Ghost in love

Marc Levy

325 pages

Éditions Robert Laffont/Versilio,2019, Pocket, 2020

Illustrations intérieures de Pauline Lévêque

Fin de lecture 27 juin 2020

Je remercie les Éditions Pocket de m’avoir adressé cet ouvrage dans le cadre d’une rencontre avec l’auteur, malheureusement annulée en raison des conditions sanitaires.

Thomas est un pianiste virtuose, mais peu assuré dans la vie : il a quelques bons amis, une relation amoureuse fort instable. Son point d’ancrage est sa mère Jeanne, car son père est décédé voilà cinq ans. Et en ce jour anniversaire de sa mort, Raymond s’invite dans la vie de son fils !

Si celui-ci croit au début à un rêve, voire un cauchemar, le fantôme de Raymond convainc très vite Thomas de concrétiser la mission proposée : réaliser la promesse faite il y a trente ans à une femme profondément aimée, en mêlant leurs cendres, afin qu’ils soient à jamais réunis dans l’au-delà…

Sauf que cela exige de Thomas de traverser l’océan pour aller à San Francisco, ne pas se faire repérer avec une urne sous le bras, et revenir trois jours plus tard honorer un concert à Varsovie ! Et vivre ces quelques heures avec un facétieux fantôme qu’il est le seul à voir ne s’annonce pas de tout repos pour le jeune homme…

A travers une histoire ponctuée de remarques et situations très drôles, l’auteur aborde efficacement la relation père-fils, les amours contrariées, le regard des enfants sur les relations amoureuses de leurs parents, l’impact de l’exemple des parents sur les choix de vie des enfants, et bien évidemment le travail de deuil.

J’ai souri fréquemment, voire ri franchement, et éprouvé un sentiment de bien-être durant cette lecture. Une grande tendresse s’en dégage, et malgré l’abord de sujets sérieux, à aucun moment on ne sombre dans le « pathos », grâce à un savant dosage.

Les très belles illustrations de Pauline Lévêque permettent d’ancrer d’autant plus un visuel sur les lieux ou situations décrites par l’auteur. A quand la réalisation d’un film ?

J’avais lu les tous premiers ouvrages de Marc Levy, il y a longtemps. Me plonger dans ce roman a été une très jolie parenthèse entre les polars qui constituent actuellement mon fond de lecture.

Citations

« – Si tu savais ce que j’ai vécu ce soir, tu serais le premier à rire. Tu m’as fichu une sacrée peur, mais c’était doux de te voir, Papa, même dans un rêve étrange. »

« – Chasse cette pudeur qui nous empêche d’entendre les choses qui comptent. »

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3 secondes

Roslund et Hellström

Traduction Philippe Bouquet et Catherine Renaud

732 pages

Le Livre de Poche, 2020, Mazarine, 2019

Fin de lecture 17 mai 2020

Sélection 2020 Prix des lecteurs du Livre de Poche, mois de mai.

Dixième livre lu dans le cadre du jury.

3 secondes est le premier opus d’une trilogie, dont les suivants sont : 3 minutes et 3 heures, multirécompensée à l’international.

3 secondes, c’est avant tout une histoire de mensonges.

En effet, à Stockholm, Piet Hoffman est en apparence un homme ordinaire : femme, enfants, travail stable dans la sécurité.

Mais Piet est en fait un délinquant repenti, à la merci de la mafia et de la police. Il infiltre secrètement l’une au profit de l’autre, jusqu’au drame : un acheteur de drogue est tué, et un commissaire de police tenace, Ewert Grens, recherche la vérité. La couverture de Piet risque donc d’être éventée et ses donneurs d’ordre au sein de la police pourraient être mis en cause en raison de ce meurtre.

Piet s’est attaché à sa famille, il craint pour eux. Il se désole des aspects de sa vie qu’il cache à sa femme. Il souhaite tout arrêter.

Mais son contact dans la police lui demande de réaliser la dernière mission imposée par la mafia : il doit mettre la main sur le trafic de drogue au sein même d’une prison. Cependant, à peine incarcéré, les strates du pouvoir qui connaissent sa mission le laissent tomber. Identifié désormais par ses co-détenus comme un traître à la solde des autorités, il ne peut compter que sur lui-même pour s’en sortir… et 3 secondes !

