Les jeunes femmes de cinquante ans

Mylène Desclaux

309 pages

Mon Poche, 2019, Éditions Jean-Claude Lattès, 2018

Dans cet ouvrage offert par ma meilleure amie (que je remercie pour m’avoir permis une belle tranche de rire), Mylène Desclaux évoque avec humour la « Saint Quantaine », celle qu’elle préfère voir sous son meilleur jour.

Elle montre que non, tout n’est pas fini lorsqu’une femme atteint cet âge horrifique (le seul avantage étant de ne plus appartenir au panel de la « ménagère de moins de cinquante ans » si horripilant ! Et ça c’est moi qui le dit, pas l’auteure !!!). Bien sûr, le physique ne suit plus comme à vingt ans, mais fi des convenances des trente glorieuses, cette femme toujours jeune est sportive (ou pas), fait attention à son poids (ou pas), ne se laisse pas aller (oups), et pourrait même rencontrer – enfin – l’âme sœur.

Enfin bref, ce livre n’est pas à proprement parler une suite de conseils, je l’ai plutôt vu comme un recueil de témoignages sur des situations de la vie quotidienne des femmes de notre époque, qui ont encore pas mal de projets et une belle vie à venir. J’ai ri, c’est plein d’allant et sans prétention, parfait pour la détente sur la plage (ou le canapé en ce qui me concerne).

Alors mesdames concernées par la question, chaussez vos lunettes – presbytie oblige – posez-vous dans un transat… et surtout, cachez la couverture, on pourrait identifier votre âge ! Et ça, Mylène Desclaux vous le dit : absolument hors de question de le dévoiler !

Citation

« Garder ses cheveux blancs, porter des lunettes de vue et un tailleur jupe marron en tweed (à la taille élastique), une paire de mocassins en semelles de crêpes, et roulez vieillesse ! Vous êtes au top pour prendre rendez-vous avec un spécialiste du viager. »

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La cerise sur le gâteau

Aurélie Valognes

407 pages

Éditions Mazarine, mars 2019

Mon premier Aurélie Valogne. J’avais croisé l’auteure, très sympathique, mais sans envie de lire un roman « feel good » à ce moment-là. Une amie en reconversion professionnelle me l’a prêtée. Et c’est tout l’intérêt de ce livre… parler des changements de vie et des bouleversements qu’ils entraînent.

Ici, Aurélie Valogne aborde le sujet de la retraite : comment un sexagénaire hyperactif et investi, Bernard, se voit montrer la porte de sortie par son employeur.

Son épouse déjà retraitée, Brigitte, a bien réussi cette étape et trouvé des activités qui l’occupent beaucoup.

Bernard trouve la transition bien compliquée, tourne en rond dans sa maison et pense que son employeur va le rappeler. Mais force est de constater que rien n’y fait.

Et puis les voisins de Bernard et Brigitte sont insupportables : bavards, médisants, ils jettent aussi leurs déchets n’importe où.

Alors, sur l’impulsion de son petit-fils Paul, Bernard décide d’investir une nouvelle occupation : la lutte pour la protection de l’environnement. Oui mais voilà, Bernard ne fait jamais les choses à moitié : il commence à révolutionner l’intérieur de la maison, au grand dam de Brigitte.

Entre les enfants, les petits-enfants et ce mari incorrigible, Brigitte pourrait bien disparaître pour vivre sa vie ailleurs !

Sous couvert d’une comédie, l’auteure aborde des thèmes bien prégnants : la difficulté de s’adapter à une nouvelle façon de vivre à la retraite, de garder solides les liens conjugaux alors que la vie précédente était plutôt décousue et la protection de l’environnement.

J’ai d’ailleurs beaucoup aimé la postface dans laquelle Aurélie Valogne expose sa démarche d’écriture et ses choix de thématiques et personnages.

Un roman agréable à lire et qui fait aussi réfléchir à nos choix de vie.

Les Sales Gosses

Charlye Ménétrier McGrath

258 pages

Fleuve Éditions, 2019

Qui sont donc ces « Sales Gosses » ?

De prime abord, on pourrait penser qu’il s’agit de ces méchants enfants qui ont laissé leur mamie/leur maman aller en maison de retraite, voire même qui y ont fortement contribué, voire même qui ont signé pour que cette dame Jeanne de quatre-vingt-un ans y soit enfermée. Jeanne leur en veut. Alors elle leur fait subir le pire. Pour le plus grand bonheur du lecteur, car les premiers chapitres ne sont qu’un long éclat de rire.

