La vie rêvée des chaussettes orphelines

Marie Vareille

Lu par Lou Broclain

68 plages, 9 h 21

Audible, 2019

Audition terminée le 2 janvier 2020

2018 : Alice, jeune femme américaine, vient d’arriver à Paris. Sans ressources, elle cherche un travail. Elle le trouve au sein d’une start-up, EverDream, dont le dirigeant Christopher est un serial looser dans la création d’entreprises. Pour preuve, la dernière en date EverDream a pour but de rapprocher les chaussettes orphelines ! Jérémie est son associé, Reda et Victoire forment le reste des employés.

Mais Alice aurait très bien pu ne pas décrocher ce job. Car elle est atteinte de graves crises d’angoisse qui la paralysent, elle est réfractaire aux relations humaines et à l’attachement, sauf à son chat.

Depuis 2011 : Journal d’Alice. Alice raconte sa vie et celle de sa famille, dont sa petite sœur Scarlett, si différente d’elle, dans un journal intime qu’elle écrit comme si elle s’adressait à Bruce Willis.

Ainsi se succèdent en alternance les réflexions d’Alice consignées dans son journal sur sa mère, sa soeur, son mari, son désir inassouvi d’engendrer un enfant et le récit de son existence actuelle à Paris.

Tout en refusant d’expliquer ce qui l’amène à combattre des insomnies, à prendre des médicaments, et l’empêche de nouer franchement des relations amicales ou amoureuses, Alice commence cependant à se détendre, au contact de ses collègues et d’une nouvelle connaissance rencontrée à Paris. Cette évolution qui échappe à son contrôle permanent engendre chez elle une peur intense, qui semble néanmoins tempérée par un désir de plus en plus grand de s’en affranchir.

J’ai adoré. Voilà. J’ai aimé la fluidité de l’écriture, les conversations, la progression du récit, ainsi que l’humour, la tendresse et la peur qui transparaissent. J’ai vécu ces moments de la jeunesse tourmentée d’Alice et Scarlett, j’ai pesté contre leur mère si peu attentionnée, j’ai frémi avec Alice sans savoir le secret qu’elle souhaitait cacher.

Un livre sur la vie, avec ses relations familiales, amicales et amoureuses, sur les occasions manquées ou provoquées, sur les coïncidences et les modifications que peut entraîner « un battement d’ailes de papillon »…

J’ai aimé la lecture qu’en a faite Lou Broclain, les intonations rieuses ou tristes qu’elle a su employer pour porter le texte. J’ai passé de très très bons moments d’écoute et je suis presque triste de quitter Alice et les personnages si attachants imaginés par Marie Raveille.

Un coup de cœur !

Publicité

Horrora borealis

Nicolas Feuz

282 pages

Slatkine et Cie, 2018, Le Livre de Poche, 2019

Fin de lecture : 31 décembre 2019

Un festival de musique à Neuchâtel.

Un week-end de vacances en Laponie.

Les deux sont sanglants. Les deux sont marqués par la violence. Une violence qui semble fortuite, quand l’autre est délibérée.

Un point commun : Walker. Il se trouve au cœur des deux théâtres dramatiques mis en place avec maestria par Nicolas Feuz.

Mais qui est-il ? Pourquoi cet homme a-t-il pris un otage sur la scène où quelques minutes auparavant se produisait un chanteur ? Les souvenirs de la Laponie semblent le hanter, mais surtout parce qu’il n’en conserve que des bribes.

Un négociateur, le commissaire Marc Boileau, est dépêché pour comprendre les motivations de Walker… et les dévoiler au lecteur.

Et je m’arrête ici. Car il ne faut rien ajouter sur l’histoire, dont un seul élément m’était apparu relativement vite. La construction du roman alternant passé et présent est faite pour étonner le lecteur et lui permettre de suivre le cheminement de reconstitution des souvenirs de Walker et de sa compréhension par Beaulieu.

Et c’est parfaitement réussi.

Malgré la violence omniprésente, Nicolas Feuz réussit à toucher le lecteur avec des personnages attachants – pas tous, pas tous ! – dont Boileau, cet homme à bout de forces, hanté par les fantômes des personnes décédées qu’il a « croisées » au cours de sa carrière, et par le drame personnel qu’il vit.

