours de leurs existences. Notamment celle de son frère parti pour la France et qui ne donne pas de nouvelles. Mais quelques points lumineux viennent en aide à Aya : Madeleine, Camille la photographe, Mona de la Maison Rose.

Ce livre célèbre à travers l’histoire d’Aya deux faces de l’Afrique, tournée fortement vers le passé et ses traditions, mais aussi vers l’avenir par la représentation d’une Europe idéale.

C’est aussi l’histoire des rencontres ratées, des secondes qui pourraient tout changer, celle de la mort et de la vie, voire de la survie : « Maintenant il s’agit de vivre ».

C’est le pouvoir du premier amour partagé, et l’envie du retour aux sources.

C’est un très beau premier roman, lumineux et sombre, entre rires et larmes, plutôt des larmes…

Citations

« Parler, c’est comme deux mains qui se tiennent, les paroles créent le lien. »

« – Ça veut dire quoi?

⁃ Dépressif ? C’est quand on est triste tout le temps. C’est quand on voudrait faire l’autruche, enfoncer sa tête dans le sable et ne plus la sortir. C’est quand on est aussi faible que la feuille arrachée à l’arbre qui flotte sans savoir où elle va.

⁃ Ah oui ! Chez nous on sait pas être comme ça. On a mal au ventre, ou mal à la tête. Alors on dort et ça va mieux.

⁃ Pourtant vous avez une vie pas facile, bien plus dure que la nôtre.

⁃ Oui, madame toubab chérie, c’est ce que j’appelle la justice de Dieu ! Nous on n’a rien, mais on a le sourire dans le cœur, vous, vous avez tout, mais vous ne le voyez pas… »

« Ne me secouez pas, je suis pleine de larmes. »

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