Mais les sales gosses se nichent peut-être ailleurs…

Parce que très bientôt, Jeanne, qui s’est occupée de sa famille un peu bourgeoise toute sa vie, se rebelle et laisse éclater enfin sa vraie personnalité. Pas toute seule, mais avec l’aide de « la bande », ces cinq autres octogénaires, Loulou, Léon l’ancien traiteur, Lucienne la rousse, Paddy le gentleman anglais et Jo, qui ont décidé que plus rien ne les empêcherait de vivre à leur gré! Et de confidences en confidences des uns et des autres, « le jeu des regrets » devient un vrai défi à relever. Il permet d’ouvrir des portes, de libérer des secrets, de s’affranchir de douleurs toujours poignantes malgré le temps passé.

Par des répliques truculentes, des révélations touchantes, des personnages attachants, Charlye Ménétrier McGrath propose une plongée dans le « cinquième âge » qui a bien raison d’avoir des projets et de vouloir les mener à bien!

Ce roman lu d’une traite a illuminé un dimanche tout gris: il permet tout à la fois de s’interroger sur nos choix de vie et de porter un regard attendri mais surtout pas condescendant sur les personnes âgées.

Dernière terre, la série complète

Clément Rivière

4 h 10, 10 plages

Audible Studios, 2019

Je remercie chaleureusement Babelio et Audible Studios de m’avoir permis de découvrir ce livre audio pas comme les autres.

C’est une plongée directe dans un univers d’apocalypse, où deux copains, David et Thomas, sont partis à la recherche d’un certain docteur, et souhaitent passer en Angleterre pour échapper à une épidémie qui transforme les gens en zombies. Zombies qui sont excités par le hard-rock mais plutôt calmés par d’autres musiques plus douces!

Dans leur cavale, ils rencontrent Laura, une jeune fille et Sophie, une petite fille, qu’ils emmènent avec eux.

Au détour d’une plage audio, on croise une anglaise qui voudrait retrouver son prince, des rats, et plein d’autres personnages inattendus…, dont bien sûr d’horribles zombies! Bref, une histoire totalement déjantée mais qui m’a mis le sourire aux lèvres pour quelques heures!

J’ai eu l’impression de me retrouver dans les romans que j’écoutais, enfant, sur disques vinyles avec tous les bruitages, bien loin des livres audio bien rangés que j’écoute habituellement.

Je ne sais pas ce que donnerait la lecture papier, mais les dialogues sont savoureux, percutants, – un peu trop forts au début, sans doute pour réveiller l’auditeur! Et aussi bien par l’histoire qui explore des territoires différents de chapitre en chapitre que par certaines musiques ou références, il m’a semblé plus d’une fois être immergée dans un jeu vidéo.

J’adore la naïveté – et les questions – de la petite Sophie.

Dès que j’aurai un coup de blues, je réécouterai cette histoire!

Côté technique, j’écoutais jusqu’alors des livres sur CD, ce qui limitait mon temps d’écoute (obligation de rester en voiture ou devant ma vieille chaîne hi-fi). Ici, pour la première fois, le téléchargement sur pc et la possibilité de récupérer le fichier dans l’application mobile m’ont permis une plus grande mobilité. J’ai ainsi pu écouter le livre en vaquant à mes occupations et en voiture. La connexion via le Bluetooth de mon véhicule s’est d’ailleurs avérée très agréable, aucun branchement, un vrai plus. Peut-être une nouvelle solution à explorer pour lire encore plus! (Je précise que je n’ai pas d’actions chez Audible!!!)

Grégoire et le vieux libraire

Marc Roger

237 pages

Éditions Albin Michel, 2019

Grégoire a 18 ans et tout raté, il se cherche, sa mère couturière voudrait le voir partir. Alors elle lui dégote une place d’agent de service hospitalier au sein de l’Epahd Les Bleuets. Et c’est lui qui raconte son histoire.

Le vieux libraire, c’est Monsieur Picquier. De sa bibliothèque initiale de trente mille volumes, il n’a pu en garder qu’un dixième, qui tapisse tous les murs de sa petite chambre de l’Epahd. Atteint de la maladie de Parkinson et d’un glaucome, homosexuel, c’est un dandy qui a du mal à gérer sa déchéance physique.

Ces deux hommes aux antipodes, celui en devenir et celui qui s’est accompli, vont se trouver autour de la lecture. Car c’est une sorte de rite initiatique que propose Marc Roger, jouant l’entremetteur entre le lecteur et son ouvrage, à la découverte d’auteurs méconnus ou délaissés.

C’est donc l’histoire d’un jeune homme non lecteur qui va être sauvé par la lecture.

Son sens critique qui se développe au fil des découvertes fait basculer l’apprenti lecteur qui veut ensuite lire ce qu’il veut et non plus ce qu’on lui impose.

Car M. Picquier lui a imposé non seulement les livres, mais le rythme de la lecture, les pauses, les inflexions de voix, tel un compagnonnage et un chemin spirituel qui l’amènerait à devenir lui-même un lecteur accompli.

Au travers d’autres personnages hauts-en-couleur, Marc Roger dénonce en parallèle les abus sexuels, le quotidien dans les structures d’accueil de personnes âgées (qu’il connaît bien pour y intervenir fréquemment), l’induction prédictive de la scolarité ratée sur le devenir d’un adolescent et la soumission au regard de l’autre.