La sensation de huis-clos est omniprésente alors même que l’on se trouve, d’une part, au milieu d’une étendue glacée, et d’autre part, sur une scène en plein air sur les rives du lac de Neuchâtel. Tandis que les paysages renvoient une image apaisante, le déchaînement de violence rend l’atmosphère angoissante et le sentiment d’oppression se propage au fil des récits, grâce aux descriptions acérées qui permettent de les visualiser sans peine.

Cela a concouru à m’amener à lire ce livre d’une traite, tant je voulais savoir le fin mot de l’histoire.

Je propose enfin une mention spéciale à la dernière scène du roman, d’où se dégage, telle une respiration après tant de noirceur, tout l’humour du Procureur Feuz !

Dernier livre lu en 2019, évidemment un coup de cœur.

Citations

« Les morts étaient un peu ses enfants, ceux qu’il n’avait jamais eus. Ils vivaient toujours à ses côtés, où qu’il aille. Ils ne le jugeaient pas et n’attendaient rien de lui. En revanche, lui se demandait toujours ce qu’il aurait pu faire de plus pour eux et leur famille, dans le cadre – et en marge – des enquêtes qu’il avait menées. »

« Le soleil qui se reflétait dans la neige conférait aux arbres et au paysage des allures de conte de fées.

C’était la nature à l’état brut, sur laquelle l’action de l’homme n’avait eu qu’une emprise très limitée. »

Sauf

Hervé Commère

269 pages

Éditions Fleuve, 2018

Fin de lecture : 2 janvier 2020

1976 : Mat a 6 ans quand il perd ses parents dans l’incendie de leur manoir en Bretagne. Recueilli par la soeur de son père et son mari, il se démène pour faire face à cette immense perte.

2018 : Mat est brocanteur, heureusement marié avec Anna et beau-père de la jeune Laurie.

Le passé ressurgit brusquement sous la forme d’un album photo déposé au dépôt-vente par une mystérieuse femme.

Les portes du dépôt sont forcées, rien n’est volé mais en parallèle la maison de Mat et Anna est incendiée en totalité.

La police restant impuissante, Mat en quête sur les lieux de son enfance, et grâce à l’aide de ses précieux et étonnants collaborateurs, Mylène et Gary, et à l’amour inconditionnel d’Anna, va mettre au jour l’histoire incroyable qui a terni sa vie de petit garçon.

Premier livre de l’auteur que je lis, j’ai apprécié son écriture fluide, qui m’a plongée directement dans l’histoire. J’ai bien aimé la description des émotions ressenties par cet homme mûr qui évoque la perte de ses parents et le vide qu’elle a laissé dans sa vie et dans celles de ses proches. J’ai aimé aussi les personnages secondaires, si différents d’apparence, marqués également par leur milieu social, et dont l’attachement à leur patron se témoigne en retour de ce qu’il a fait pour eux.

La relation entre Mat et Anna, pleine d’amour et de fantaisie, offre un contrepoids et une respiration bienvenue au milieu de la violence des actes dépeints tout au long du livre.

L’histoire est celle des passions qui animent les êtres humains, celles qui font commettre le pire ou le meilleur, et l’auteur s’en est emparé pour écrire un roman noir et violent difficile à lâcher, à la fois empreint de nostalgie et haletant.

Mon premier livre de 2020, et un premier coup de cœur !

Citations

« Ces deux-là là s’adorent autant qu’ils s’intriguent. Ils sont aux deux opposés d’une même courbe, celle de la hiérarchie sociale, pour laquelle ils éprouvent tous les deux une grande indifférence, si ce n’est un profond mépris. Je crois que c’est la raison pour laquelle ils sont l’un et l’autre très bons dans le métier que nous exerçons. Chaque client est un territoire vierge dans lequel aucun drapeau n’a jamais été planté. »

« On ne règle rien en courant plus vite ou en parlant plus fort, on ne fait rien taire, et ce qu’on enfouit ressort toujours. »