Les Indes Fourbes

Scénario Alain Ayroles

Dessins et couleurs Juanjo Guarnido

160 pages

Éditions Delcourt, 2019

Je suis ravie d’avoir découvert grâce aux bibliothécaires ce roman graphique en grand format, comportant un prologue, trois chapitres et un épilogue… et qui pèse près d’un kilo !

Il conte à la première personne la suite des aventures du personnage de Don Pablos de Ségovie, roi des voleurs et des entourloupes, créé par Francisco de Quevedo.

Dans l’Espagne et l’Amérique du Sud au dix-septième siècle, le lecteur accompagne cet individu peu recommandable mais truculent à la recherche de la richesse qui lui permettra de vivre en observant consciencieusement un des commandements de son père : « Tu ne travailleras point » !

Filou de première classe, il nous fait traverser les océans et rencontrer des personnages hauts-en-couleurs, qui ne lésinent pas devant les exactions.

Au détour d’une situation cocasse, on croise l’Histoire, avec la main-mise de l’Espagne sur ces contrées éloignées qu’elle a colonisées et ses habitants asservis, et l’omniprésence de la religion catholique.

Outre le récit de ces aventures savoureuses jusqu’à la dernière page, le dessin m’a beaucoup plu. Les expressions des personnages, les paysages, les couleurs, qui passent du sombre au lumineux (avec une préférence pour les pages 71 à 73) selon les circonstances, apportent une crédibilité à l’histoire contée.

Un coup de cœur pour la richesse du scénario, la prise de risque à évoquer des personnages et une époque révolus et pour la magnifique mise en image : on ne s’ennuie pas une minute, voire on en redemande !

Citation

« Un jour chômé fut accordé aux Indiens des mines et des champs afin qu’ils puissent assister à ce témoignage de la puissance de la Couronne et méditer sur les bienfaits de la soumission. »

Une bouche sans personne

Gilles Marchand

260 pages

Éditions Points, 2017, Les Éditions Aux Forges de Vulcain, 2016

(Et un petit dessin en forme de dédicace de l’auteur lors du salon Livres Paris de mars 2019.)

Un café. Trois hommes, Thomas, Sam et le narrateur, dont on ne saura pas le nom. Une femme derrière son comptoir, Lisa.

Ils se connaissent depuis bientôt dix ans. Mais lui, personne ne sait vraiment qui il est derrière l’écharpe qui cache tout le bas de son visage. Sauf qu’il compte et recompte, car il est comptable.

Un café qui se renverse et le cours de l’histoire se modifie. Car l’homme solitaire, presque asocial, est interpelé gentiment sur cette vie par trop privée. Et lui dont la vie intérieure, les pensées, sont tumultueuses, va se libérer d’un lourd passé.

C’est un livre étonnant et bouleversant que propose Gilles Marchand : étonnant dans sa construction, dans les personnages qu’il fait se côtoyer, dans cette foule qui se presse, de plus en plus nombreuse, pour entendre les révélations du narrateur. Il y dévoile les moments passés auprès de son grand-père Pierre-Jean, qui l’a initié à la mise en place d’un univers onirique qui lui permet d’échapper à une réalité trop lourde à porter. Cette tendance est cependant tempérée par des réflexions très pragmatiques et drôles sur certaines habitudes quotidiennes (vous ne discuterez plus jamais avec votre boulangère sans y penser !).

Mais cet ouvrage est surtout bouleversant, car le lecteur pris dans l’histoire, sent bien que l’Histoire y est pour quelque chose… jusqu’à la révélation ultime qui fait serrer le cœur et couler les larmes.

Le narrateur est bien sûr attachant, mais au détour de son récit, il rend ses trois amis de comptoir attachants également, on aimerait aussi les connaître un peu plus : lire le manuscrit de Thomas, découvrir la sensibilité musicale de Sam, et qui se cache derrière la très souriante et avenante Lisa.

Ce livre, c’est aussi toute une atmosphère (!) qui m’a donné envie de relire Boris Vian, d’écouter les Beatles et de me poser dans un café pour y observer les autres consommateurs…

Je ne peux en dire plus sans spolier, et ce serait bien dommage. Un tout petit conseil néanmoins : si vous ne connaissez pas bien l’Histoire de cette histoire… renseignez-vous sur site internet ou sur site tout court!

