Einstein, le sexe et moi

Olivier Liron

198 pages

Alma Éditeur, 2018

Un coup de cœur pour ce dernier livre lu en 2018!

Ça faisait un petit moment que je voulais lire Olivier Liron. J’ai commencé par son deuxième livre, « roman » qui tient surtout lieu de récit autobiographique! Et j’en suis ravie.

A travers la narration de sa participation au jeu « Questions pour un champion », en phase Super champion, Olivier Liron livre des réflexions et des souvenirs liés notamment à ce qu’il appelle sa « différence ». Ah oui parce qu’il est différent en effet : autiste Asperger, avec les avantages et inconvénients que cela comporte. La difficile socialisation, l’incompréhension des autres face à certaines de ses réactions, mais également sa formidable mémoire et sa sensibilité à fleur de peau.

Alors, ce simple jeu de questions/réponses devient une guerre. Une guerre contre les autres candidats, mais surtout une guerre pour que l’enfant puis l’adolescent malmené, maltraité du fait de sa « différence », arrive enfin au sommet. La violence contenue semble être le moyen de tenir une revanche sur toutes les horreurs subies. Et la réconciliation avec son corps passe également par la victoire. S’il n’y a pas de victoire, il ne reste qu’une victime.

Alors, on passe tour à tour des réflexions pleines de tristesse ou de colère (celle contre l’éducation nationale qui ne fait pas de place aux enfants « différents » m’a profondément émue), et des déboires amoureux à des dérives historiques (j’y ai appris pas mal de choses), poétiques, ou botaniques glanées au fil de ses envies, de ses souvenirs ou de ses préparations assidues pour la compétition.

On suit les différentes phases du jeu avec ce qu’il contient de suspense, depuis les erreurs dues au stress jusqu’aux redites exaspérantes de Julien Lepers. Et on n’a de cesse d’arriver à l’issue, ce face-à-face ultime qui pourrait enfin signifier une victoire!

J’ai aimé la fraîcheur, la lucidité et la combativité qui émanent de ce livre, j’ai été touchée, j’ai souri, j’ai vibré durant toute l’émission d’un témoignage impudique qui fait du bien.

Citations

« Quand j’étais petit, j’habitais dans un village de Seine-et-Marne où il n’y avait pas beaucoup de gens « issus de la diversité » comme disent les hommes politiques, comme si la Diversité était un pays d’où viendraient des gens bizarres comme vous et moi. »

« Quand j’étais petit, je pensais que Franco était l’équivalent d’Hitler, mais avec le Christ et la paëlla en plus. »

« S’il n’y avait que les brimades, les blagues sur Forest Gump et les insultes. On pourrait essayer d’oublier. Mais la façon dont les autres vous font comprendre votre différence, ça s’inscrit aussi dans le corps. J’ai dans mes tripes la mémoire de la différence qu’on m’a apprise, qu’on a tatouée dans ma chair. »

« Quand on ne peut pas parler, on construit des forteresses. Ma forteresse à moi est faite de solitude et de colère. Ma forteresse à moi est faite de poésie et de silence. Ma forteresse à moi est faite d’un long hurlement. Ma forteresse à moi est imprenable. Et j’en suis le prisonnier. »

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