Mort sur le transsibérien

Un livre de saison brrrrrrr 🥶 © CF 20/12/21

C.J. Farrington

Traduction Valéry Lameignère

429 pages

Hugo Thriller, 2021

Fin de lecture 27 novembre 2021.

Je remercie les Editions Hugo Thriller pour m’avoir adressé cet ouvrage dans le cadre d’un service presse. La couverture en est très belle, et illustre parfaitement le roman.

Bienvenue dans la neige et le froid.

Bienvenue dans l’univers d’Olga Pouchkine, cheminote de son état, mais écrivaine dans l’âme.

Entrons à pas feutrés, neige oblige, dans le petit village de Roslazny, en pleine Sibérie. On y prépare, comme partout dans la province, les prochaines élections, sur fond de corruption habituelle.

L’alcool y coule à flots, il faut bien se réchauffer. C’est là que vit Olga, avec son père, le fraudeur du rail, affublé d’un faux handicap depuis un accident du travail. Elle y est son souffre-douleur, son esclave, sa bonne à tout faire. Les seules jolies choses qui entourent Olga sont les souvenirs de sa maman trop tôt disparue, son amie Anna et son frère Pasha, engagé dans l’armée. Très serviable, elle aide les uns et les autres, mais se garde bien de leur confier son ambition.

« À force de vouloir faire plaisir à tout le monde, Olga finissait presque toujours par se coucher tard bien qu’elle se réveillât tôt, éteignant sa lampe de chevet avec le sentiment de n’avoir vraiment fait plaisir à personne. C’était difficile, dans ces moments-là, de se sentir dans la peau d’un écrivain ; dans la peau d’une artiste qui a le feu sacré. »

Et la vie s’écoule très lentement tandis qu’Olga, dans sa cabane près des rails russes, rédige un à un les chapitres de son grand livre de conseils censé la rendre célèbre, qu’elle prend soin de son hérisson Dimitri et qu’elle met quelques roubles de côté pour s’inscrire à l’université. Cible de lettres anonymes, elle mène l’enquête dans son entourage pour savoir qui lui en veut.

Voilà le décor planté.

Tout bascule – littéralement – lorsqu’Olga est violemment frappée par le corps d’un jeune homme, touriste américain, qui tombe brusquement du transsibérien. Chose surprenante, la bouche du mort est emplie de pièces.

Un des vieux amis d’école d’Olga, Vassili, revient en ville mener l’enquête, et toutes les théories se font jour, jusqu’à une mystérieuse Baba Yaga, qui pourrait bien hanter le coin. Olga qui rêvait d’un peu de distractions, va participer activement – et brillamment – à l’enquête. Surtout quand Vassili est empêché de poursuivre ses investigations. Le lien qui les unissait adolescents se reforme.

Politique, corruption, misère sociale et familiale forment le fond du roman. Mais c’est un joli portrait de femme que dresse l’auteur, empreint de ténacité, d’humanité et d’humour.

Si j’ai aimé l’intrigue très fouillée et la documentation qui permet de se faire une bonne idée de la vie en Sibérie, j’ai trouvé cependant le livre un peu trop long à mon goût.

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Les Mille et Une vies de Billy Milligan

Daniel Keyes

Traduction de Jean-Pierre Carasso

637 pages

Le Livre de Poche, 2009, Calmann-Lévy, 2007

Fin de lecture le 12 novembre 2021

Daniel Keyes, auteur du mondialement renommé « Des fleurs pour Algernon », chercheur en psychologie et professeur de littérature à l’université de l’Ohio, rencontre Billy Milligan en prison. Il veut écrire un livre sur l’histoire du jeune homme qui est accusé d’avoir violé plusieurs jeunes femmes.

Car Billy nie toute implication, n’ayant aucun souvenir de ces faits. Il souffrirait de désordres psychologiques.

Daniel Keyes va essayer, avec l’aide de certains professionnels bien intentionnés, de démontrer que Billy Milligan n’est pas le coupable. Car Billy est en fait une personne source qui abrite de multiples personnalités. Chacune d’elles est très spécifique et s’est construite pour protéger Billy a un moment donné.

