Valentine ou la belle saison

Anne-Laure Bondoux

406 pages

Éditions Fleuve, 2019

Un grand merci aux Éditions Fleuve et à Babelio pour m’avoir adressé cet ouvrage dans le cadre de la rencontre avec Anne-Laure Bondoux.

Valentine a quarante-huit ans et demi. Son frère Fred, un ande plus. Tous les deux sont à un tournant de leur vie : Valentine a perdu son emploi, va bientôt se retrouver à la rue ; Fred a des difficultés dans son couple.

Valentine trouve refuge dans la maison familiale loin de Paris pour faire le point sur son avenir, où Fred la rejoint. Leurs souvenirs les rattrapent et les ramènent des années auparavant, lorsqu’ils étaient enfants : premières amours, relations avec leurs parents très engagés politiquement et piliers économiques de leur village. Et ils apprennent ou redécouvrent aussi des faits enfouis, des secrets de famille, qui vont modifier la perception de leur avenir.

Au hasard de leurs recherches pour tenter d’élucider ces secrets, ils retrouvent des anciens camarades d’école, dont les parents ont bien vieilli. Mais ils font aussi connaissance de nouveaux venus. Sur fond de la campagne électorale de 2017, et des débats passionnés qu’elle engendre dans les foyers, Fred écrit son journal et Valentine essaye d’avancer tant bien que mal dans l’écriture d’un guide pour adolescentes qui ne la passionne pas vraiment! Le cyclisme, la course à pied sont pour eux des moyens de se défouler.

La mise en place m’a semblée lente au début. Je ne voyais pas du tout où l’auteure voulait m’emmener, notamment à l’évocation de la relation entre Valentine et sa maman par l’intermédiaire du chat! Le rythme s’accélère ensuite, au gré notamment des souvenirs, des recherches menées sur le passé et des rencontres dans le présent.

Et finalement, c’est après avoir fini la lecture, après l’avoir laissée de côté, que j’ai compris : ce livre raconte la vie. Sans faux-semblants, avec les qualités et les défauts de ses acteurs, des parents qui peuvent descendre de leur piédestal, des difficultés à tourner des pages, des deuils qui semblent incommensurables, des amis avec qui on peut se disputer mais qui répondront tout de même présents…

J’ai beaucoup aimé la relation fraternelle, dans laquelle l’un – Fred – protège l’autre – Valentine. Chacun réagit aussi à sa façon aux épreuves et aux révélations du passé qui le concerne. Malgré des sujets très forts, émouvants, le livre ne sombre jamais dans le « pathos ». La bienveillance y est omniprésente, et il est également fortement teinté d’humour ! La scène où Valentine assiste à un cours de chant avec des personnes âgées est désopilante.

Car une autre force de l’histoire est en effet de mettre en scène toute une galerie de personnages à divers moments de leur vie, et de montrer que les choix offerts sont multiples, qu’on soit adolescent en recherche de motivation pour trouver un métier, adulte en cours de reconversion familiale et professionnelle, vieille personne qui désire plus que tout finir son existence entourée d’affection. Le livre est ainsi porteur d’espoir : car l’entraide, l’écoute et la prise en compte de l’autre permettent cependant de passer au-dessus de bien des différents.

Et les descriptions permettent d’imaginer parfaitement cette maison perdue dans la campagne, avec le chat sur le pas de porte, les longues randonnées, le jardin et sa cabane inachevée… et si au lieu de tourner en rond dans nos difficultés, nous nous ouvrions aux autres ?

La rencontre avec Anne-Laure Bondoux dans les locaux de Babelio le 29 janvier 2019 a achevé de me séduire. Car l’auteure, fort sympathique, raconte ici un épisode de sa propre vie, ce qui donne une autre dimension à son livre. Elle aussi, lors de son écriture, se situait à une sorte de croisée des chemins, après la découverte d’un secret dans sa famille et bientôt la bascule de la cinquantaine, qui semble fermer des portes… mais peut-être pour mieux s’ouvrir sur une nouvelle « belle saison »!

Entre faits inspirés de la réalité et totale fiction, l’auteure a ainsi conçu un très joli livre, d’où émanent de bonnes ondes : il est possible de rebondir, haut les cœurs!

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