Trois heures du matin

Gianrico Carofiglio

Traduction Elsa Damien

222 pages

Éditions Slatkine et compagnie, 2020

Fin de lecture 30 juin 2020

Je remercie les Éditions Slatkine et Cie de m’avoir adressé cet ouvrage.

Je ne connaissais de l’auteur que le nom, et je suis ravie d’avoir découvert son œuvre à travers ce livre.

Dans Trois heures du matin, Antonio raconte une partie de son enfance marquée par les crises d’épilepsie. Il s’arrête plus précisément sur quarante-huit heures qui vont changer radicalement sa vie : sur prescription du médecin qu’il consulte avec son père à Marseille, le jeune Italien doit en effet passer ces deux jours éveillé afin de vérifier qu’il est guéri.

On est en juin 1983, Antonio a presque dix-huit ans, et un rapport quasi inexistant avec son père. Entre cafés et amphétamines, la relation filiale évolue, sur fond d’un Marseille qui s’ouvre au promeneurs.

En ouvrant ce livre, je pensais à tort que les quarante-huit heures se dérouleraient dans une chambre d’hôpital avec un simple dialogue entre le père et le fils. C’est bien plus que cela ! La richesse de cet ouvrage, et le talent de son auteur, c’est de découvrir au travers des yeux des deux protagonistes la ville mystérieuse, entre Vieux Port et Notre-Dame de la Garde, entre Panier et calanques. Découverte de la ville, mais découverte réciproque entre deux êtres qui se sont éloignés au moment du divorce des parents d’Antonio. Petit à petit, le jeune homme comprend qu’il s’est inventé des raisons

A certains moments, le fils gagne en maturité, le père rajeunit et c’est tout comme ils devenaient simples compagnons de voyage.

C’est une parenthèse enchantée, car hors des lieux et du temps habituels, un moment propice pour ôter la pudeur qui empêche parfois de s’exprimer, de poser les questions qui permettront de connaître l’autre un peu mieux. Et c’est aussi l’interrogation de toute une vie : ne doit-on pas remettre en question certains choix, qui ne correspondent plus à ce que l’on est devenu ? Enfin, ce livre évoque pour moi l’intérêt de la franchise indispensable dans les relations humaines, et de ne pas perdre de temps pour montrer son amour à ceux qu’on aime.

Citations

« Tandis que nous marchions, je me disais que je n’avais probablement jamais vraiment parlé avec mon père. Je veux dire : bien sûr, nous nous étions déjà parlé, mais, à part dans cette période de mon enfance qui précédait la séparation de mes parents, et dont je n’ai conservé aucun souvenir, j’avais toujours senti de sa part du malaise et du détachement, pour ne pas dire de la condescendance. Je ne percevais que ces tentatives maladroites pour correspondre à une figure paternelle stéréotypée. »

« « Sois spontané ! » Est la plus paradoxale et irréalisable des injonctions, qu’elle provienne des autres ou de nous-mêmes. »

« Il y avait des bateaux à perte de vue, amarrés à des dizaines de pontons en bois disposés perpendiculairement aux deux grands quais principaux. Nombre de ces embarcations étaient à voile, et l’effet d’ensemble était celui d’une étendue infinie de mâts et de gréements divers à travers lesquels filtrait, en mille rayons, le soleil couchant. »

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