L’accompagnateur

Sebastian Fitzek

360 pages

L’Archipel, 2022

Fin de lecture le 7 décembre 2022

Quelle femme n’est pas restée en conversation téléphonique avec un proche pour se sentir rassurée alors qu’elle rentrait chez elle à une heure avancée de la nuit ?

En Allemagne, des bénévoles assurent un tel service protecteur. Jules tient le standard quand la conversation s’engage avec Klara, totalement apeurée. Elle est persuadée d’être poursuivie par un homme qu’elle connaît et qui veut attenter à sa vie dans les heures qui suivent. Klara avoue ainsi à Jules vouloir choisir elle-même sa mort avant d’être sacrifiée par ce prédateur. Et elle pense que se confier à Jules peut également le mettre en danger !

Alors Jules s’acharne à conserver le lien avec cette femme terrorisée, et chacun, au cours de cette terrible nuit, raconte à l’autre son histoire, entachée par des drames familiaux.

« Tout le monde a un talon d’Achille (…). Ton point faible à toi, c’est ton empathie, Klara. Tu prends trop les choses à cœur. Il faut que tu t’endurcisses, sinon la vie finira par te botter le cul, et en prenant son élan.»

Et Jules déploie toutes ses compétences en psychologie afin de sauver Klara, malgré la peur qui finit par l’assaillir lui-même, car des bruits incongrus se font entendre dans sa propre maison.

« Le cliquetis venait d’un trousseau dont une clé était fichée dans la serrure de l’appartement. Le trousseau oscillait encore et les clés s’entrechoquaient. Une seule explication plausible vint à l’esprit de Jules : quelqu’en essayait d’entrer chez lui. »

On est forcément touché par leur cheminement parallèle. Mais horrifié aussi par certains détails. Âmes sensibles s’abstenir !

L’atmosphère est particulièrement angoissante, la terreur monte crescendo, et alors que je le lisais nuitamment, certaines parties de ce thriller psychologique ont réussi à me faire peur !

Du prolifique auteur allemand, je n’avais lu et apprécié que son premier roman, Thérapie. Dans L’accompagnateur, l’écriture a gagné en intensité, l’histoire s’est étoffée pour bluffer le lecteur, les rebondissements foisonnent. J’ai été happée par cet échange et la relation mise en place au cours de la nuit par les deux protagonistes.

C’est bien fait, bien construit, je me suis laissée embarquer et tromper totalement par l’auteur… et j’adore ça !

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Il était une fois la guerre

Estelle Tharreau

256 pages

Taurnada Editions, 3 novembre 2022

Fin de lecture 31 octobre 2022

Je remercie les Editions Taurnada de m’avoir permis de découvrir le nouvel ouvrage d’Estelle Tharreau en version numérique dans le cadre d’un service presse.

« La mort d’un homme au terme d’une vie est une peine, celle d’un enfant massacré est un traumatisme pour l’esprit, une parcelle d’humanité qui se sépare de l’âme. Toutes les morts ne pèsent pas de la même manière sur une conscience. »

Le soldat Sébastien Braqui, conducteur de camions, va en faire l’amère expérience. Envoyé en mission ONU au Shonga, terre d’Afrique inventée par l’auteure, il se lie avec un enfant, le petit Momar. Alors même que sa propre épouse est enceinte, il doit laisser le jeune garçon au cours d’une permission. L’image de l’enfant sur le bord de la route le hantera dans sa vie civile et militaire.

Comment évoquer avec ses proches les exactions, la misère, les carnages auxquels il est confronté ? Braqui préfère se taire jusqu’à exploser de colère et faire imploser sa famille : sa femme et sa fille redoutent alors sa violence.

La psychologie du soldat, celle de sa famille sont évoquées au travers de la narration mais également de l’exposé du reporter qui couvre le conflit. La famille qui a peur, qui redoute le coup de sonnette, qui fait face au regard des voisins lorsque la mission n’est plus considérée comme utile, mais malveillante…

Car la légitimité de l’aide française est remise en question par le pouvoir local et les soldats de retour sur le sol national sont pointés du doigt… Pas d’honneurs, rentrés en catimini, honte à eux, un suivi psychologique et une aide au retour à la vie civile très insuffisants.

Estelle Tharreau narre la guerre et ses horreurs, les conséquences sur ses acteurs à la fois au sein du conflit et sur la vie des rescapés et de leur famille. On tombe avec Braqui au coeur de l’abîme…

Ce n’est pas un polar, ce n’est pas un thriller.

C’est l’histoire crue, presque un documentaire, des hommes et des femmes qui font la guerre ou tentent de maintenir la paix, de leurs familles et de l’endroit du décor dont le reste de l’humanité ne voit que l’envers. C’est aussi une critique des conditions d’accompagnement psychologique et matériel de ces soldats. Et c’est passionnant, terrible, poignant, bouleversant.

Comme une image

Magali Collet

256 pages

Taurnada, octobre 2022

Fin de lecture 21 septembre 2022

Je remercie les Éditions Taurnada pour ce livre numérique lu dans le cadre d’un service presse.

