A ceux qui se croisent

Pauline Maurenc

479 pages

Robert Laffont, 2019

Je remercie les éditions Robert Laffont et Babelio de m’avoir adressé ce livre dans le cadre d’une masse critique privilégiée.

Tout au long de la lecture, je me suis demandée quel serait mon avis définitif. L’intrigue portée en quatrième de couverture me plaisait, avec cette femme, Lucy, qui perd sa voix et décide de tout laisser derrière elle quand elle apprend que son mari Laurent lui a menti depuis toujours. Les cassures, les façons de se relever, les fêlures qu’on porte en soi souvent sans le savoir sont des sujets qui m’intéressent.

La première partie, la mise en place, se situe à Nice et aux alentours : Lucy y a une vie bien rangée dont elle va s’extraire presque sur un coup de tête. On y découvre la vie bourgeoise, les faux-semblants, les bien-pensants. C’est là aussi que Lucy va rencontrer Paul, pour la première fois, complètement par hasard.

Lucy vient d’apprendre la trahison de son époux, elle est déboussolée mais ne se laisse pas pour autant atteindre par ce Paul toujours entre deux avions et qui lui confie sa carte de visite. Ils partagent à ce moment des visites dans l’arrière-pays niçois et quelques furtives confidences.

La deuxième partie, c’est New-York. Autant Nice était lumineux, autant il en ressort une impression de froid et de grisaille. Peut-être parce que Lucy s’est enfuie après avoir perdu sa voix, que son corps a trahi ce que son esprit lui refusait. Lucy est confuse, elle essaye de se faire une place dans la ville grouillante, il y a une sensation de lenteur qui s’installe dans cette période presque d’hibernation, d’introspection. Et Lucy fait appel à Paul qui la retrouve et l’accueille dans sa maison. Commence alors une valse-hésitation des sentiments : ces deux-là se cherchent, ils savent qu’ils se trouveront, oui mais pour combien de temps? Car Paul refuse que Lucy s’attache à lui par défaut, pour combler en quelque sorte le vide de sa vie. Alors qu’ils commencent néanmoins à former quelques projets communs, Lucy est appelée en urgence à Nice où son père est malade, et Paul doit se rendre en Australie.

La troisième et dernière partie est celle des décisions. Mais au prix de nombreuses larmes, de projets avortés et de tri entre rêves et réalité. C’est le moment de la prise de conscience de Lucy, de sa transformation pour envisager de mener sa vie comme elle le souhaite vraiment.

Mon avis est mitigé. La lenteur semble caractériser l’ouvrage, ce qui m’a gênée à plusieurs reprises et qui m’a fait le lâcher pour en lire d’autres en parallèle. Cette femme qui s’est laissée vivre et porter pendant longtemps mais qui doit désormais faire face et prendre des décisions, presque à son corps défendant, ne m’a pas vraiment touchée. J’ai trouvé le personnage de Paul très dur par moments, même si l’on comprend que les blessures de son passé et une envie de ne pas être « accroché » à l’autre façonnent son raisonnement.

Pour autant, l’écriture, les échanges épistolaires particulièrement, certains passages, certaines expressions m’ont plu. Dont évidemment celle qui fonde le titre, le toast porté « A ceux qui se croisent… et qui ont le courage de s’arrêter ».

Et en se penchant sur la totalité du livre, il en ressort que ce sont en effet les rencontres qui peuvent modifier le cours d’une existence : des gens croisés, des personnes qui au détour d’une conversation vont permettre d’éclaircir une situation complexe. Mais on enfonce un peu des portes ouvertes, me semble-t-il.

Il s’agit plus précisément d’une réflexion sur le désir, l’amour et leurs manifestations, la possession, les incompatibilités de vie et notamment celle de la vie commune. Ce choix de construire un amour sur deux existences qui se doivent d’être complètes et indépendantes pour qu’il puisse s’épanouir pleinement.

Et une découverte de la poésie de Leonard Cohen, que je ne connaissais pas…

Citations

« J’avais toujours cru que l’amitié avait des capacités de survie bien supérieures à celle de l’amour. Je découvrais que j’ignorais à peu près tout de l’une comme de l’autre, que je m’étais contentée de croire ce qu’on en disait autour de moi, et que renoncer à toutes ces certitudes, au fond, ne m’affectait pas beaucoup. »

« Lucy est un cas rarissime d’abandon aux hasards de la vie », dit alors Paul de sa voix douce et mate. »

« (…) Les surprises que la vie nous jette à la tête, on ne peut guère les éviter. À partir de là, il n’y a que trois solutions. Change it, love it, or leave it. Tout le reste est du bavardage et ça ne peut pas durer. »

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