Karen Blixen, Une odyssée africaine

Jean-Noël Liaut

251 pages

Payot, 2004

Fin de lecture 28 décembre 2020.

Si j’ai vu plusieurs fois le film Out of Africa, à ma grande honte, je n’ai lu aucun ouvrage de l’auteure, Karen Blixen, ni même La ferme africaine, autobiographie servant de base au film.

Mais j’avais quelques bribes de connaissances sur cette femme, et lorsque j’ai eu l’occasion de me procurer le présent ouvrage, biographie plus près du réel que celle évoquée par l’auteure elle-même, je n’ai pas hésité. Ce livre traînait depuis quelques mois sur mes étagères, il me faisait de l’œil, le voilà sorti !

Et je découvre, grâce aux recherches fouillées de Jean-Noël Liaut, une Suédoise de presque trente ans qui ne peut se résoudre à devenir une vieille fille à la campagne. Ambitieuse et soucieuse de se doter d’une place dans la société aristocratique qui l’a dédaignée jusqu’alors, elle accède à la demande d’un cousin éloigné, jumeau de son grand amour qui n’a pas voulu d’elle. Elle y gagne un titre, celui de baronne, il y a gagne une fortune grâce à la dot amenée par le mariage.

Mais tout oppose ces deux êtres : tandis que Karen est d’une intelligence fine, aime la littérature, Bror Dixen est un homme mal dégrossi qui continue à mener une vie de conquêtes et de malversations après leur mariage.

Les personnages campés, il reste à planter le décor : l’Afrique de 1914, à l’aube de la Première Guerre Mondiale, une plantation de café inadaptée au terrain et au climat…

Tout est presque dit. Mais non. Car le caractère bien trempé de Karen, sa solitude, vont l’amener à s’épancher dans les correspondances qu’elle entretiendra avec sa famille et ses amis. Bien plus que la biographie « enjolivée» pour ne pas perdre la face qu’elle rédige, ce sont ces correspondances et les entretiens de Jean-Noël Liaut avec des proches de l’écrivaine qui apporteront la réalité de sa vie.

Une vie riche d’écriture, mais pauvre d’amour, tiraillée constamment par les aspects contradictoires de sa forte personnalité.

Son « Rejet viscéral de la morale bourgeoise et de son hypocrisie criminelle » ne l’empêchera pas de tout tenter pour se faire épouser de son amant adoré Denys Finch Hatton afin d’obtenir une certaine « respectabilité ». Il n’accédera jamais à sa demande. C’est leur histoire qui est romancée dans Out of Africa.

La vie de Karen Blixen est également riche de ses rencontres : on croise ainsi dans sa ferme africaine des nobles, des politiques, le futur George 8, tant de personnages qui nourriront l’esprit fertile de l’écrivaine. Frivole autant que passionnée d’art et de littérature, elle ne dédaigne pas les beaux atours qu’elle se procure lors de ses visites à Londres, malgré sa situation financière de plus en plus précaire.

Portrait très documenté d’une femme complexe, flouée par les hommes, gravement malade, amoureuse de l’Afrique et de ses habitants, écrivaine prolixe, cette biographie m’a donné envie de lire ses ouvrages ou d’en regarder les adaptations : si j’ai déjà vu Out of Africa, je ne connais pas, par exemple, Le dîner de Babette (Le festin de Babette dans l’adaptation filmée).

« Karen abordait avec sa mère des questions aussi différentes que le contrôle des naissances, l’« amour libre » ou l’infidélité conjugale, et l’on imagine combien ces lettres malicieuses devaient perturber la très puritaine Ingeborg – on sent leur auteur prendre un plaisir non dissimulé à malmener tendrement leur destinataire. »

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