La dame blanche

Denis Zott

445 pages

Hugo Poche, 2022

Fin de lecture 9 janvier 2022.

Je remercie les Éditions Hugo Poche, collection Suspense, pour m’avoir adressé cet ouvrage dans le cadre d’un service presse.

Quel mystère autour de la Dame blanche !

Alors que le livre débute par les préparatifs de son enlèvement dans un manoir de l’Yonne, cette jeune femme reste une énigme quasiment jusqu’aux dernières pages.

Car le rapt se termine mal : un petit accro dans le parcours, un simple accident qui permet à la Dame de s’échapper, et c’est tout un village du Tarn qui est mis à feu et à sang – littéralement !

D’énormes moyens sont mis en œuvre pour la retrouver.

Les rivalités entre le puissant maire du village Charles Baron et l’horrible famille Renard s’exacerbent quand l’édile lui-même se met à la recherche de celle qu’il croit à l’origine de l’accident qui pourrait coûter la vie à son petit-fils. Les Renard, hors-la-loi patentés composés de la vieille mère et de ses trois fils, plus vilains les uns que les autres, vivent barricadés. Celui qui passe chez eux… trépasse !

Entre les deux, un homme, Césaire, souffre-douleur des Renard, piégé par eux dans son corps et son esprit, dont seule la rencontre inopinée avec la Dame

Blanche contribuera à modifier le cours de l’existence… Césaire qui porte le nom du célèbre poète auquel l’auteur rend hommage à travers l’expérience vécue par son personnage asservi, qui doit trouver la force de se libérer de l’emprise de ses bourreaux. L’asservissement pouvant également prendre des formes très différentes…

« Il ne voulait d’histoires, Césaire. Avec personne. Surtout pas avec Brice et ses frères. Surtout pas avec les chasseurs qui hantaient ses nuits. Dans ses cauchemars, il entendait la meute des chiens, on sonnait l’hallali, et c’était lui que l’on chassait, c’était lui le gibier que l’on voulait tuer et dépecer. Avant de l’exhiber à la vue de tous. »

Les gendarmes enquêtent entre Yonne et Tarn, et le capitaine Roll y perd son code de procédure car trop de ses proches semblent impliqués dans cette affaire !

Deux mondes cohabitent dans ce livre : celui du village d’un puissant seigneur et de ses vassals, hommes de bien ou trafiquants en tous genres, et celui de la modernité et des communications avec les moyens disproportionnés déployés pour retrouver la disparue : mais qui est-ce donc ? Une célébrité ? Personne n’avait entendu parler de la Dame Blanche auparavant, mais jamais vous ne pourrez l’oublier !

C’est magistralement écrit, sans temps mort. Tout est bien embrouillé pour que le lecteur reste accroché à sa lecture, à démêler le vrai du faux, les méchants des gentils.

L’intrigue bien construite est également teintée d’humour, qui contrebalance des scènes parfois très violentes.

Mon premier roman de Denis Zott, une totale réussite !

Publicité

L’été froid

Gianrico Carofiglio

Traduction d’Elsa Damien

459 pages

Éditions Slatkine &Cie, 2021

Fin de lecture 13 mai 2021.

Je remercie les Éditions Slatkine & Cie de m’avoir adressé cet ouvrage de l’auteur dont j’avais tant aimé l’an passé le précédent roman,Trois heures du matin, mettant en avant la relation d’un père et de son fils.

Dans L’été froid, la thématique est toute autre. Il y est bien question d’un enfant, mais l’action se situe en 1992, en pleine guerre ouverte entre la mafia et les juges décidés à mettre fin à ses activités un peu partout en Italie et en Sicile. Or l’enfant est le fils de Grimaldi, un parrain de la mafia de Bari, La Società Nostra, qui pourrait avoir été enlevé par son ancien associé, un certain Lopez, dit « Le Boucher ».

Les carabiniers, et en première ligne le maréchal Fenoglio, essayent de décortiquer une histoire compliquée en raison de la loi du silence imposée par les principes mafieux, la fameuse omerta : des fusillades éclatent en pleine rue, aucun témoin. La famille même de l’enfant refuse d’expliquer les circonstances de l’enlèvement, voire nie celui-ci.

Mais Lopez contacte les carabiniers et décide de collaborer. Cependant, ses dires sont-ils crédibles ? Car c’est avant tout un personnage peu recommandable :

« Son casier judiciaire ressemblait à un résumé de droit pénal : on allait du vol à la conduite sans permis, du trafic de stupéfiants aux coups et blessures, et de la contrebande de tabac étranger à l’extorsion. »

Dans ce climat de suspicion et de violence ouverte ou larvée, sous la menace permanente des représailles du clan Grimaldi, la juge D’Angelo, le capitaine Valente, le maréchal Fenoglio et l’adjudant Pellecchia mènent l’opération « Été froid ».

L’écriture de Gianrico Carofiglio entraîne immédiatement le lecteur dans les rues de Bari, dans la petite trattoria et dans les locaux exigus de la caserne : on ne lit pas, on vit les événements.

« La pièce puait l’encre et le papier poussiéreux. Le silence accentuait les odeurs, pour qui savait les percevoir. »

C’est un film qui se déroule devant nos yeux, les perquisitions en pleine nuit pour se cacher des malfrats, les interrogatoires qui mettent en lumière la construction d’une société mafieuse, les enrôlements et agissements pour contrôler un territoire, et où l’on se rend compte que le fameux « honneur » ou « respect » dû au chef de bande lui vient surtout de la peur qu’inspirent son ego démesuré ou sa paranoïa !