Citations

« Les rats, les souris vont bien finir par arriver et je n’ai pas d’affection particulière pour les rats, les souris. Je ne les déteste pas non plus. J’ai le même type de rapport avec les rongeurs qu’avec mes collègues, même s’ils sont moins esclaves des conventions sociales. »

« Ne pas laisser de place à l’imprévu est la meilleure arme pour ne pas s’exposer, pour ne pas se poser d’inutiles questions. »

« Ne pas s’encombrer de la réalité, transformer son présent pour oublier son passé. Il m’avait expliqué que si j’estimais que le monde n’était pas assez beau et que je n’étais pas en mesure de le changer, personne ne pourrait jamais m’empêcher de l’imaginer tel que je voudrais qu’il soit. »

Hong Kong Gang

Ma Kafai

Traduction de Stéphane Lévêque et Jean-Claude Pastor, sous la direction de Vera Su

414 pages

Éditions Slatkine & Cie

Je remercie les Éditions Slatkine & Cie de m’avoir adressé cet ouvrage, dont l’éditrice Vera Su m’avait vanté les mérites lors de notre discussion le 16 juin 2019 dans leurs locaux. Vera Su m’avait prévenue que le début pouvait me paraître difficile et qu’il fallait s’accrocher… alors je l’ai écoutée !

Hong Kong Gang est un roman, fruit des recherches de l’auteur, Ma Kafai, sur les agissements des Triades avant et durant la Deuxième Guerre Mondiale en Chine et plus précisément à Hong-Kong, auxquelles il a mêlé des anecdotes.

On y suit dès 1934 la vie mouvementée d’un jeune homme de 17 ans, Luk Pakchoi, ébéniste de métier, qui, deux ans plus tard, pour fuir sa femme nymphomane, s’enrôle dans l’armée, déserte et se déplace vers Canton puis Hong-Kong.

Rien ne reste de l’ancienne vie paisible du jeune homme : Hong-Kong, c’est la ville qui bruit, avec ses pousse-pousse, ses prostituées, ses tuiles de Mah-jong qui claquent, ses petits -ou très gros trafics- en tous genres. Car malgré, ou avec l’accord, de l’administration britannique, la pègre régente la ville. Et Pakchoi va devoir s’y plier, jusqu’à y prendre très rapidement une part active, en devenant lui-même un chef d’une « société » criminelle, Sun Xing. Tout en cachant sa liaison interdite avec un espion anglais

Et tout se joue sous fond de l’invasion prochaine des soldats Japonais, prêts à conquérir la Chine via cette île si proche.

Le début m’a vraiment rebutée, car j’avais l’impression de ne lire que les désirs et prouesses sexuelles des uns et des autres. Passant rapidement sur le sujet, j’ai essayé de me concentrer sur l’arrière-fond, ce que m’apprenait le roman des activités des triades, de la vie de la population chinoise sous la férule britannique, des superstitions et de cette partie de l’Histoire de la Deuxième Guerre Mondiale que je ne connaissais pas bien.

Et j’ai beaucoup appris. La cruauté était de mise, l’esclavagisme sexuel, mais les « sociétés » collaboraient également avec le colon anglais pour maintenir un ordre précaire sur l’île. Puis, lorsqu’il a pris le commandement, avec l’envahisseur japonais… J’y ai donc croisé la duplicité, les retournements de veste, et suivi le parcours d’un homme qui ne s’est jamais révélé être à ses propres yeux un véritable chef, trop soucieux de conserver ses secrets intimes au sein d’un univers où il risquait son honneur et sa peau quotidiennement. Le combat intérieur de Pakchoi est remarquablement mis en scène par l’auteur, il s’encourage en permanence, craignant de perdre la face devant ses subordonnés ou ses ennemis.

Je ne suis pas sûre que ce roman qui a connu le succès en Asie rencontre une audience aussi importante en Occident. Mais ce serait dommage, car l’écriture est facile d’accès et, sous couvert de l’histoire d’un homme, entre amours et désillusions, soif de pouvoir et détresse intime, Ma Kafai expose un pan de l’histoire contemporaine de la Chine que j’ai finalement apprécié.

