Surface

Olivier Norek

427 pages

Éditions Michel Lafon, 2019

Un nouveau roman d’Olivier Norek c’est toujours un plaisir. Après les aventures du capitaine Coste en Seine-Saint-Denis, après avoir horrifié le lecteur avec le si réaliste Entre deux mondes, voici qu’il nous entraîne dans l’univers d’une enquêtrice.

Cette enquêtrice, c’est Noémie Chastain. Un bon job, Capitaine de police, une équipe sympa, un petit ami, tout va bien pour elle. Sauf qu’au cours d’une intervention musclée Noémie est l’objet d’une fusillade et en sort défigurée.

Alors, et malgré toute sa vaillance, tout son professionnalisme, ses supérieurs lui demandent de se mettre au vert tandis que son petit ami la quitte. Face à ces ignominies (fort réalistes mais si cruelles !), Noémie n’a pas le choix et se retrouve seule donc dans une petite bourgade de l’Aveyron, bien loin de Paris. Malgré l’accueil plutôt agréable de sa nouvelle équipe, Noémie s’ennuie dans les querelles de voisinage. Jusqu’à ce qu’une ancienne affaire non résolue de disparition d’enfants vienne modifier le cours de son existence. Et que tout s’enchaîne.

J’étais triste de ne pas retrouver le capitaine Costes. Il ne me semblait pas possible d’avoir une suite à Entre deux mondes.

Mais là cette Noémie, elle est impressionnante, avec son caractère bien trempé, ses fêlures, son humour corrosif et sa fidélité à elle-même !

Et l’enquête imaginée par Olivier Norek l’est tout autant. On est bien loin de Paris et du stress etc. On se retrouve au sein d’une campagne plutôt paisible. Pourtant, il y a de l’action, pourtant tout s’accélère, pourtant rien ne m’a fait lâcher ce livre, que j’ai lu en un après-midi, d’une traite. Et le mieux c’est que je n’avais rien vu venir.

Alors j’ai hâte de retrouver Noémie dans une prochaine enquête… et pourquoi pas,Monsieur Norek, provoquer une enquête avec la participation conjointe des capitaines Victor Coste et Noémie Chastain ? Je ne suis sans doute pas la seule à le souhaiter !

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Vaut-il mieux être toute petite ou abandonné à la naissance ?

Mimie Mathy et Gilles Legardinier

234 pages

Éditions Belfond, 2017

La question posée par le titre, osée et complètement décalée, donne le ton du livre.

Les deux auteurs y exposent, sous forme de joute verbale bienveillante et teintée d’humour, ce qui les a construit malgré ou grâce à leur différence. Les liens familiaux, la tendre mais ferme volonté des parents biologiques de l’une et adoptifs de l’autre de ne jamais leur mentir ont payé.

Bien loin de les cantonner à leurs différences, ces parents aimants ont su aider leurs enfants à s’en servir pour qu’elle devienne une force, car après tout, rien ne pourrait la changer !

J’ai aimé la façon dont Mimie Mathy livre son regard sur ce qu’elle est, sa personnalité qui ne se mesure pas à sa taille, bien au contraire. On y lit la joie de vivre, le désir de progresser pour réaliser ses rêves, de concrétiser ses projets, depuis l’adolescence. J’ai noté la persévérance dont elle a fait preuve pour intégrer l’école de Michel Fugain et l’honnêteté de ce dernier : deux tentatives et trois ans se sont passés avant qu’elle ne lui semble prête à se lancer dans l’aventure. Considérer l’être humain et non son apparence a permis à l’apprentie actrice de mûrir, alors qu’elle aurait sans doute échoué si elle était arrivée plus tôt dans l’univers des médias.

De son côté, l’écrivain Gilles Legardinier dévoile ce qui le motive, fait de partages et d’échanges, d’observation des autres, qui l’aident à construire les personnages de ses romans dans lesquels il met un peu de lui. Il évoque avec pudeur son choix de ne pas rechercher sa famille biologique et de garder le patronyme de ses parents adoptifs au lieu de se choisir un pseudonyme.

Autant l’une se refuse à entrer dans ce qu’elle appelle un « ghetto » des personnes qui lui ressemblent physiquement, autant l’autre est attiré par ceux qui ont vécu l’adoption. Là encore, la différence s’exprime dans leur façon de réagir face aux autres. Ainsi que par quelques phrases bien affirmées !

Malgré quelques répétitions, j’ai trouvé ces témoignages, appuyés de quelques anecdotes, intéressants et fondateurs d’espoir pour tous : chaque individu est différent des autres, donc plutôt que de se morfondre, cultiver l’optimisme et persévérer dans des projets même s’ils semblent irréalistes aux yeux de certains, voilà qui peut changer la donne de départ !

Citations

«  Il vaut mieux parler des choses. Garder pour soi quelque chose qui ne va pas, c’est l’assurance de le voir pourrir. Je pense qu’on ne résout rien en se taisant. Mais peut-être vaut-il mieux quelquefois éviter de parler de ce qui fait très mal, agir comme si tout allait bien pour attendre le bon moment et être en situation de mener ces combats-là. » p147 MM

« Ce ne sont pas les épreuves qu’il faut évaluer, mais notre faculté à les dépasser. » p172 GL

« Les gens agressifs sont aussi porteurs d’une différence, ils sont malheureux ou carrément néfastes, mais eux aussi ont besoin d’aide, que ce soit une main tendue ou une bonne baffe ! » p177 GL

« J’aurais pu avoir une vie discrète, parallèle, effacée, en retrait – « Excusez-moi d’être comme ça ». Je serai toujours reconnaissante à mes parents d’avoir eu cette force de dire : « Regardez c’est notre fille ! » p192 MM

Une vengeance au goût amer

Ann Rule

Traduit par Isabelle Saint-Martin

505 pages

Le Livre de Poche, 2011, Éditions Michel Lafon, 2009

Ça faisait un ou deux ans que je n’avais pas lu un livre d’Ann Rule. Un échange sur les réseaux sociaux m’a donné envie de sortir celui-ci de ma PAL.

C’est l’histoire vraie d’une famille, celle de Mike Farrar et Debora Green et de leurs trois enfants, Tim, Lissa et la petite Kelly. L’auteure expose comment cette famille aisée, à qui tout aurait pu réussir, se retrouve finalement au cœur d’un drame abominable : deux des enfants décèdent dans l’incendie de la maison familiale.

Et Ann Rule de reprendre par le menu la vie de Mike et Debora, leurs études de médecine, leur rencontre, la constitution de leur famille puis les difficultés conjugales et la maladie inexpliquée de Mike. Le lecteur détient alors une sorte de statut de témoin privilégié des scènes de la vie courante des Farrar dans leur maison de Kansas City, s’émouvant ou s’indignant tour à tour.

J’ai retrouvé ce que j’aime chez cette chroniqueuse judiciaire : la narration d’une enquête policière, et plus encore, le décorticage des faits et gestes qui amènent des individus à commettre le pire, puis la relation du procès.

Il n’y a pas de parti pris, juste une observation objective des faits. Qui amène cependant le lecteur à se poser la même question que certains témoins directs du drame : n’y aurait-il pas eu plusieurs fois la possibilité de l’empêcher ? Parce que, franchement, tout était en place pour une terrible issue !