Ça raconte Sarah

Pauline Delabroy-Allard

189 pages

Les Éditions de Minuit, 2018

Ça raconte Sarah, c’est la narration d’une femme sur la rencontre totalement inattendue pour elle et pour l’autre, l’impossible amour, la passion, la conquête, les disputes, la reconquête, le risque engendré par ces sentiments. Parce que cet amour est dévastateur, qu’il supprime tout, qu’il annihile tout le reste autour de lui, famille, amis. Les deux êtres qui l’éprouvent ne peuvent qu’être à la fois éperdument heureux et malheureux.

Ça raconte aussi la perte de cet amour, conséquence choisie par l’une et subie par l’autre. Car rien n’est possible, et tout peut l’être : cet amour les déchire, les obsède, rend l’une violente et hargneuse et l’autre à bout de force, cet amour les rend malades, comme les anglophones le disent « on tombe en amour comme on tombe malade. »

Ce livre est splendide! il y a un sentiment d’urgence qui se manifeste dans l’écriture, les paragraphes courts sont autant de mini chapitres qui expliquent qui est Sarah, son inadaptation à la vie en société (son rire, ses mots vulgaires) mais aussi combien elle devient gracieuse derrière son archet de violoniste, comment elle se transcende et transforme la vie de l’autre, qui l’attend, qui l’accompagne, qui la guette, qui voudrait la rejeter mais qui ne le peut pas.

Jusqu’au moment où Sarah qui dévore la vie finit aussi par se faire dévorer par elle.

J’ai aimé l’écriture, avec ses références littéraires, cinématographiques, qui transporte à travers notamment la France -Paris- et l’Italie -Trieste, cette musicalité sans cesse présente, qui accompagne la progression de l’action. Je me suis laissée porter par la narration, en apnée pendant toute la lecture des tourments de cette passion mouvante et finalement angoissante qui habite les deux protagonistes durant un peu plus de deux ans. Je n’ai pas pu lâcher le roman après l’avoir commencé.

L’auteure évoque l’amour dans son acception la plus charnelle, la plus sensuelle, la plus brute aussi, qui peut faire écho au vécu de ses lecteurs, peu importe leur sexe. Le personnage de Sarah m’a d’ailleurs fait penser à cette citation d’Henri David Thoreau : « Je voulais vivre intensément et sucer la moelle de la vie. Et ne pas, quand je viendrai à mourir, découvrir que je n’aurai pas vécu. »

Ça raconte Sarah, ça raconte ainsi la vision quasi hypnotique d’une passion dévorante, et c’est à la fois profondément triste et merveilleux.

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