En interrogeant le jeune homme, le professeur dresse le portrait d’un enfant maltraité que la dissociation de son psychisme a contribué à maintenir en vie. Il réussit à faire émerger plusieurs de ces personnalités, dont celle qui domine les autres, et à dialoguer avec elles. Chacune occupe un rôle défini pour permettre à Billy de continuer à vivre : les plus dangereuses sont mises « en sommeil » par la personnalité maître, tandis que les autres lui permettent de développer des talents particuliers adaptés à chaque situation. Certaines sont introverties, d’autres volubiles, manuelles ou intellectuelles, et hommes et femmes comme adultes et enfants cohabitent dans le même corps… jusqu’à vingt-quatre en tout.

« – Parlez-moi d’Arthur. Comment est-il ? (…) Il ne se détend jamais ?

⁃ Il joue quelquefois aux échecs, surtout avec Ragen – et c’est Allen qui déplace les pièces. Mais il ne supporte pas l’oisiveté. »

Outre le travail de recherche et de compréhension de sa maladie, l’histoire vraie de Billy Milligan interroge le traitement judiciaire des personnes atteintes de troubles psychiatriques aux Etats-Unis : certains professionnels détruisent les avancées d’autres, renvoyant Billy de l’hôpital où il est correctement pris en charge vers une prison, induisant ainsi un retour à la case départ.

C’est un livre qui ne se raconte pas. Il faut le lire, il est passionnant. Car il montre comment le cerveau peut se protéger de façon extrême par dissociation, sans qu’aucune des personnalités en présence n’ait conscience des autres. Il évoque les différents courants de recherche et de pensée sur les troubles dissociatifs de l’identité. Et combien est difficile la prise en charge des personnes qui en sont atteintes, si tant est que les professionnels concernés aient réellement envie de faire progresser leur patient.

Le second volet de l’histoire, Les mille et une guerres de Billy Milligan, au regard de la condamnation du sytème judiciaire américain qu’en fait Daniel Keyes, est à ce jour toujours interdit aux États-Unis. Je le lirai volontiers, car ce point de vue est déjà largement esquissé, et je souhaiterais en connaître plus précisément les ressorts, l’acharnement médiatique et politique qui s’est mis en place avant même l’avènement des réseaux sociaux.

PS : Pour aller plus loin dans la découverte, le film d’horreur psychologique Split, de M. Night Shyamalan avec James McAvoy dans le rôle principal, reprend la thématique du trouble dissociatif de l’identité. Mais ce film a été controversé, car il présente ceux qui en sont atteints comme des personnes à risque, possédant forcément des personnalités violentes, ce qui n’est heureusement pas toujours le cas !

Mélo-Méli chez Alexander Fleming

Le découvreur de la peigne-ici-en-ligne pénicilline !

Paul Beorn et Lilie Bagage : textes

Marie Morelle : illustrations

60 pages

Éditions Scrineo, octobre 2021

Fin de lecture le 27 novembre 2021.

Je remercie Babelio et les éditions Scrineo pour m’avoir adressé cet ouvrage dans le cadre d’une Masse Critique jeunesse.

J’aime beaucoup les livres pour enfants qui allient humour, couleurs et intérêt pédagogique. Celui-ci ne fait pas exception.

Au travers de soixante – trop courtes – pages, on suit les aventures des jumeaux Mélo, le garçon « maladroit avec ses gestes » et Méli, la fille « maladroite avec ses mots », au vingt-deuxième siècle.

Journalistes en herbe pour leur chaîne Utube, ils accompagnent leur maman dans un laboratoire pour un reportage. Leur maladresse les transporte dans un voyage à travers le temps au sein du laboratoire d’Alexander Fleming, en 1928.

Mais leur véhicule a tout cassé : l’heure est grave, car ils risquent de changer le cours du temps… et notamment de ne pas permettre la découverte de la pénicilline !

Le robot NOUNOU (acronyme qui m’a fait beaucoup rire !) a plus d’un tour dans son sac (d’aspirateur) pour rétablir l’ordre, pour le plus grand bien de l’humanité, ouf !

