La Princesse noire

Serge Brussolo

285 pages

Le Livre de Poche, 2004

Lu dans le cadre du Black November 2019.

Lecture 2ème semaine : lire un huis-clos

Une adolescente, Inga, douée de ses mains, façonne des bijoux. Enlevée par des Vikings, conduite sur une île, elle se retrouve vendue à une mystérieuse femme, « La Princesse Noire ». Celle-ci l’emmène dans son château où elle recueille tous les enfants abandonnés par leurs parents en raison de malformations congénitales.

Prisonniers malgré eux, les enfants sont apeurés par la certitude qu’une créature monstrueuse hante les souterrains du château et s’en prend à ceux qui y sont terrés, les aveugles.

Et sur la lande, une autre bête s’en prend aux moutons, tandis qu’une autre, dotée de grandes ailes, vole et s’approche dangereusement du château…

Inga mettra tout en œuvre pour sauver les enfants dont elle a la charge. Mais il lui faut pour cela découvrir la vérité entre tous les mensonges proférés par ceux qu’elle pourrait s’allier.

J’ai beaucoup aimé ce thriller médiéval dans lequel rites païens et superstitions côtoient les tentations de conversion au christianisme, et où les apparences sont trompeuses.

Les descriptions de la lande, des souterrains aveugles du château, semés de profondes crevasses dont nul ne peut réchapper, concourent à placer le lecteur dans une atmosphère oppressante. (Même si je n’ai pas eu peur, tant cela se rapproche du fantastique !)

Il se lit très vite, car on souhaite savoir ce qui s’est vraiment passé sur l’île et le dénouement de cette aventure portée par une jeune fille courageuse face à la couardise des autochtones.

C’est le deuxième livre de Serge Brussolo que je lis, le premier était Les emmurés , lu dans le cadre de The Black November 2018… donc à l’année prochaine sans doute pour le troisième !

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La veuve

Fiona Barton

Traduction de Séverine Quelet

411 pages

Fleuve Éditions, 2017

La veuve, c’est Jane Taylor, une femme qui menait une vie plutôt paisible en apparence jusqu’à ce que son mari Glen se retrouve accusé de l’enlèvement d’une petite fille, Bella Elliott.

Alors sa vie bascule, avec un déchaînement médiatique terrible.

L’enfant n’est pas retrouvée et quatre ans plus tard, le mari décède dans un accident de la circulation.

Les médias sont à nouveau très insistants auprès de la veuve pour l’amener à donner plus de précisions sur sa vie de couple et son mari.

Une journaliste notamment, Kate Waters, qui avait sympathisé avec la maman de l’enfant enlevée, décide le tout pour le tout en voulant obtenir une interview exclusive de la veuve. Et comme une nouvelle enquête policière a été ouverte pour déterminer exactement les causes de la mort de Glen, la journaliste collabore avec le policier chargé de l’enquête, qui n’a jamais pu se résoudre à clore le dossier de la disparition de l’enfant.

Le livre est construit sur l’alternance de la narration des faits relatifs aux personnages principaux : la mère de l’enfant disparue, la journaliste, l’inspecteur de police Sparks et bien évidemment, la veuve. Seule cette dernière expose sa vision de sa vie personnelle et de couple en utilisant la première personne du singulier, ce qui renforce son discours, avec de fréquents retours dans le passé de sa vie commune avec Glen. En effet, elle seule détient la vérité et peut la dévoiler à présent que son mari est décédé.

Mais si elle savait quelque chose, cela ne fait-il pas d’elle la complice de son mari ? Pourquoi n’a-t-elle rien révélé ?

Le livre montre ainsi combien la disparition de la petite fille va modifier le cours de la vie des personnages gravitant autour de l’enquête au point de devenir une obsession, à des degrés divers, affectant largement leur vie privée et professionnelle. On y découvre aussi la complexité de certaines relations de couple et les difficultés à s’en extirper. Et l’acharnement médiatique, avec la « course au scoop », sans aucun respect des personnes, est également largement dénoncé.

J’ai plutôt aimé ce livre, même si j’ai eu, à plusieurs reprises, envie de secouer cette veuve pour l’amener enfin à s’exprimer… Mais il faut attendre très longtemps pour comprendre ce qui s’est joué dans cette petite maison de Greenwish.

À lire par les adeptes de thrillers domestiques et psychologiques.

Citations

« J’ai l’impression de raconter l’histoire d’un roman d’amour ; Kate Waters boit mes paroles, elle griffonne sur son calepin, me scrute par-dessus ses petites lunettes et hoche la tête comme si elle comprenait. Je ne suis pas dupe. »

« Je ne peux pas lui confier que je restais éveillée la nuit, à espérer que Glen soit mort. Bon, pas vraiment mort. Je ne voulais pas qu’il souffre ou quoi que ce soit, je voulais juste qu’il ne soit plus là. »

« (…) le mal était une substance visqueuse, qu’on ne repérait que de temps à autre, ce qui le rendait d’autant plus effroyable. »

Les Passagers

John Marrs

Traduction Vincent Guilluy

442 pages

Éditions Hugo Thriller, 7 novembre 2019

Que peuvent avoir en commun une femme enceinte (Claire), un jeune homme stressé (Jude), une actrice sur le retour (Sofia), un couple qui va fêter son anniversaire de mariage (Sam et Heidi), une femme qui fuit son foyer (Shabana), un vétéran de l’armée royale (Victor) et une Somalienne réfugiée politique (Baquis) ?

