Bulle Ballu

Pascale Moisset

199 pages

Éditions Les Petites Moustaches, 2018

Je remercie les éditions Les Petites Moustaches et Babelio pour m’avoir adressé ce superbe livre dans le cadre de la Masse Critique jeunesse de novembre 2019.

C’est un ouvrage singulier, tant par l’histoire contée que par le style employé.

Et c’est un coup de cœur.

Pascale Moisset se glisse ainsi dans la peau de la jeune Zoé, presque quatorze ans, pour écrire et décrire le projet fou de trois amis d’enfance.

Car Jean – le père de Zoé – et ses amis, Anne et Olivier, ont fondé puis recomposé leurs familles mais ne se sont jamais perdus de vue. Avec les nouveaux compagnons, et tous les enfants, les trois familles ainsi constituées ne souhaitent plus se quitter, mais au contraire faire perdurer les liens en achetant en commun ce qui va devenir leur bulle de bonheur en plein Paris : trois maisons avec jardin dans la rue Ballu, 9ème arrondissement.

Alors Zoé, par des phrases courtes, posées à la manière d’un poème en prose, imprimant un rythme joyeux à ses descriptions, expose les personnalités dans une savoureuse « galerie de portraits ». Puis viennent les enjeux du projet, l’emménagement, les précieux moments de joie, de partage et de liberté, sous la houlette bienveillante des nounous au pair. Car loin de se renfermer sur elle-même, la Bulle Ballu s’ouvre aux amis, aux camarades, au monde. Et l’humour adolescent, la lumineuse candeur de la sortie de l’enfance fondent ce récit en écho à l’écrin qui les protège.

Mais patatras ! Tout risque de s’arrêter pour deux des enfants dont les parents se déchirent… et si eux partent, comment les liens entre tous survivront-ils ? C’est sans compter sur l’attraction et la magie de la Bulle Ballu, celle par qui tout devient possible. Car lorsque les enfants prennent leur vie en main, les adultes n’ont qu’à bien se tenir !

Mais chutttt !

Venez.

Entrez dans la Bulle Ballu.

Je gage que vous n’en sortirez pas indemne…

P. S. Pour aller un peu plus loin, et si vous ne pouvez voir in situ la Rue Ballu, n’hésitez pas à visiter le court article suivant https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Rue_Ballu

Citation

« La preuve, que, lorsqu’ils veulent bien se creuser un peu la tête, les adultes ont parfois de bonnes idées. »

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Femme sur écoute

Hervé Jourdain

573 pages

Pocket, 2018, Fleuve Editions 2017

Excellent polar/thriller écrit par un auteur que je n’avais jamais lu, dans le cadre du dernier item pour le Black November 2019 : « titre comportant trois mots ».

Deux prostituées de luxe. L’une d’elles, Manon Legendre, voit sa vie s’écrouler petit à petit, par le piratage de ses données bancaires et électroniques.

Des flics. Dont deux jeunes femmes. L’une d’elles, Lola Rivière, se sent rejetée par son chef de groupe Kaminski malgré son incontestable professionnalisme, mais obtient la confiance du commissaire divisionnaire Compostel.

Une machination sordide, des « suicidés », une volonté d’aller chercher au plus loin, de remonter les pistes, malgré les embûches, les reproches.

Le roman met en scène des personnages attachants, qu’il s’agisse des policiers – la jeune Lola et Compostel notamment – ou de ceux qui gravitent autour des suspects – Julie. Avec une part belle faite aux femmes, parentes pauvres d’une profession encore dévolue à la virilité dans l’esprit de certains, l’auteur démontre l’intérêt des équipes mixtes et de la prise en compte des compétences au-delà des apparences sexuées.

Et un petit clin d’œil à ce nouveau « 36 », le Bastion, dont l’inauguration approche et qui déroute ses locataires, habitués aux craquements du Quai des Orfèvres.

L’écriture est fluide, contribue à garder l’intérêt du lecteur pour des histoires très fouillées qui s’entrecroisent et s’entrechoquent. Et c’est toute l’abnégation de ces fourmis au service de la justice qui sert l’enquête : entre recherches sur place, décryptage informatique, et bien évidemment écoutes téléphoniques, on suit le travail de ces policiers, souvent bien ingrat et assorti d’un sens de la débrouille quasi obligatoire, l’esprit en alerte malgré les difficultés personnelles.

Très réussi, probablement grâce à l’expérience professionnelle de son auteur, ce roman m’a donné envie de lire ses premiers ouvrages.

Citations

« Un lieu où il ne s’était pas privé de punaiser une affiche de 1966 invitant en lettres majuscules au recrutement de gardiens de la paix : La police, un métier d’homme. »

« Le Bastion était une véritable forteresse où il fallait montrer patte blanche en permanence. Mieux, certains accès étaient désormais protégés par un système de biométrie. (…) Le temps des vagabondages de touristes qui réussissaient à franchir les contrôles en se glissant derrière les policiers et celui des disparitions de scellés étaient révolus. »

Six fourmis blanches

Sandrine Collette

276 pages

Éditions Denoël, 2015

Deuxième lecture du dernier item pour le Black November 2019 : « titre comportant trois mots ».