J’ai beaucoup aimé ce roman à la fois lent dans sa mise en place et haletant dans sa suite, très documenté sur l’univers de la drogue et des prisons. Il conte, au-delà de la trame dramatique, le face-à-face à distance de deux hommes solitaires, Piet et Ewert, chacun préoccupé par sa survie, physique pour l’un, morale pour l’autre. On suit les pérégrinations du grincheux et teigneux commissaire, on entre dans sa tête et ses pensées apparaissent en italique dans l’ouvrage.

3 secondes est aussi une critique de l’écœurant jeu de pouvoir au plus haut niveau de l’Etat, qui n’hésite pas à abandonner en chemin ses serviteurs, celle du cloisonnement du travail des services de police et de justice.

J’aime les romans d’espionnage, d’infiltration minutieuse, et j’ai été tenue en haleine par le récit de la lutte entre ces diverses forces et le désir de vivre de cet homme condamné par tous. A la manière d’un scenario, les descriptions sont précises, les détails permettent au lecteur de visualiser les scènes.

Les ingrédients d’un film d’aventures et d’espionnage sont en place : un parfum de « Prison break » et de tulipes, un soupçon de « Mission impossible », la ténacité d’un Columbo ! Avec un petit faible pour l’homme traqué qui ne veut plus jamais mentir à sa famille…

PS : Le film The informer, sorti en 2019, en a été tiré, même si le pitch en est un peu différent : transposé à New York, avec un ancien agent des Forces Spéciales!

Citations

« Pendant 10 ans, il avait tellement menti à Zofia, Hugo et Rasmus et tous les autres autour de lui que, lorsque ceci serait terminé, il aurait déplacé pour toujours la frontière entre le mensonge et la réalité, c’était ainsi, il ne savait jamais où s’arrêtait le mensonge et où commençait la vérité, il ne savait plus qui il était. »

« – Tu n’iras pas plus loin. L’enquête préliminaire est au point mort. Grens, tu sais aussi bien que moi qu’il n’est pas raisonnable de mobiliser autant de moyens pour une enquête qui n’avance pas.

⁃ Je ne lâche jamais un meurtre.

Ils se regardèrent. Ils venaient de deux mondes différents.

– Bon… Qu’est-ce que tu as, alors ?

– Dans une enquête pour meurtres, Ågastam, on ne réduit pas le degré de priorité. Les meurtres, on les résout.»

Terres fauves

Patrice Gain

255 pages

Éditions Pocket, 2020, Éditions Le mot et le reste, 2018

Sélection 2020 Prix des lecteurs du Livre de Poche, mois de mai.

Neuvième livre lu dans le cadre du jury.

Fin de lecture 2 mai 2020

Le gouverneur de l’Etat de New York veut écrire ses mémoires. Son éditeur fait appel à David McCae, qui va les rédiger pour lui. Et comme le gouverneur compte parmi ses amis le brillant et renommé alpiniste Dick Carlson, l’éditeur mande à l’écrivain d’aller interviewer ledit alpiniste en Alaska. Mais, arrivé sur place, David surprend par hasard des informations qui peuvent remettre en cause l’écriture du livre, et se retrouve bientôt abandonné, seul au milieu d’une étendue hostile, proie des éléments et des animaux, voire des humains.

David raconte donc son histoire. Homme de la ville, il narre sans concession ses affres à l’idée de se confronter au froid, à l’avion, à la solitude. Obligé d’y faire face en raison des circonstances, l’homme se renouvelle et modifie en profondeur sa personnalité, laissant de côté la lâcheté qu’il désapprouve et se découvrant finalement un certain courage pour affronter ses peurs.

C’est une chasse à l’homme qui est décrite dans ce livre, mais également un road-trip. Patrice Gaine se donne ainsi l’occasion, par le truchement de son personnage, de décrire avec précision les paysages qu’il parcourt, l’écriture est riche, imposant à plusieurs reprises un détour par les pages du dictionnaire…

Un livre qui débute très lentement et pourrait rebuter, dont la tension se fait de plus en plus forte, qui m’a finalement beaucoup plu !