Ils sont tous, au même moment, en Grande Bretagne, dans une voiture autonome dont le système de commande vient d’être piraté par un hacker.

Filmés malgré eux, ils doivent répondre de leurs actes passés et présents face à une Commission habituellement chargée de déterminer les charges à retenir entre un véhicule autonome et les victimes d’accidents routiers.

Le Hacker impose en effet aux membres de ladite Commission de désigner l’un des Passagers afin de lui sauver la vie, les autres devant périr dans une collision inévitable.

Au sein de la Commission, des professionnels sont rassemblés, dont un député très influent, Jack Larsson, un médecin, une représentante œcuménique, … mais également une représentante du peuple tirée au sort pour y siéger temporairement, l’infirmière Libby.

Qui sera désigné par la Commission pour survivre ? Ses membres sont aidés dans leur décision par un spécialiste des réseaux sociaux, qui leur fournit les tendances… Car, bien évidemment, tout ceci se déroule sous le regard voyeur d’un public accroché à ses écrans et claviers.

Ce livre est génial ! Une multitude de thèmes y sont abordés : les avancées technologiques et leurs failles, évidemment, mais également la corruption, l’éthique, les petits secrets que nous croyons bien gardés et qui sont finalement accessibles très facilement, mais également les apparences qui peuvent être si trompeuses ! L’influence des réseaux sociaux y est également dénoncée, tant la prise de décision anonyme derrière un écran est simple…

Et il m’a semblé que les personnages, qu’ils soient dans leur voiture ou dans la salle de décision, sont tous prisonniers du Hacker : il les tient en son pouvoir, ce qui amène les uns et les autres à dévoiler le pire comme le meilleur.

J’ai beaucoup aimé la construction du livre. Chapitre après chapitre, on découvre chacun des protagonistes et leurs pensées, les retournements de situation sont nombreux et inattendus (sauf un qui m’avait titillé mais pas au point de tout comprendre!). Et les têtes de chapitre comportant des statistiques, début d’articles de journaux ou autres informations contribuent à donner réalité et rythme à cet ouvrage assez horrifiant par instants.

L’écriture permettrait une excellente adaptation en film ou série, j’ai visualisé les scènes comme si j’y étais. Enfin, non, je ne voudrais surtout pas y être ! Et cette lecture ne me donne pas vraiment envie de me promener de sitôt dans une voiture autonome…

Je remercie les Éditions Hugo Thriller pour m’avoir adressé ce livre que j’ai pris grand plaisir à découvrir… Reste à lire le premier opus de l’auteur Âmes sœurs, qui est cité à plusieurs reprises dans le présent ouvrage.

Sept psychopathes

Scénario Fabien Vehlmann

Dessins Sean Phillips

Couleurs Hubert

64 pages

Éditions Delcourt, 2007

Lu dans le cadre du Black November 2019, semaine 1 : lire un thriller qui ne soit pas un roman.

Résumé de l’éditeur :

Londres, 1941. Un colonel de l’armée anglaise reçoit une proposition hors du commun : recruter ces détraqués, choisis parmi les pensionnaires des asiles psychiatriques, pour former un commando chargé d’assassiner Hitler !

Ces psychopathes sont si imprévisibles, leurs raisonnements si déroutants, que l’ennemi ne parviendra jamais à anticiper leurs agissements ou leur tactique. Winston Churchill en personne ayant donné son accord, le groupe est parachuté sans délai au-dessus de l’Allemagne…

Mon avis :

J’ai acheté ce livre dans un destockage de la médiathèque. Le sujet m’attirait, ainsi que le fait qu’il s’agisse d’une collection de sept ouvrages avec à chaque fois sept personnages, placés dans sept situations ou univers différents.

Cette uchronie me semblait particulièrement intéressante et décalée au regard du nombre de tentatives d’assassinats sur la personne d’Hitler avortées, et des légendes sur sa mort présumée bien avant 1945.

Le fait que le colonel Thompson, qui va proposer cette nouvelle tentative, soit lui-même un personnage dépressif, est également décalé.

Quand le gouvernement britannique décide de s’adjoindre les services de « Sept psychopathes » pour assassiner Hitler, tout peut ainsi arriver : un medium, un escroc, un tueur, un géant, un rapporteur de la commission sur les conditions de vie dans les asiles, une jeune maman tireuse d’élite, emmenés par un professeur fou de vengeance, vont devoir affronter leurs propres démons pour les retourner contre Hitler. Mais n’est-ce pas dangereux pour l’avenir de l’humanité ?

Le lecteur se retrouve donc plongé à la fois dans l’univers de la psychiatrie et dans celui de la guerre, d’où des scènes majoritairement sombres.

Autant j’ai trouvé l’histoire intéressante, autant les dessins des personnages hommes trop semblables m’ont perdue à plusieurs reprises, au point que j’ai dû noter leurs noms et caractéristiques précises sur une feuille à part pour m’y retrouver.

J’essaierai néanmoins de lire les autres tomes de la série « Sept », puisque les scénaristes et dessinateurs sont tous différents.

Citations :

« Ces esprits authentiquement libres tueront le Führer parce qu’ils ignorent que c’est impossible… »