Dans ce livre aux dimensions 15 x 20, Retour vers le futur croise un R2D2 déjanté, une découverte scientifique majeure est évoquée avec précision et humour. La police et la taille de caractère du texte sont agréables, les dessins illustrent et servent parfaitement le propos. Des encarts y permettent ainsi d’en apprendre un peu plus sur le monde microscopique qui provoque des maladies.

J’ai bien aimé au début du livre la présentation attrayante des auteurs et de l’illustratrice, qui en fonde le sérieux malgré son abord drôle.

Un livre très sympathique pour permettre aux 5-11 ans d’en apprendre plus sur une découverte qui a révolutionné la médecine.

Covoiturage

Brigitte Decuignière

100 pages

Edilivre, 2019

Fin de lecture 8 novembre 2021.

J’ai découvert ce court roman dans le cadre d’une rencontre organisée par le club des lecteurs que je fréquente. Après la chronique de lecture, j’expose les points essentiels de cet entretien avec l’auteure.

Élise est une jeune femme plutôt choyée par la vie et ses parents. Responsable de la qualité de vie au sein de la start-up qui l’emploie, elle est plutôt déconnectée des réalités de la vie.

Jusqu’à ce que la tempête Xynthia apporte un drame : les grands-parents d’Élise sont décédés. Elle doit rejoindre sa mère pour les funérailles, et utilise pour la première fois le covoiturage.

Or le conducteur est son ancien professeur de philosophe, M. Brindeux, personnage un peu farfelu, qu’elle déteste car il avait contribué à son renvoi. Il ne semble pas la reconnaître, et Élise ne dévoile pas son identité.

Pendant le trajet, ils font une pause chez Damien, un ami fermier de M. Brindeux, qu’Élise observe avec une certaine condescendance.

Après les funérailles, Élise est contrainte de retourner chez Damien, car elle y a oublié ses clés.

J’arrête là le résumé, il serait dommage de continuer. J’ai bien aimé ce court roman avec des personnages bien ancrés dans leur époque : l’envie de réussir, mais pas à n’importe quel prix, les enjeux écologiques, les relations distendues entre les êtres… et j’ai aimé les suivre dans des villes que je connais bien, tracer un chemin entre le rêve et la réalité.

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Rencontre avec Brigitte Decuignière

J’ai eu plaisir à découvrir la plume de l’auteure que j’ai rencontrée dans le cadre d’un club de lecteurs.

Retraitée d’une profession d’enseignante de français langue étrangère pour enfants qui arrivent en France, Brigitte Decuignière, qui a toujours écrit, se consacre désormais à l’écriture et à d’autres activités culturelles.

Elle aime effectuer des recherches pour alimenter les histoires qu’elle rédige, notamment autour de lieux symboliques. Généralement, elle construit des fictions autour de faits avérés, à partir de faits divers.

Pour « Covoiturage », elle a cependant dévoilé un peu plus d’elle-même. Le personnage d’Élise lui ressemble, certains événements et lieux qu’elle décrit font aussi partie de sa vie.

Interrogée sur sa façon de travailler, elle évoque la routine et le sérieux : elle se met quotidiennement à sa table de travail de 20 h à minuit : c’est « un plaisir un peu compliqué »… mais la régularité est essentielle pour ne pas perdre le fil de l’histoire et produire les romans « qui se fabriquent dans sa tête » pendant un à deux ans avant d’être couchés sur papier.

Brigitte Decuignière évoque également la difficulté de se faire éditer lorsqu’on n’a aucune relation. Le principe de l’auto édition est accessible, mais se fait sans accompagnement selon l’éditeur, d’où l’importance de se faire relire par une personne « honnête », qui saura voir les contresens, les incohérences temporelles, les prénoms qui ont été modifiés par erreur, … ce qui nuit généralement à la compréhension de l’ensemble.

S’agissant du style d’écriture, au regard de tous les romans ou auteurs déjà bien installés, Brigitte, qui n’a pas suivi de stage d’écriture, donne enfin ce conseil : « Ne pas penser au jugement des autres ou essayer d’imiter. »