Leïla et les filles perdues

Odile Maskens

141 pages

Éditions Academia – L’Harmattan, janvier 2022

Fin de lecture le 31 janvier 2022.

Je remercie les Éditions Académia et Babelio pour m’avoir adressé cet ouvrage dans le cadre de la Masse Critique Littérature de janvier 2022. Ce qui m’a incitée à poser candidature pour recevoir ce livre, en était le sujet évoqué : une « adaption libre de l’œuvre Peter Pan » de James Matthew Barrie.

Peter Pan évoque pour beaucoup un jeune garçon de dessin animé habillé de vert, un peu prétentieux, qui ne veut pas grandir, vole et enlève une jeune fille londonienne pour qu’elle serve de maman à sa tribu d’enfants perdus.

Pour moi, il s’agit surtout d’un livre lu et relu durant mon enfance, avec une première partie autour de sa naissance et de ses premières années Dans les jardins de Kensington qui permet de comprendre la construction de l’enfant devenu le héros virevoltant.

Dans son adaptation, Odile Maskens renverse les rôles : tous les protagonistes changent de genre. Les papas lisent des histoires, les mamans sont trop préoccupées par leur travail et la vie chère, les jeunes garçons s’occupent de leurs sœurs cadettes, les fées sont devenues des féetauds et bien évidemment, Peter est devenu Leïla.

Leïla vient donc écouter les histoires qui la concernent, racontées par Tim à Louise et Rose. Elle les entraîne avec elle vers l’Île irréelle grâce à la poussière magique de Grelot, afin d’y retrouver les filles perdues et d’y vivre de grandes aventures avec les Squaws et leur chef le prince Val le Lynx, les Tritons etles Flibustières menées par la redoutable Joséphine Main de Fer.

A défaut de son genre, chaque personnage conserve les caractéristiques de son pendant originel. Tim est affectueux et responsable, tandis que Leïla est un monstre d’égoïsme. On retrouve aussi en filigrane cette obsession de ne pas vouloir grandir attachée à la jeune héroïne.

« Souvent Leïla partait seule. Lorsqu’elle rentrait, il était impossible de savoir si elle avait vécu une aventure. Elle pouvait l’avoir totalement oubliée au point qu’elle n’en disait mot. (…) Tim la cajolait, baignait son front avec de l’eau tiède tandis qu’elle l’étourdissait de récits affolants. Les seules aventures avérées étaient celles auxquelles il avait participé.»

Ceux qui me lisent fréquemment savent que des héroïnes affirmées me plaisent infiniment !

Oui mais voilà… je connais sans doute trop bien l’histoire initiale. D’une certaine façon, la réécriture en est trop proche, même dans les dialogues, et je l’ai ainsi vue à de nombreuses reprises comme une copie féministe du conte onirique de J. M. Barrie. C’est méconnaître la place qu’il a faite à la courageuse Lili la Tigresse, celle de héros bien vaniteux conférée à Peter et les valeurs portées par Wendy.

La concession que je peux faire concerne l’écriture et les descriptions des paysages ou personnages : j’ai beaucoup aimé le voyage vers l’île irréelle à travers les nuages, et imaginer la crinoline de Joséphine imprégnée d’auréoles nauséabondes qu’elle cherche à cacher m’a fait sourire.

Mais je n’ai pas été touchée par les personnages, dans l’attente déçue de découvrir des péripéties inédites.

Je ne connais pas l’intention première de l’auteure, et il est d’ailleurs dommage qu’elle n’en ait pas fait part en propos liminaires ou postface. J’ai mené mes investigations sur le web, sans grand succès.

Si j’ai été déçue, je pense que, au regard de l’histoire et de ses enjeux, ce roman pourrait plaire à des jeunes qui ne seraient pas comme moi imprégnés du roman original. C’est en ce sens que je l’ai conseillé à la médiathèque que je fréquente.

Et bien évidemment, pour poursuivre l’exploration, et comprendre la signification du « syndrome de Peter Pan », il est intéressant de lire l’étude qu’en a faite la psychanalyste Kathleen Kelley-Lainé et son propre témoignage dans l’ouvrage Peter Pan ou l’enfant triste.

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