Les monstres

Maud Mayeras

332 pages

Pocket, 2022, Éditions Anne Carrière, 2020

Fin de lecture 25 mars 2022

Je remercie les Editions Pocket pour cet ouvrage reçu dans le cadre d’une rencontre Apéro polar le 15 mars 2022.

J’avais entendu beaucoup de bien de l’histoire lors de la sortie du grand format, mais n’avais pas eu le temps de m’y pencher, j’ai donc été ravie de cette opportunité. A la fin de cette chronique, j’ai effectué un rapide résumé de la rencontre avec Maud Mayeras.

Ils sont élevés dans l’idée que pour ceux du dehors ils sont des monstres. Ils vivent à l’écart, enfermés dans un « terrier ». Hors du temps, hors de tout. A l’abri de la lumière qui pourrait les anéantir. Seul Aleph va et vient hors de ce terrier. Il les élève dans le but ultime de leur sortie future, en leur apportant nourriture et éducation de façon régulière : « Il emploie rarement le mot monstres. Peut-être pour ne pas nous heurter. Mais cela ne nous heurte pas, nous le savons : nous grandissons en monstres. Nous apprenons en monstres. Nous nous nourrissons en monstres. C’est ce que nous sommes. »

Eine est la fille. Jung le garçon. Leur mère, soumise à Aleph, s’évertue à les tenir propres et à les nourrir dans le sombre terrier dont ils ne peuvent sortir. Car nulle maladie ne doit les atteindre.

Mais l’impensable se produit lorsqu’Aleph ne revient pas comme à son habitude et que des humains menacent leur tranquillité : la porte s’ouvre, et deux options s’offrent alors.

Rester ? C’est confortable mais ils sont affamés.

Fuir ? C’est enfin découvrir le monde extérieur, les animaux, la nature, les humains, mais risqué car leur éducation de monstres n’est pas terminée.

Leur mère a bien une idée sur la question.

Mais, nourris d’histoires oniriques, où seuls les plus forts monstres s’en sortent face aux humains prédateurs, Eine et Jung savent que s’ils s’écartent de leur tannière, ils devront se battre pour survivre.

Alors c’est une course qui s’installe entre, d’une part, ces enfants qui ignorent tout du dehors, d’autre part, ceux qu’ils redoutent le plus, les humains qui disent vouloir leur bien. Qui gagnera ? De quel côté sont vraiment les monstres ?

L’esprit humain peut-il sortir vainqueur de l’asservissement du corps et de l’âme ?

Le récit de leur existence de claustration, puis de leur fugue, émaillé de contes souvent horrifiques, amène le lecteur à hésiter entre empathie et dégoût pour les personnages. L’écriture est elle-même très différente dans l’alternance des chapitres : très pragmatique et descriptive lorsque Eine décrit son existence d’adolescente ; classique, lorsque la narration expose ce qui se déroule au-dehors du terrier ; grimmienne lorsque, en gras, certains extraits de « livres » sont rapportés.

Au fil des pages, le lecteur-spectateur, tour à tour posté dans l’antre obscur ou perché sur l’épaule du lieutenant Rousseau, ouvre les yeux sur l’étendue de la « monstruosité ». Le cœur au bord des lèvres…

Maud Mayeras réussit ici un tour de force : lorsqu’on a fini de le lire, on souhaite reprendre l’ouvrage au début, pour le redécouvrir à la lumière des faits et non plus des conjectures.

Coup de cœur !

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Rencontre apéro polar Pocket du 15 mars 2022 avec Maud Mayeras

De quoi parle l’histoire ? Le livre parle d’enfants élevés par leur mère au fond d’un terrier. Lorsque la porte s’ouvre, elle permet la découverte du monde extérieur, de la nature, des humains.

D’où est venue cette histoire ? Sa thématique ? « L’origine du mal, c’est toujours la mère ». « C’est sans doute le premier livre que Maud Mayeras j’aurais dû écrire ». Au collège, les livres proposés ennuyaient la jeune Maud. Lorsqu’elle a eu douze ans, sa maman l’a emmenée dans une librairie et lui a proposé de choisir un livre. Elle a choisi « Ça » de Stephen King, en 3 volumes, dévorés en un été. Elle a déduit de cette lecture qu’il est possible d’écrire sur la psychologie de personnages de façon peu ennuyeuse. L’enjeu, c’est de se servir du bestiaire des personnages dont on a peur quand on est enfant, afin « que cela provoque quelque chose chez le lecteur ». Ici, au départ, il s’agit d’un fait divers qu’elle a adapté pour servir son propos.

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