Citations

« Tant que vous pouvez encore jouer, rien n’est perdu, aussi longtemps que vous restez à la table de jeu, il reste un espoir. Et même si vous la quittez, vous pourrez toujours y revenir. Tant que les tuiles sont là, le joueur aussi, et tant qu’il est là, la possibilité existe de rafler la mise. »

« C’était comme si, bizarrement, le ciel avait décidé que dès qu’il apprenait le secret de quelqu’un, l’intéressé lui défonçait le crâne. L’arme la plus redoutable de toutes, c’étaient les secrets, ces secrets qui mettaient sa vie en danger. »

Jubilee (Tomes 1 et 2)

Margaret Walker

Traduit par Jean-Michel Jasienko

279 + 284 pages

J’ai lu, 1978, Éditions du Seuil, 1968

Georgie, début du dix-neuvième siècle.

Le livre s’ouvre sur l’agonie en couches de Netta, jeune esclave noire de moins de trente ans, dont le maître de la plantation John Morris Dutton s’est servi pour assouvir ses pulsions.

De leur union est notamment née une fille, Vyry, à la peau blanche, qui ressemble étrangement à la fille légitime de John, Liliane. A la mort de Netta, Vyry a deux ans et reste confiée à « maman Sukey », qui l’a élevée quasiment depuis sa naissance, comme « tous les autres bâtards du maître ».

Quelques années plus tard, âgée de sept ans et donc en capacité de travailler selon l’usage, Vyry devient la femme de chambre de Liliane.

Mais la mère de Liliane ne supporte pas cette petite fille qui ressemble tant à Liliane et qui lui rappelle l’infidélité de son mari. Alors elle maltraite la fillette jusqu’à ce qu’elle soit confiée à la cuisinière. C’est ainsi que Vyry apprend ce métier et qu’elle peut être un peu mieux alimentée que les autres esclaves de la plantation.

Vyry grandit et s’éprend d’un Noir libre, Ralph Ware. Cependant, son père refuse toujours de la libérer et bien qu’elle finisse par se marier en secret avec Ralph et par avoir des enfants avec lui, Vyry reste au service de son maître.

La guerre de Sécession bouleverse le semblant d’équilibre entre les maîtres de la plantation et leurs esclaves. Ralph s’enfuit, mais Vyry n’arrive pas à se résoudre à le suivre en abandonnant ses enfants.

Elle est l’une des derniers esclaves libérés à rester à la plantation pour s’occuper de sa demi-sœur Liliane qui a perdu l’esprit, notamment après les grands deuils qu’elle a subis.

Mais un jeune homme Noir, Innis Brown, propose le mariage à Vyry, qui n’ayant pas de nouvelles de Ralph, finit par accepter.

Commence alors une nouvelle vie de femme libre mais très vite rattrapée par la haine itérative des Blancs et le Ku Klux Klan.

Vyry et la nouvelle famille qu’elle forme avec Innis Brown doivent lutter pour survivre contre les malfaisants et contre les dangers qui surgissent de nouveau.

Il s’agit d’un magnifique livre sur une période terrible de l’Amérique, quand les États du sud voulaient conserver leurs traditions d’esclavage et de propriété, voire de droit de vie ou de mort sur les Noirs : il couvre une large période, avant, pendant et après la guerre, ce qui permet de bien comprendre tous les enjeux pour les uns et pour les autres. Cet ouvrage, écrit par l’arrière-petite-fille de Vyry, dépeint ainsi les contrastes entre les différentes catégories de personnes qui cohabitaient ou voisinaient avant la guerre : les riches Blancs propriétaires de la plantation, les Blancs pauvres assimilés à des serfs, les Noirs asservis par les Blancs riches, et les Noirs libres mais dont les droits étaient tout de même très restreints. Les uns et les autres se méprisaient copieusement, s’injuriaient, et seuls les riches Blancs y trouvaient leur compte.

Après la guerre, le fait que Vyry ait la peau blanche lui ouvre de façon inattendue certaines portes et elle peut ainsi apprendre ce que croient les Blancs et surtout leurs intentions – souvent mauvaises – à l’égard des Noirs. Pour autant, jamais Vyry ne revendique le côté paternel : née esclave d’une mère esclave, elle est Noire au fond d’elle-même.

J’ai lu et vu « Autant en emporte le vent », auquel cet ouvrage a été comparé mais avec une vision du côté des Noirs, et c’est vrai qu’on y retrouve cette impression de grande fresque historique.

Mais là où Scarlett O’Hara ressemblait surtout à une petite fille capricieuse, Jubilee brosse le portrait d’une femme fière et forte malgré les souffrances endurées, une femme digne et dépourvue de haine.

