Est-ce ainsi que les hommes jugent ?

Mathieu Menegaux

229 pages

Éditions Points, 2019, Éditions Grasset & Fasquelle, 2018

Fin de lecture 16 juillet 2022.

Une sympathique rencontre au Saint-Maur en Poche avec Mathieu Ménégaux m’a amenée à lui acheter trois de ses livres (ce qu’il a appelé « un triplé » ! ). J’avais déjà lu Je me suis tue,j’avais envie de retourner vers cette prose efficace, qui fait la part belle aux sentiments, explore le quotidien de ses personnages et alors qu’un grain de sable vient gripper leur vie, les propulse sur le devant de la scène malgré eux.

C’est cela aussi que j’ai retrouvé dans ce livre aux implications terribles.

Le talent de l’auteur amène tout d’abord le lecteur à être profondément touché par Claire, cette jeune fille qui a tout perdu. Il est essentiel de tout mettre en œuvre pour retrouver le coupable qui a fait basculer sa vie.

Et c’est déjà là que réside le problème : l’émotion. Elle prend le dessus sur la raison, fait promettre des choses insensées à un policier, Defils, préside à l’arrestation d’un innocent, Gustavo, amène celui-ci au bord des aveux pour en finir avec la pression. Et c’est aussi et surtout l’émotion générée par une jeune femme avide de vengeance, associée à une presse avide, elle, de sensationnel, qui va enfoncer Gustavo.

Prenez le tout, jetez dans un sachet, secouez, renversez. L’innocent devient ainsi coupable, condamné par la vindicte populaire sinon par la justice professionnelle.

Ça commence par un fait divers, ça se termine en lynchage sur la place publique. Mathieu Menegaux évoque tout d’abord l’acharnement de Defils, déterminé à démontrer la culpabilité de Gustavo pour tenir sa promesse à Claire.

« Defils est méticuleux, précautionneux, tenace et droit. (…) Relâcher un coupable est bien pire pour lui que garder un peu trop longtemps un innocent, qui s’en remettra avec le temps et des excuses. »

Puis, l’auteur dénonce le versant sombre des enjeux médiatiques et des réseaux sociaux, de ceux qui accusent sans preuves, commentent et condamnent sans aucune concession.

Le rouleau compresseur entré en action, il semble impossible de lui échapper : le pré-désigné coupable et sa famille sont écrasés sous un poids insupportable et surtout totalement injustifié. Le lecteur assiste alors, impuissant, à la dégringolade de l’homme sans histoire, aux menaces à l’encontre de ses propres enfants, aux sentiments mitigés de sa compagne, qui a choisi cependant de se battre avec lui, pour lui. La violence les atteint tous de manière irrémédiable.

« Comment lutter contre la furia populaire ? Il a le sentiment d’être livré à un tribunal d’épuration, à la Libération, ivre de vengeance et de symbole. »

On pourrait le lire dans un journal. Ou en faire un reportage. Combien de vies ont-elles été gâchées par les « on-dit », les rumeurs qui enflaient autrefois dans les villages ? Sauf qu’aujourd’hui, de parfaits inconnus peuvent prendre fait et cause pour ou contre une personne, un humain qui leur ressemble, depuis l’autre bout de la planète, et détruire sa vie…

Ça se lit vite et bien, avec une amertume qui reste en bouche quand on allume ces instruments de communication, si utiles mais qui peuvent s’avérer meurtriers : télévision, ordinateur et téléphone mobile.

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