Quand la ville tombe

Didier Castino

249 pages

Les Avrils, Groupe Delcourt, avril 2021

Fin de lecture 10 avril 2021.

J’avais déjà entendu parler des livres de Didier Castino, notamment Rue Monsieur-le-Prince, car il évoque un fait qui a marqué mon adolescence, mais je n’avais jamais goûté à son écriture.

Je remercie donc Les Avrils pour m’avoir adressé cet ouvrage à la couverture bleu « Klein »… afin que j’en découvre l’histoire et la patte littéraire.

A Marseille, Blanche et Hervé élèvent leurs trois enfants Anna, Marcia et Céleste. Elle est professeur, il est traducteur. Ils s’aiment depuis seize ans, d’un amour fou que rien ne peut séparer. Au lieu de conserver du temps pour eux seuls, ils l’engrangent avec les autres, leurs enfants notamment.

Leur quotidien est fait de simplicité, car tous deux, et surtout Blanche, ne veulent pas gaspiller. Ils se sont connus engagés, ils le sont restés.

On parle de guerre. Cette guerre va arriver. Ils ont milité contre d’autres guerres, elles sont partout désormais. Ils s’en inquiètent durant cette nuit qui précède l’effondrement.

L’effondrement d’un balcon sur Blanche, l’effondrement de la vie d’Hervé et des enfants. La ville qui tombe.

« Dans cette ville, il y avait une rade magnifique, une lumière blanche et d’immense richesses, il y avait aussi une grande misère sociale et des bâtiments sur le point de s’effondrer. »

C’est donc Hervé qui narre la rencontre, la folie de leur amour naissant puis consolidé, leur complicité sans faille.

« Être bien ne se dit pas, ça se vit, c’est tout. Tu parles sans t’en apercevoir, je te devine. Les mots que, surtout, tu veux poser, inutile de les prononcer, je les entends, je les vois dans tes yeux et dans tes mouvements. Dans tes hésitations aussi. »

Il revisite sa relation avec sa bien-aimée, son caractère fort, ses prises de position tranchées, son impression à lui de ne pas toujours être à la hauteur de la jeune femme.

« Ce qui est clair pour toi passe par des explications savantes et concrètes alors que pour moi c’est grâce à des images, des formules, des fragments que je forge mes convictions et quand je les restitue, il arrive que ce soit vague. »

Puisqu’il l’a toujours fait, il continue à dialoguer avec elle, il imagine les réponses sans fard qu’elle lui lancerait. D’ailleurs, est-elle vraiment partie ?

« Notre routine que je découvre me fait tant envie désormais. »

Bien sûr, l’homme blessé, celui qui ne veut surtout pas qu’on le nomme « veuf », celui qui est tant attaché à l’acception initiale des mots, doit également faire face à l’absence physique, aux contraintes du quotidien de parent seul, de référent pour ses enfants.

« Si je pouvais seulement être seul. Ce n’est pas grave d’être seul, j’ai le droit comme dit Marcia, je percevrais moins le manque que ressentent les enfants. (…) Qu’est-ce qui pourrait être à la hauteur de notre vie d’avant ? »

Ce sont les premières fois sans Blanche qui ponctuent cette vie au ralenti, pas comme avant, mais pas encore un après.

Jusqu’à la petite lueur qui va ranimer Hervé, cette étincelle provoquée une fois de plus par son dialogue interne avec la disparue, dans un chapitre que j’ai achevé les larmes aux yeux et le cœur serré.

Didier Castino expose une année de l’existence d’un homme accablé par la perte immense de l’être aimé et des repères qui fondaient leurs projets familiaux, leur volonté de modifier avec leurs faibles moyens le cours du monde.

La richesse du monologue et des ressentis d’Hervé en font un personnage attachant. J’ai beaucoup aimé cette intrusion dans les pensées de « celui qui reste », en proie à de violentes contradictions émotionnelles, l’impossibilité apparente de rompre avec un passé et le chemin de résilience qui peu à peu s’ouvre, élargit le champ des possibles et donc de vivre sans l’être aimé, mais toujours avec lui malgré tout.