Citations

« À aucun moment il n’a sollicité mon assentiment. Dick Carlson dirigeait tout ce qui tournait autour de lui comme des astéroïdes tombés dans les filets du champ gravitationnel d’un astre. Je n’ai pas du tout aimé ça. » p50

« Mon bras et mon épaule à vif raclaient le sol rocheux. J’étais à bout de force. La douleur me submergeait par vagues. Les flammes montaient haut vers la cime des arbres. Je sentais la résine chaude des épicéas noirs qui offraient leurs branches odorantes comme de l’encens pour ce qui s’annonçait être mes funérailles. Le vent les caressait et faisait danser les volutes de fumée qui s’en échappaient tel un thuriféraire. Sous la voûte de la cathédrale étoilée, je me suis senti oublié des hommes et dans l’effroi du moment, tout comme Lennie, j’ai confié mon âme à Dieu. » p116

Le douzième chapitre

Jérôme Loubry

335 pages

Le Livre de Poche, 2020, Calmann-Levy, 2019

Fin de lecture 15 avril 2020

Sélection 2020 Prix des lecteurs du Livre de Poche, mois d’avril.

Huitième livre lu dans le cadre du jury.

David est un écrivain reconnu. Son éditeur, Samuel, est un ami d’enfance. Un très bon ami, même.

Car ils ont passé tous les deux leurs vacances dans le centre appartenant à la société qui employait leurs parents.

Jusqu’à la disparition, en 1986, d’une petite fille, Julie, dont ils avaient fait la connaissance sur la plage.

Aux prémices d’un amour d’enfance ont

succédé les regrets. Car nul n’a jamais su ce qu’il était advenu de l’enfant.

Mais trente ans plus tard, David et Samuel reçoivent chacun un manuscrit, relatant leur partie de l’histoire de cette année maudite. Ils essaient de trouver le mystérieux auteur des envois, ainsi que le troisième larron qui semble également être impliqué. Car ils sont identifiés par leur mystérieux expéditeur comme le sourd, le muet et l’aveugle, que les fantômes de leur passé commun viennent hanter.

Cela devient vite une obsession pour David, qui délaisse son travail et sa compagne pour se replonger dans le passé. Il doit se presser, car le dénouement interviendra à la lecture du fameux « douzième chapitre ».

C’est le premier livre de Jérôme Loubry que je lis, et si je conviens que la construction peut être intéressante, j’ai très rapidement trouvé les tenants et aboutissants de l’histoire, qui ne m’a donc plus passionnée. Le début était prometteur, mais comme j’avais deviné la suite, j’ai avancé très vite pour vérifier quelques détails.

Peut-être la faute à de trop nombreuses lectures de polars/thrillers qui me font chercher – et quelquefois trouver – midi à quatorze heures… Cela ne restera donc pas un souvenir impérissable pour moi, mais pourrait intéresser des lecteurs moins « aguerris ».

Sur l’écriture, par contre, j’ai bien aimé le parti pris de l’alternance des passé/présent/manuscrits différents, ainsi que les émotions ressenties par David enfant comme adulte : confronté à un beau-père qu’il déteste, habité d’une peur viscérale engendrée par la tension des aduites craignant de perdre leur emploi, la lumineuse apparition de la petite fille est une parenthèse bienvenue pour le petit David. Et lorsque devenu adulte, il reçoit le manuscrit, toute la protection psychologique qu’il a construite s’envole pour laisser place au stress, à l’angoisse de n’avoir pas pu empêcher la disparition de Julie.

Citations

« Vous allez être trois à recevoir ce récit. Trois personnages qui se sont rendus coupables, bien que de manière différente. »

« Elle se tenait debout, fière et conquérante, défiant leur silence et leur incrédulité, les poings posés sur ses fines hanches. Ses cheveux blonds avaient été rassemblés en une queue-de-cheval qui dévoilait la ligne parfaite de son cou. »

« Tu trouves ça bien, toi, que le fait de lire ces pages me trouble au point de ne plus pouvoir dormir ? Tu trouve ça bien que Sarah soit partie de la maison pour la simple et bonne raison que revivre tout se passé m’empêche d’interagir avec mon présent ? Tu trouves peut-être ça bien que je me torture à essayer de comprendre pourquoi nous avons été incapables de la protéger ? »