Ils sont six. Ou plutôt sept. Six touristes embarqués dans l’ascension de montagnes qu’ils ne connaissent pas, l’espace d’un week-end : Lou et son petit ami Elias, Arielle et son époux Lucas, Marc et Etienne, deux célibataires.

Le septième est leur guide : Vigan. Lui connaît parfaitement les lieux. Ce qui est un plus lorsque les éléments se déchaînent et que la tempête de neige contrarie les projets du groupe, si minuscule face à cette montagne semée de pièges, où un seul faux pas peut s’avérer fatal.

Il va falloir s’abriter pour survivre et résister aux températures glaciales et à l’envie de rebrousser chemin, au risque de se perdre et de mourir.

Mais la mort rôde peut-être plus près que tous ne le pensent. Et c’est au travers des yeux de Lou que se livre cette marche mortelle, lorsque les personnalités se dévoilent en raison des conditions extrêmes. Si les six veulent en réchapper, ils doivent absolument faire confiance à Vigan.

Et puis, étonnamment, en alternance des chapitres narrés par Lou, un autre personnage, Mathias, étrange, aux pouvoirs mystiques, un « sacrificateur » respecté et redouté, évoque sa vie solitaire, son implication dans celle de ses concitoyens, indispensable relais pour favoriser une longue existence à un nouveau-né ou la réussite d’un mariage. Jusqu’à ce que le maître incontesté de la vallée, Carche, lui impose un apprenti en la personne de son petit-fils.

Sans lien apparent, ces histoires parallèles sont lues attentivement, tant le talent de Sandrine Collette fait merveille. Elle crée une atmosphère parfaite de peur et d’oppression contre laquelle luttent non seulement ses personnages, mais également ses lecteurs.

J’ai une fois de plus pris grand plaisir à m’immerger dans cet univers découvert dans ses précédents ouvrages « Un vent de cendres » et « Des noeuds d’acier ». Une grande dame du thriller français, avec qui j’ai appris à ne surtout pas anticiper la fin d’un livre, à simplement me laisser porter par son écriture addictive, dans l’impossibilité de lâcher l’ouvrage avant d’en connaître l’issue.

Citations

« Je suis un sacrificateur. (…) Je ne sacrifie jamais en vain. Je ne me replie pas sur les boucs ni sur de vulgaires moutons – je laisse cela au petit peuple de l’autre côté de la mer. Tuer est un art qui se maîtrise, une communion avec la nature, l’animal et les dieux. Pas un acte barbare, non : un présent pour consacrer un mariage, un anniversaire, un baptême, un départ. »

« Du blanc. De la neige et de la glace. Du vent qui nous empêche de comprendre vraiment le drame qui se déroule dix mètres plus bas, et dont nous ne percevons que les gémissements sans fin. Encordés tous les six, et nous allons finir par nous entraîner les uns les autres au fond de cette étrange faille, ou par crever sur place sans pouvoir nous dégager. »

Boréal

Sonja Delzongle

509 pages

Folio, 2019, Éditions Denoël, 2018

Lu dans le cadre du challenge The Black November 2019, troisième semaine : « lire un thriller d’un auteur jamais lu auparavant ».

Il s’agit donc pour moi d’une découverte de l’écriture de Sonja Delzongle.

Ce thriller relate la vie de scientifiques au Groeland, chargés d’une mission de recherche sur le réchauffement climatique.

Étendue glacée et glaciale à perte de vue, tempête de neige, nuit intense forment le cadre de l’histoire qui nous est contée.

La découverte d’un charnier de bisons amène le chef de la mission, Ferguson, à appeler à l’aide la biologiste Luv Svensen. Cette dernière, dont la vie est menacée en raison des idées qu’elle défend, ne peut résister à l’attrait de la demande, malgré une situation familiale très complexe.

Trois femmes, cinq hommes et un chien sont donc présents sur l’inlandsis lorsque l’un d’entre eux disparaît. Et les disparitions se poursuivent…

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans le livre, gênée par les temps de conjugaison employés. Puis, tout naturellement, l’histoire m’a portée entre horreur des situations décrites et espoir de voir réapparaître les disparus, au point de ne pas vouloir le lâcher avant la fin, avec une sensation d’oppression. Les descriptions de l’étendue glacée contribuent largement à maintenir une impression de non-retour possible et une atmosphère de huis-clos. Plusieurs histoires parallèles s’écrivent ainsi sous la plume de l’auteure.

Un très bon thriller, qui change de ceux que je lis habituellement (plutôt psychologiques ou familiaux), et qui me donne envie de lire d’autres livres de Sonja Delzongle.

Citations

« Dans la clarté d’une lune presque pleine, la motoneige, feux allumés, trace sa route à travers l’immensité d’une blancheur luminescente. Les deux hommes se taisent, chacun est seul avec ses réflexions, ses doutes, tandis que la nature froide et sauvage se prépare à plonger une nouvelle fois dans la nuit totale. »

« Dans un espace aussi confiné, au milieu d’un environnement hostile et extrême, les liens se tissent plus vite, les sentiments, comme les émotions, s’exacerbent. Mais l’objectif commun et les tâches imparties aident à canaliser les torrents émotionnels et à endiguer le risque de débordements. »