Presque dix ans. Une jolie frimousse. Bien intégrée dans son école. Des habitudes bien ancrées et des vêtements qui lui donnent un look un peu rétro.

Une petite fille ordinaire ? Pas vraiment !

Car Lalie, en apparence sage « Comme une image », se révèle un monstre de perversion.

Très intelligente, la vie des autres doit tourner autour d’elle, uniquement elle. Alors quand ses parents se séparent et que des petits frères viennent agrandir les foyers recomposés, cette fillette perd son caractère d’unique enfant. Qu’à cela ne tienne. Lalie a toutes les cartes en main pour rectifier ce qui ne lui convient pas. Et qui pourrait bien imaginer ce qui tourne dans sa tête ?

L’alternance des pensées de Lalie et de la narration des événements donne du rythme à ce thriller que j’ai lu d’une traite. Habituée à reconnaître les signes de manipulation et de frustration, je me doutais bien que ce petit être se révélerait maléfique. Mais pas forcément jusqu’à ce point !

Magali Collet déploie tout son talent pour décrire une famille ravagée par la seule volonté d’une enfant. C’est bien vu, les adultes ont tout sous les yeux, mais n’osent pas forcément aller au bout de leur raisonnement, ne pouvant croire à tant de perfidie.

Et la chute est abominable !

Un très très bon thriller… et mention spéciale pour la couverture qui renvoie tout à fait « l’image » que l’on se fait de Lalie !

Nuit blanche

Nicolas Druart

447 pages

Pocket, 2022, Editions Les Nouveaux Auteurs, 2018

Fin de lecture 19 août 2022

J’ai rencontré Nicolas Druart lors de la parution de son deuxième livre, Jeu de dames (lu mais non chroniqué) en 2019, et ai eu le plaisir de le revoir au SMEP 2022, où il m’a dédicacé Nuit blanche, son premier thriller récompensé par le Prix du suspense psychologique 2018, que je souhaitais lire depuis longtemps.

Dans la nuit qui précède le week-end de Pâques 2017, donc dès le vendredi soir, une énorme tempête s’abat sur un petit village du Lot. Au moment de la relève du personnel de l’hôpital enfoncé entre deux collines. Les routes coupées ne permettent ni de quitter l’établissement, ni d’y parvenir. L’électricité et le réseau téléphonique ne fonctionnent plus.

Alors Julie, interne de garde, va devoir compter sur les quelques collègues qui restent : Malee et Chloé, les infirmières, Yazid et Noémie, les aides-soignants.

Cela aurait été relativement aisé, si juste avant que la tempête ne frappe, un nouveau patient au passé psychiatrique très spécial n’était pas arrivé. Accompagné par des gendarmes malgré son état de coma, l’homme est en effet défini comme le Mal incarné.

La physionomie de la nuit à venir s’en trouve alors profondément modifiée : les cadavres effroyablement mutilés s’accumulent et les catastrophes s’enchaînent, le personnel effectue les gestes habituels avec la peur chevillée au corps. Julie essaye de mener l’enquête qui tourne autour de ses collègues : un seul d’entre eux peut être le coupable, mais lequel ?

Et quel est le réel statut du mystérieux nouvel entrant ?

Entre patients quémandeurs et personnel terrorisé, la tension monte crescendo dans l’établissement aux couloirs assombris ou dévastés par les éléments et surtout sans connexion avec l’extérieur.

« II rebrousse chemin, longe un couloir, puis un autre, au rythme des hurlements séniles et des déflagrations de l’orage. Puis il sprinte. Suffoquant. Éperdument. Balaie les murs, le sol, le plafond avec son smartphone. Les cris des pensionnaires lui emplissent les oreilles, il fait noir partout, les branches fouettent les volets des fenêtres, le vent s’engouffre dans la structure, les plic ploc des fuites d’eau battent le rythme et l’aide-soignant sent la panique poindre en lui.»

Livrés à eux-mêmes, perclus de fatigue, les soignants s’envoient des piques et se suspectent tour à tour.

Voici un huis clos palpitant, que j’ai dévoré ! J’avais trouvé un indice très vite, mais sans savoir à quoi le raccrocher. L’auteur nous plonge au cœur de la tempête qui sévit au-dehors et à l’intérieur de l’hôpital, dans les relations entre les êtres, jouant avec les nerfs des personnages et ceux du lecteur. Les descriptions sont fameuses, très cinématographiques et je me suis dit qu’un film pourrait en être tiré (que je n’irais pas voir… car je déteste les films qui font peur !). Les émotions des uns et des autres sont également très bien traduites, générant des retournements dans l’enquête que mène le lecteur à travers le cheminement de Julie.

Le talent de Nicolas Druart s’exerce à plusieurs niveaux dans ce thriller psychologique : dans la conception de l’histoire complexe, dans la mise en place des personnages et dans leurs réactions face à la succession d’événements. Et en filigrane, cette question qui titille le lecteur : le Mal absolu existe-t-il vraiment ?

Un livre génial, mais à ne pas lire par une nuit d’orage !