Le Collier Miraculeux

Martha Grimes

323 pages

Éditions Pocket, 2005

Cela faisait au moins deux ans que je n’avais pas sorti un livre de Martha Grimes de ma PAL.

Et je n’ai pas été déçue par celui-ci tant l’écrivaine américaine s’y entend pour décrire, voire caricaturer la société britannique.

C’est ainsi que l’assassinat d’une jeune violoniste dans le métro londonien et la découverte du cadavre d’une femme dans le petit village d’où était originaire la première amènent le commissaire Jury à reléguer son week-end chez son ami Melrose Plant aux Calendes grecques.

Afin de néanmoins pouvoir profiter de sa compagnie, Jury invite son ami à s’associer incognito à l’enquête qu’il mène dans la campagne anglaise.

Et ce faisant, il entraîne le lecteur à la découverte de nombreux personnages savoureux, dont, entre autres, la très snob famille qui s’essaye à régner en maître, une auteure de polars qui met en scène le meurtre des membres de ladite famille sous différentes formes, une ornithologue convaincue, une gamine effrontée mais qui adore les chevaux, une aristocrate isans ressources dans son manoir glacial…

Sans compter quelques incursions londoniennes dans l’East End, avec la faune désœuvrée qui fréquente un pub et une famille digne des Misérables.

Et, cerise sur le pudding, nos deux compères semblent très très intéressés par certaines villageoises.

Et l’enquête ? Des lettres anonymes, des morts mystérieuses, des secrets d’alcôves et un vol de collier, Jury et Plant doivent démêler les fils pour découvrir quel est le coupable parmi cette galerie de portraits haute en couleurs.

Un roman policier certes, mais surtout doublé d’une étude de mœurs, et sur lequel flotte un humour so british qui m’a beaucoup plu.

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L’Ombre du renard

Nicolas Feuz

382 pages

Slatkine et Compagnie, 22 août 2019

Rentrée littéraire automne 2019.

Je remercie les éditions Slatkine et Cie de m’avoir adressé les épreuves non corrigées de ce thriller.

J’avais découvert, il y en environ un mois, les personnages du procureur Norbert Jamsen, de sa greffière Flavie Keller et de l’inspectrice Tanja Stojkaj dans le premier opus Le miroir des âmes (https://lirelanuitoupas.wordpress.com/2019/07/14/le-miroir-des-ames/)

L’Ombre du renard relate la suite de leurs aventures, en Suisse bien sûr, mais également dans le cadre enchanteur et néanmoins inquiétant de la Corse, sur les traces du trésor englouti de Rommel.

Dès le début, le lecteur est happé. Dans l’alternance du passé (Deuxième Guerre Mondiale) et du présent, de multiples lieux et personnages, il faut s’accrocher pour suivre les péripéties autour d’un mystérieux lingot d’or réapparu, alors que les cadavres, dont certains horriblement torturés, tombent à la pelle.

Jusqu’à la révélation : car Nicolas Feuz, même s’il malmène – un peu – les relations internationales, en maître ès suspense balade une fois de plus le lecteur qui n’y voit que du feu ! Je me suis faite avoir comme dans son précédent écrit et ça me plaît tellement de ne pas comprendre les tenants et aboutissants de l’histoire dès le début…

Les héros sont toujours aussi attachants, avec dans cet ouvrage une focale sur celui de Tanja, pour laquelle on s’inquiète et on vibre, car elle se coule à nouveau dans la peau de personnages très différents pour mener à bien ses enquêtes.

Et ce qui est formidable, c’est que ces héros sont appelés à revenir… mais chuttttt… place au suspense !

Citation

«– Allez-vous enfin me dire où nous allons plonger ? lâcha Gualtieri.

Le policier le regarda, alluma un cigare et grommela :

– Au large de la Marana.

– C’est vaste comme zone, fit remarquer le corailleur.

– Je ne peux rien vous dire de plus.

– J’ai compris. Secret d’Etat. »

Le chien de Shrödinger

Martin Dumont

141 pages

Éditions Delcourt Littérature, 2018

Je remercie les Éditions Delcourt Littérature de m’avoir permis de découvrir ce premier roman de Martin Dumont, premier choc aussi pour un sujet à la fois banal et poignant : faire face à la maladie d’un proche.

Banal, parce que la maladie frappe sans prévenir, et que celui qu’elle éprouve peut être un enfant, et à travers lui, ses proches.

Poignant, comme l’attitude d’un père dont toute la vie tourne autour de cet enfant.

Et encore plus déroutant, ce livre n’amène pas seulement à avoir de la tristesse pour le jeune Pierre, vingt ans, mais surtout une profonde empathie pour son père, Jean. Car c’est Jean qui se raconte et expose tout ce qu’il a mis en place pour profiter au maximum de cet enfant qu’il a élevé seul. Pierre, qui, dans l’insouciance de sa jeunesse, fait du théâtre, fréquente des filles, et dont l’objectif prioritaire est de finir l’écriture de son premier livre. Jusqu’à ce que la maladie l’atteigne sans répit.