Au-delà de l’histoire d’un deuil, ce livre pointe « l’habitat indigne », expression générique qui masque le quotidien de personnes qui payent, pour quelques mètres carrés d’insalubrité et d’insécurité, des loyers exorbitants à des marchands de sommeil avides d’argent ; les vies sacrifiées dans des conflits dont on arrondit les chiffres pour faire disparaître les individualités et éviter ainsi de s’en émouvoir ; les milliers d’autres qui souhaitent échapper à cette mort programmée en essayant de gagner un autre continent sur des embarcations de fortune.

J’ai été émue, profondément touchée par l’histoire et l’écriture, cette italique qui scande l’échange permanent entre Hervé et Blanche, les digressions sur la déformation du sens des mots… et le bleu « Klein ».

Coup de cœur !

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Madame B

Pour Madame B, le nettoyage de printemps, c’est à chaque contrat ! © CF 5/04/21

Sandrine Destombes

335 pages

Hugo Thriller, 2020

Fin de lecture 25 mars 2021.

Je poursuis ma découverte des livres de Sandrine Destombes avec cet ouvrage prêté par une amie.

Madame B, c’est Blanche Barjac, une nettoyeuse de scène de crimes. Ne croyez surtout pas qu’elle-même est une criminelle, non non pas du tout… elle rend service, tout simplement. Vous avez commis un meurtre, vous souhaitez n’en laisser aucune trace, Mme B le fait pour vous… Contre rémunération, bien entendu ! Et si le titre la désigne par son initiale, c’est parce qu’elle-même inventorie ses clients par l’initiale de leur nom, pour ne pas les trahir.

Mme B vit seule depuis peu, mais est très attachée à son beau-père Adrian, qui la surveille de près : c’est lui qui l’a initiée à son travail, qui lui a fait une réputation auprès de certains milieux. Et il la soutient face à la maladie qui la menace.

Mais voilà que Blanche se retrouve bientôt menacée dans son travail et sa vie : des mails douteux lui font peur, elle si minutieuse voit réapparaître les cadavres qu’elle sait avoir enterrés, le foulard ensanglanté de sa mère décédée tragiquement des années plus tôt surgit et surtout, surtout, son mentor disparaît !

Blanche passe en revue son carnet d’adresses bien rempli pour dégoter qui aurait une dette envers elle : Cédric, un informaticien, est tout trouvé pour l’aider dans ses recherches, mais elle s’associe aussi à des crapules en tous genres pour comprendre ce qui lui arrive et retrouver enfin Adrian.

Loufoque, vous avez dit loufoque ? Pour apprécier ce livre, il faut prendre de la hauteur : je me suis un peu ennuyée, j’avais deviné une partie des intrigues, je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher au personnage de Blanche. En effet, cette quadragénaire qui vit en interdépendance avec son beau-père m’a plutôt agacée !

« Il ne supportait aucun gros mot sur son toit. « Si tu ne veux pas être traitée comme un nettoyeur de seconde zone », lui disait-il souvent, « tu dois être irréprochable en toutes circonstances. Ce n’est pas en jurant qu’on se fait un nom dans ce métier ! » »

J’ai été déçue parce que j’aime beaucoup les romans de Sandrine Destombes habituellement. Bien sûr, il y a une histoire, pas mal d’humour -noir évidemment -, quelques retournements de situation, mais je suis passée à côté.

« Tu as remarqué qu’aucun de ces mots ne s’accorde au féminin ? Nettoyeur, homme de main, même agresseur ! Je sais que vous êtes pour la parité mais admet que ça en dit long sur nos prédispositions. »

Peut-être aussi ai-je d’emblée comparé l’incomparable et que mon objectivité s’en est trouvée faussée : parce que j’avais beaucoup aimé il y a quelques années « La nettoyeuse » d’Elisabeth Hermann, excellent livre ayant pour personnage principal une nettoyeuse de scène de crimes employée par la police et non par des mafieux.

Mais une petite déception ne m’empêchera pas de retourner très vite explorer l’univers de Sandrine D !