J’ai vraiment beaucoup aimé me placer du côté de cette petite fille puis femme accomplie, partie de rien mais avec au cœur de vraies valeurs d’honnêteté et d’amour, profondément attachante.

Citation

« (…) Nous serons obligés de défendre vigoureusement nos droits naturels dans l’État de Georgie.

– Que voulez-vous dire exactement ?

– Je veux dire que nous serons obligés de défendre notre mode de vie traditionnel, notre système agricole, notre société fondée sur la division naturelle de l’humanité en maîtres et esclaves. »

Je ne l’ai pas oubliée, la plus belle histoire d’amour d’un séducteur

Giovanni Giacomo Casanova

95 pages

2001, Maxi-Livres

Dans cette courte histoire extraite de ses Mémoires, on découvre un Casanova très épris d’une jeune femme nommée Henriette, dont il ne sait rien sinon qu’elle est française. Lorsqu’il la rencontre elle est avec un autre homme beaucoup plus âgé que lui qui a 23 ans et il n’a de cesse qu’elle devienne sienne. Henriette satisfait son attente, et il est aux petits soins avec elle, lui procurant des robes, des bijoux, tout ce qu’il peut, allant même presque jusqu’à la ruine pour elle.

Las, les belles passions doivent cesser et après trois mois passés  » dans un enivrement de bonheur », Henriette doit retrouver le chemin de sa parenté officielle, laissant Casanova éperdu et triste.

Notre séducteur continuera ses ravages, mais jamais il n’oubliera celle avec laquelle il aurait voulu partager sa vie, car non seulement elle était belle, mais elle avait également de l’esprit, elle qui était devenue l’idole de [son] âme ». Tous les sens de l’Italien en étaient donc comblés. Et au seuil de sa mort, penché sur sa table d’écriture, il peut ainsi assurer : « Non je ne l’ai pas oubliée ; car la tête couverte de cheveux blancs, son souvenir est encore un véritable baume pour mon cœur. »

J’avais bien évidemment connaissance du mythe de Casanova, sans jamais m’être intéressée à sa vie ni à ses écrits, et cette charmante histoire le dévoile plus comme un homme attachant et attentionné qu’à un être désireux d’enchaîner les aventures. Et il m’a été plaisant de retrouver ces tournures de phrases du dix-huitième siècle, empruntant un langage détourné pour exposer les sentiments, et les réflexions de Casanova sur les relations entre les femmes et les hommes sont très intéressantes à lire à l’aune de notre époque.

Un petit voyage historique bien agréable!

IDISS

Robert Badinter

228 pages

Librairie Arthème Fayard, octobre 2018

Idiss est une jeune mère du Yiddishland qui se bat pour nourrir sa famille en l’absence de son mari enrôlé dans l’armée russe dans les années 1890.

Idiss est une femme qui traverse l’Europe avec sa fille Charlotte pour rejoindre son mari et ses fils en France, terre d’accueil pour les Juifs méprisés et persécutés de Bessarabie, la France qui pour moitié a défendu Dreyfus, la France de Victor Hugo.

Idiss est une femme âgée qui se meurt du cancer et du froid au printemps 1943 dans Paris assiégé par l’occupation allemande.

Mais Idiss est surtout la grand-mère de Robert Badinter qui lui dédie ce livre, sa grand-mère bien-aimée. Et au travers du récit de sa vie, son petit-fils conte l’histoire d’une famille juive émigrée en France à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième, avec ses joies et ses peines : le bonheur familial, car la famille et son foyer sont devenus la patrie d’Idiss, quel que soit l’endroit où elle se trouve ; et les peines, quand l’antisémitisme fui se répand comme une plaie monstrueuse.

Robert Badinter narre le travail acharné de cette famille partie de rien et son ascension sociale, jusqu’aux spoliations de l’ennemi avant et pendant la guerre, les angoisses et les peines renouvelées. Il évoque l’amour de son père Simon pour la France, son engagement à la défendre et sa passion de la langue française, la seule qui doit être parlée dans son foyer. Sa mère Charlotte, la fille d’Idiss, est celle qui inculque la réserve à ses fils, car « Un homme ne pleure pas ».

Finalement, seules les années d’entre-deux guerres ont été fructueuses et empreintes de bonheur. Car bientôt le malheur s’abattra à nouveau sur la famille d’Idiss : Simon est ainsi « dépouillé des fruits de son passé et privé des moyens d’assurer notre avenir », les lois xénophobes et antisémites déniant crescendo les droits de travailler et de circuler, voire de s’alimenter.

