Le plus petit baiser jamais recensé

Mathias Malzieu

154 pages + un petit livret

J’ai lu, 2015, Éditions Flammarion, 2013

Fin de lecture 13 février 2020

Mathias Malzieu narre l’histoire d’un homme sans nom mais pas sans cœur.

Enfin, qui vit avec ce qui lui reste de son cœur, brisé quelques temps auparavant par une femme qu’il aimait. Alors qu’il erre avec ses brisures d’âme, cet inventeur de mots et de choses inutiles pourrait mettre un terme à sa dépression dans le souffle léger d’un baiser échangé avec une jeune femme lors d’une soirée. Las, ce baiser qui l’électrise fait disparaître également sa conquête : invisible, elle s‘enfuit.

Notre inventeur décide alors de tout mettre en œuvre pour la retrouver. Aidé de Louisa la pharmacienne et de Gaspard Neige un vieux détective privé retraité, affublé d’un perroquet dont le flair est digne d’un chien policier, l’homme amoureux se lance dans une recherche éperdue de celle qu’il voudrait tant revoir… Mais qui restera invisible s’il l’embrasse !

Usant de son art et de son inventivité, notre homme retrouve enfin sa dulcinée. Mais les élans du cœur sont étranges : alors qu’il partage sa vie, il n’aspire bientôt plus qu’à la voir, en vain. Et c’est alors que son ancienne aimée manifeste son désir de le reconquérir… Quel choix cornélien pour notre homme, perdu entre deux amours !

Comment résister à l’écriture empreinte de tant de poésie de l’auteur-chanteur ? A chaque ouvrage, Mathias Malzieu m’enchante et me déconcerte, m’entraîne dans un univers de conte absurde et délicat, mettant des mots-phares sur des sentiments qui sont bien réels ! Entre l’amour déçu, l’espoir de l’amour et l’amour non partagé, l’activation de tous les sens est primordiale : perdre de vue l’être cher, ou ne jamais le voir, engendre une insécurité permanente chez l’amoureux.

L’auteur invente alors un vocabulaire bien à lui, des double mots évocateurs, tels le « sparadramour », pour panser les plaies de notre héros dans son « appartelier ».

Un livre à déguster comme il se doit, pour que les mots choisis, habituels ou inventés, réaniment le cœur et provoquent ce choc émotionnel si particulier qu’est l’amour.

Citations

« Je suis un sous-doué du deuil. La peau à l’intérieur de mon cerveau est constellée de bleus qui ne s’effacent jamais. Je suis un homme-grenier. Je garde tout. »

« Tes yeux sont trop grands, on voit ton cœur à travers quand tu ris. »

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Comme des bleus

Marie Talvat et Alex Laloue

310 pages

Éditions Plon, Collection Sang Neuf, 2018, Pocket, 2019

Fin de lecture 5 février 2020

Je remercie les Editions Pocket pour m’avoir permis de rencontrer les auteurs -fort sympathiques – durant l’Apéro Polar du 26 novembre 2019, et de me permettre ainsi de découvrir le fruit de leur collaboration.

Elle, c’est Pauline. Journaliste en quête d’amour.

Lui, c’est Arsène. Flic au fameux 36, Quai des Orfèvres.

Ils sont jeunes, inexpérimentés, et leurs routes vont se croiser quand la voisine de Pauline se fait sauvagement assassiner. Car c’est le groupe auquel appartient Arsène qui est chargé de l’enquête.

Et ils se plaisent. Trop sans doute.

Un récit à deux voix, qui relatent chacune les désillusions d’une jeunesse face à l’indicible et face à la vie tout simplement. Une plongée dans l’univers policier par un jeune auteur qui en a lui-même fait l’expérience, où comment mettre de côté sa personnalité quand seul le professionnel doit entrer en action. Cette ambivalence forte, qui n’est évidemment pas propre à cette profession, est cependant très bien traduite dans la narration du jeune homme.

Et sa compagne autrice soutient très bien la comparaison dans ce roman à quatre mains haletant, empli de violence et d’une recherche de tendresse désespérée.

Une écriture rapide, mais des descriptions qui m’ont plu (Paris la nuit), des propos actuels, quand la jeunesse confronte ses idéaux aux dinosaures du terrain, c’est percutant.

De jeunes auteurs prometteurs pour un livre bien ficelé !

Citations (et il y en aurait beaucoup ! )

« Je n’aurais même pas pensé qu’à ton âge tu n’as probablement pas la moindre idée de ce que tu fais, que tu es sans doute comme moi et comme tous ces jeunes à qui l’on a donné des responsabilités professionnelles qu’ils tiennent à bout de bras, et qui compensent leur manque d’expérience par une assurance qui sonne faux, alors qu’au fond d’eux-mêmes ils se sentent comme des imposteurs. »

« Cette nuit, les vapeurs d’alcool aidant, je me suis senti grisé par ces quelques lignes de flirt numérique, apanage d’une génération perdue pour laquelle il est plus facile de parler sexe face à un écran que face à deux iris bleus scintillants. »

Avec un petit supplément pour la description nostalgique du 36, quai des Orfèvres… « Quitter le 36, c’est, la mort dans l’âme, fermer la porte sur l’histoire pour en écrire une nouvelle, avec ce doute persistant : sera-t-elle aussi intense ? Rien n’est moins sûr. Beaucoup de flics ne veulent pas partir. »