Et puis il y a ceux qui refusent de se soumettre à la mafia, mais qui organisent leur propre petit trafic : « Si tu commences à payer, tu es mort. »

Un attachement tout particulier se crée pour Fenoglio, qui traverse une mauvaise passe personnelle et consacre donc son temps à son métier. Car c’est un homme qui s’interroge (in petto, ses réflexions sont savoureuses) sur toute cette violence qui l’entoure, qui répugne à prendre son pistolet et encore plus à l’utiliser. Qui s’évertue à rester honnête, fidèle à ses valeurs, dans un monde qui n’en a plus beaucoup.

« Dans une enquête, on suit différents types de règles. Il y a les règles juridiques, celles qui régissent les techniques d’investigation, et celles dictées par les circonstances. Cependant, les plus importantes, ce sont celles qui ont à voir avec la conscience – ce qui, finalement, vaut pour n’importe quelle activité. »

L’auteur démontre aussi dans ce roman ce qu’il a mis en application dans son travail au service de la justice, et expose le questionnement obligatoire face à une situation qui pourrait sembler se résoudre facilement :

« – Les faits sont presque toujours conformes aux statistiques, et il ne faut pas l’oublier.

⁃ Oui, presque toujours. Ça non plus, il ne faut pas l’oublier. »

C’est haletant, et en même tant les pointes d’humour distillées ça et là offrent une certaine respiration dans ce climat pesant.

« – Ce n’est pas toi qui disais qu’il fallait du détachement, dans ce travail, pour ne pas devenir fou ?

– Oui, c’était moi. La cohérence ne fait pas partie de mes qualités. »

S’appuyant sur son expérience judiciaire anti-mafia, Gianrico Carofiglio expose au grand jour les procédés des sociétés mafieuses au début des années 1990, gangrenant toutes les strates de la société italienne. Au travers de son héros intègre et d’une juge implacable, il met à l’honneur ceux qui, dans la vie réelle, ont su combattre ces malfrats, parfois au péril de leur vie.

L’histoire policière, l’apport de connaissances et la richesse de l’écriture m’ont à nouveau transportée.

Coup de cœur !

Dompteur d’anges

Claire Favan

438 pages

Pocket, 2018, Éditions Robert Laffont, 2017

Fin de lecture 14 avril 2021

Quand on rencontre Madame Favan, c’est madame tout-le-monde qui vous parle de son enfant, de sa vie, de la façon dont elle travaille. Elle est douce et on aime l’écouter.

Quand on lit ses livres, on se demande qui a tenu la plume ou quels sont ces doigts qui ont tapé des phrases traduisant une construction d’histoire aussi terrible !

Max est un pauvre jeune homme qui n’a jamais fait de mal à personne, mais parce qu’il s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, parce qu’il n’a pas le bon profil ni les bons appuis, il est le désigné d’office dans le viol et le meurtre d’un jeune enfant, son ami, qui le suivait comme son ombre.

Max devient donc le souffre-douleur de ses codétenus, des surveillants pénitentiaires, comme cela prévaut pour les agresseurs de ce type dans l’univers carcéral. Sauf que Max est innocent. Et que son innocence est reconnue au bout de cinq ans, lorsque le vrai coupable est démasqué.

Mais l’expérience vécue par Max a totalement transformé le gentil jeune homme. Animé d’une froide colère, il va mettre tout en œuvre pour assouvir sa vengeance : juge, avocat, jury, matons, tous ceux qui sont concernés de près ou de loin par l’affaire vont subir l’enfer.

Max a concocté un plan, enlevant les enfants de ceux qui l’ont malmené, leur infligeant une éducation où les coups et les humiliations cassent leur personnalité, et en les entraînant aux pires méfaits. On suit plus particulièrement Cameron, le premier enfant enlevé, car c’est lui qui va vivre le plus auprès de Max.

« Ses journées s’écoulent quasiment toutes de la même façon entre les séances de dressage, crever la dalle, les coups, et les leçons. »

Trois enfants deviennent les réceptacles des théories fumeuses de Max, ils sont constamment dans la lutte pour le pire pour obtenir l’approbation de leur père de substitution.

« Il ne parvient pas à penser autrement qu’en avantage personnel, ni à ressentir de pitié pour celui qu’il a contribué à capturer. »

La peur, la soumission, la souffrance sont les seules composantes de leur vie, celles qu’ils subissent, celles qu’ils font aussi subir à d’autres, pour abreuver la soif de vengeance de Max. A travers les Etats-Unis, dressés pour voler, tuer, et démontrer qu’aucune justice n’existe, les « anges » de Max portent le malheur, tant à des innocents qu’à des malfrats.

« Ce soir, ils vont tuer un homme.

Il ne s’agit plus de coller une baffe à des gens terrorisés pour leur piquer du fric, de voler à l’étalage sans se faire voir, de cambrioler des maisons vides ou de pousser une femme à peine sortie du sommeil dans son escalier pour qu’elle se brise les os. »

Et l’adolescence survient, qui exacerbe les rivalités entre les jeunes gens.

Où est la conscience morale ? Où est la vraie justice ? Qui est le coupable : celui qui commet l’acte ou celui qui a concocté l’éducation d’une manière sectaire, annihilant toute autre forme de pensée ? Comment se sortir de telles situations ? Et que faire d’une telle éducation quand on devient adulte ?

C’est un livre terrible, haletant, où le talent de Claire Favan amène à s’interroger qur notre propre référentiel de valeurs. En effet, on se prend à vouloir sauver ces enfants, à ne pas les laisser perdurer bien évidemment leur périple meurtrier, mais sans pour autant qu’ils soient démasqués malgré leurs horribles méfaits.

On croit en voir fini avec l’horreur, et au détour d’une page, l’autrice nous y replonge savamment.

Un excellent thriller !