Et le lecteur de se trouver emporté dans la souffrance de ce père et toutes ses interrogations, ses pensées qui dérivent dans la solitude de son taxi, avec une grande question en exergue : doit-on dire la vérité à qui se meurt ?

Des grands soucis de sa vie passée aux moments de grâce de la plongée en apnée avec son fils, l’auteur dresse le portrait d’un homme attentionné, tourmenté aussi, confronté à des choix douloureux.

Au-delà de l’histoire qui ne peut que toucher un lecteur, et encore plus celui qui aurait été confronté à la maladie grave d’un de ses proches, l’écriture et la poésie de certains passages sont prenantes. Je ne peux les relever tous, il faut lire cet ouvrage, dont l’avant-dernier chapitre est un petit bijou d’humanité et d’amour.

Un roman à la fois triste et lumineux, beau comme l’amour inconditionnel d’un père pour son fils. Un coup de cœur !

Citation

« Je fixais cette porte et je priais pour qu’elle ne s’ouvre pas. Jamais.

(…) C’était stupide, mais tant qu’elle restait close, tout restait possible. Je veux dire, dans le couloir, il y avait encore l’incertitude. Les futurs, ils étaient là ; ils dansaient derrière la porte. Une foule d’éventualités, leur probabilité. Oui, tant qu’on n’ouvrait pas, la réalité restait libre ; elle pouvait filer dans toutes les directions. »

Ce qu’elles disent

Miriam Toews

Traduction Lori Saint-Martin et Paul Gagné

227 pages

Éditions Buchet et Chastel, 22 août 2019

Reçu dans le cadre d’une rencontre avec l’auteure le 26 juin 2019, pour une publication lors de la rentrée littéraire d’automne 2019, je remercie les Éditions Buchet et Chastel et Babelio pour m’avoir adressé cet ouvrage.

Miriam Toews évoque dans ce livre un fait divers relaté dans le journal The Guardian : des femmes mennonites qui ont dénoncé les violences physiques et sexuelles dont elles ont été victimes, de la plus jeune à la plus âgée, par certains membres masculins de leur communauté.

L’auteure a fait partie de cette communauté de chrétiens baptistes très fermée, dans laquelle les droits des femmes sont inexistants. Sa colère à la lecture du fait divers a donné lieu à un livre qui expose, sous forme de compte-rendu écrit par l’instituteur du village, les tergiversations de huit femmes durant quarante-huit heures : ce laps de temps qui permettrait aux hommes de la communauté emprisonnés de voir payée leur caution doit en effet permettre aux femmes de décider si elles vont partir ou rester dans la communauté.

Trois axes se dégagent ainsi : « Voilà qui nous ramène une fois de plus à nos trois raisons de partir, toutes valables. Nous voulons que nos enfants soient en sécurité. Nous voulons préserver notre foi. Et nous voulons pouvoir penser. »

August, l’instituteur, amoureux silencieux d’Ona, n’est pas considéré comme un homme par les autres. C’est ce qui lui permet d’être intégré par les femmes. Et comme celles-ci sont illettrées, il est le seul qui peut écrire les débats. Il aura également la charge de rééduquer les jeunes garçons et ensuite les jeunes filles pour leur permettre une émancipation des pratiques fondamentalistes de la communauté.

August se réfère fréquemment à Flaubert car il a vécu hors de la communauté et respecte les auteurs classiques. Il s’agit de reprendre le rôle fondamental de l’enseignement par l’amour et non par la violence prônée par les chefs de la communauté. Flaubert n’a-t-il pas écrit « Je suis Madame Bovary »?

Les caractéristiques des huit femmes ont été choisies par l’auteure dans les femmes de son entourage, sa mère, sa soeur, sa meilleure amie, sa fille, la meilleure amie de sa fille, …

Ce roman-témoignage (je le classe ainsi dans la catégorie des documents pour son apport à la connaissance de la communauté mennonite) est étouffant de violence : on la sent dans les propos tenus, dans les cris de certaines des femmes, dans les silences parfois. Et à certains instants, les jeunes filles apportent un peu de luminosité par leurs rires et leurs facéties, offrant ainsi au lecteur une petite respiration. Pour mieux replonger ensuite dans la discussion animée dont on voudrait extirper très vite ces femmes, les soulager d’un poids trop lourd à porter en prenant la décision à leur place.

Et on souffre aussi pour August et son amour malheureux, mais qui sera sauvé de la dépression par le fait d’avoir été le témoin actif de la discussion et son scribe consciencieux.

Il s’agit presque également un essai philosophique, avec ce questionnement autour de pardon, du pouvoir et de son exercice, de l’amour et de la connaissance.

J’ai donc lu cet ouvrage par morceaux, en alternance avec d’autres plus légers, car les thèmes abordés sont très profonds et malheureusement d’actualité. Et malgré la difficulté d’appréhension de l’écriture au début, il faut le lire absolument car il dénonce les actes bien connus de l’intérieur mais trop souvent cachés à l’extérieur… pour le malheur des nombreuses femmes qui en sont victimes.