Et la pudeur des relations dans cette famille, où l’on ne dévoile pas volontiers ses sentiments, n’empêche pas ses membres de souffrir profondément des décisions ultimes qu’ils doivent prendre : « Charlotte devait choisir de laisser sa mère mourante dans Paris occupé (…) pour rejoindre son mari en zone « libre », ou demeurer (…) à soigner Idiss (…). Ce choix-là, elle ne pouvait l’assumer. »

Au travers des souvenirs de l’enfant Robert, se dessine le portrait d’une grand-mère courageuse et attentionnée, qui l’a quasiment élevé, l’accompagnant à l’école, au jardin et au cinéma. Quand l’auteur parle d’elle, on ressent l’immense tendresse partagée dans cette relation de l’aïeule avec l’enfant. « Je savais par ma mère quel amour Idiss nous portait, à mon frère et moi, et les rêves qu’elle nourrissait pour notre avenir, qu’elle voyait toujours brillant. » On note l’admiration de l’amoureux des belles lettres pour cette femme qui s’acharne à apprendre quelques mots de français au détour des devoirs de ses petits-fils ou des caractères imprimés du journal.

C’est tout un monde de sensations, olfactives pour beaucoup tels « le parfum d’eau de Cologne », « le croissant », ou visuelles avec les sorties du jeudi au cinéma, « cette passion tissait entre nous des liens particuliers, car ces plaisirs nous étaient communs et nous étions les seuls à les partager », qui relient encore le vieux monsieur de quatre-vingt-dix ans à cette grand-mère quittée à grand regret pour se mettre à l’abri des rafles.

Et malgré les valeurs qu’il a reçues, il choisit dans ce livre de montrer qu’un homme peut pleurer « dans son cœur quand il voit sa mère souffrir et qu’il ne peut rien pour elle ».

J’ai été très émue, profondément touchée par l’hommage rendu par cet homme de loi si pudique, à une femme forte et tendre, et au-delà, à ceux qui ont payé de leur vie le seul fait d’avoir une ascendance juive, qu’ils s’en réclament ou non.

Je remercie les Éditions Arthème Fayard et Lecteurs.com pour m’avoir permis de découvrir ce livre bouleversant.

Eden Springs

Laura Kasischke

175 pages

PAGE A PAGE, 2018

Rentrée littéraire

Un très très court roman/fiction/récit de Laura Kasischke, car il ne fait réellement que 150 pages, le reste étant composé de photos et d’une postface de Lola Lafon sur le travail d’écriture de l’auteure, tant pour ce livre que pour ses autres ouvrages.

J’aime habituellement les livres de Laura Kasischke, mais j’ai su rapidement que je n’accrocherais pas à celui-ci : mi-fiction, mi-réalité, je ne m’y retrouve jamais. Donc ce roman ne fait pas exception.

Le prétexte : l’histoire de la communauté rassemblée à Ben Harbor, Michigan, autour d’un homme, Benjamin Purnell, au début du XXème siècle. Charismatique, il séduit les foules mais surtout les jeunes filles… qui bien souvent tombent enceintes de ses œuvres.

Un fossoyeur enterre un cercueil qui est censé contenir une femme âgée, mais dont il découvre qu’il s’agit d’une jeune femme. La police doit enquêter.

Laura Kasischke utilise sa recherche documentaire pour mettre en exergue quelques témoignages historiques et bâtir une fiction car les personnages sont inventés, sauf le principal, bien sûr. Elle réussit à recréer un univers qui semble lumineux avec le parc d’attractions d’Eden Springs, les vergers alentours, les habitants tout de blanc vêtus. Une ville dans la ville, à fortes retombées touristiques et économiques. Mais au-delà des apparences, se cache le sordide : rapports sexuels contraints avec de très jeunes filles pour les amener vers l’éternité, manipulation religieuse (on dirait sectaire aujourd’hui), relations et jalousie entre adeptes s’apparentant presque à un syndrome de Stockholm. Et un autre personnage central, Cora Moon, l’ex-enseignante devenue collaboratrice du gourou, qui œuvre dans l’ombre.

Je ne suis pas déçue de l’avoir lu car je savais à quoi m’attendre, mais je n’en garderai pas un souvenir impérissable…

j’ai par contre trouvé beaucoup d’intérêt à la postface de Lola Lafon.