Grégoire et le vieux libraire

Marc Roger

237 pages

Éditions Albin Michel, 2019

Grégoire a 18 ans et tout raté, il se cherche, sa mère couturière voudrait le voir partir. Alors elle lui dégote une place d’agent de service hospitalier au sein de l’Epahd Les Bleuets. Et c’est lui qui raconte son histoire.

Le vieux libraire, c’est Monsieur Picquier. De sa bibliothèque initiale de trente mille volumes, il n’a pu en garder qu’un dixième, qui tapisse tous les murs de sa petite chambre de l’Epahd. Atteint de la maladie de Parkinson et d’un glaucome, homosexuel, c’est un dandy qui a du mal à gérer sa déchéance physique.

Ces deux hommes aux antipodes, celui en devenir et celui qui s’est accompli, vont se trouver autour de la lecture. Car c’est une sorte de rite initiatique que propose Marc Roger, jouant l’entremetteur entre le lecteur et son ouvrage, à la découverte d’auteurs méconnus ou délaissés.

C’est donc l’histoire d’un jeune homme non lecteur qui va être sauvé par la lecture.

Son sens critique qui se développe au fil des découvertes fait basculer l’apprenti lecteur qui veut ensuite lire ce qu’il veut et non plus ce qu’on lui impose.

Car M. Picquier lui a imposé non seulement les livres, mais le rythme de la lecture, les pauses, les inflexions de voix, tel un compagnonnage et un chemin spirituel qui l’amènerait à devenir lui-même un lecteur accompli.

Au travers d’autres personnages hauts-en-couleur, Marc Roger dénonce en parallèle les abus sexuels, le quotidien dans les structures d’accueil de personnes âgées (qu’il connaît bien pour y intervenir fréquemment), l’induction prédictive de la scolarité ratée sur le devenir d’un adolescent et la soumission au regard de l’autre.

La rencontre avec l’auteur au sein de la librairie Folies d’encre d’Aulnay-sous-Bois le 16 février 2019 a permis d’éclairer la construction du livre : même si cela n’apparaît pas, Marc Roger a écrit la biographie du vieux libraire, de façon à garder une cohérence sur l’enchaînement des événements de sa vie ; s’agissant des citations, le choix des œuvres a été réalisé pour leur permettre «  d’être le déclencheur de la situation à venir ».

Après avoir écrit des récits de voyage, Marc Roger s’est essayé au roman, et c’est une vraie réussite. J’ai eu un coup de cœur pour ce livre qui allie des références littéraires très fouillées à un humour parfois potache, et crée un attachement particulier à ces deux hommes, le jeune et le vieux, qui se rejoignent grâce à la lecture.

Citations

« – Le syndrome du membre fantôme. Oui, parfois, le membre amputé te démange, tu ne peux pas te gratter et ça vire au cauchemar. Imagine ! Vingt-sept mille livres que je ne peux plus feuilleter. »

« Mes livres et mes archives sont à la fois ma garde, mes épouses et mes soldats, et en brûlant, leurs cendres mélangées aux miennes pourront servir d’engrais à un arbre, qui sait ? L’audace serait qu’on me disperse dans une usine de pâte à papier ! Le délire, Grégoire. (…) Ma mégalomanie enfin comblée ! Le nombre de livres à la fabrication desquels je serais ainsi mêlé. »

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