La rencontre avec l’auteur au sein de la librairie Folies d’encre d’Aulnay-sous-Bois le 16 février 2019 a permis d’éclairer la construction du livre : même si cela n’apparaît pas, Marc Roger a écrit la biographie du vieux libraire, de façon à garder une cohérence sur l’enchaînement des événements de sa vie ; s’agissant des citations, le choix des œuvres a été réalisé pour leur permettre «  d’être le déclencheur de la situation à venir ».

Après avoir écrit des récits de voyage, Marc Roger s’est essayé au roman, et c’est une vraie réussite. J’ai eu un coup de cœur pour ce livre qui allie des références littéraires très fouillées à un humour parfois potache, et crée un attachement particulier à ces deux hommes, le jeune et le vieux, qui se rejoignent grâce à la lecture.

Citations

« – Le syndrome du membre fantôme. Oui, parfois, le membre amputé te démange, tu ne peux pas te gratter et ça vire au cauchemar. Imagine ! Vingt-sept mille livres que je ne peux plus feuilleter. »

« Mes livres et mes archives sont à la fois ma garde, mes épouses et mes soldats, et en brûlant, leurs cendres mélangées aux miennes pourront servir d’engrais à un arbre, qui sait ? L’audace serait qu’on me disperse dans une usine de pâte à papier ! Le délire, Grégoire. (…) Ma mégalomanie enfin comblée ! Le nombre de livres à la fabrication desquels je serais ainsi mêlé. »

Ciao Bella

Serena Giuliano

280 pages

Le Cherche-midi, 2019

Je remercie les éditions du Cherche-midi et Babelio pour l’envoi de ce livre dans le cadre de la rencontre avec l’auteure le 25 mars 2019.

Anna est enceinte de son deuxième enfant. Et consulte une psy. Parce qu’elle a des peurs, de toutes sortes, depuis toujours. Mais aussi et surtout à cause de sa première grossesse, qui s’est mal terminée.

Mais Anna ne supporte pas vraiment d’être assistée non plus. Alors elle râle. Elle se plaint. Elle se compare.

Et nous ressemble finalement beaucoup! Certes, son enfance n’a pas été toute rose entre un père joueur, une mère sévère et une sœur autiste… mais Anna avait sa nonna, sa grand-mère, celle qui lui permettait de s’échapper de cet univers qui ne lui convenait pas.

Alors Anna se confie à sa psy, mais nous lisons ses pensées, ses remarques, ses coups de gueule, ses traits d’humour. Et heureusement qu’elle en a, de l’humour!!! Alors de 2010 à 2018, et c’est ce qui fait le charme de ce livre, les réflexions tristounettes alternent avec des remarques à mourir de rire (dès le premier chapitre « une symphonie du moche en ré laideur » pour décrire le cabinet de consultation!). De très courts chapitres amènent un rythme soutenu, et dévoilent la réflexion sur le passé grâce à la résurgence des souvenirs et leurs conséquences sur le présent, avec cette volonté toujours présente d’en finir avec ces peurs qu’Anna sait irrationnelles, mais également d’aller enfin de l’avant.

La rencontre avec cette sympathique auteure a permis de mieux cerner l’approche scripturale. Serena Giuliano a en effet mis beaucoup d’elle dans le personnage d’Anna. Les peurs, ce sont les siennes. La volonté d’y échapper par l’écriture, idem. Et la nécessité de passer par une alternance de dialogue et de journal intime pour y instiller de l’humour et ne pas tomber dans le « pathos », allier rythme et chapitres courts, cela correspond à ce qu’elle aime lire. C’était plus facile de piocher dans son quotidien pour écrire, même si tout ne lui ressemble pas. L’auteure a également choisi de lever des tabous : non, toutes les jeunes mamans ne sont pas « gagas » de leur enfant, oui, aller voir un « psy » peut faire du bien et il n’y a pas à en avoir honte… et surtout une thérapie se conçoit sur du long terme !

Forte des rencontres virtuelles avec d’autres femmes sur son blog « wonder woman » et de l’appui de sa famille et de ses amies, Serena Giuliano a écrit Ciao Bella en se servant de sa propre expérience de petite fille venue d’Italie qui a dû s’adapter très vite à une autre culture, qui a conservé une grande tendresse pour sa « nonna » dont elle a pu prolonger le souvenir en la recréant dans son livre. La magie de l’écriture ! Se décrivant elle-même comme « un cerveau d’hyperactive dans un corps de feignante », Serena Giuliano est toujours en alerte pour noter des pensées et idées pour son blog ou ses livres.

Ciao Bella aborde des sujets très difficiles, tabous même pour certaines personnes, mais l’écriture alerte et l’humour en font un premier roman plein de fraîcheur avec un message de l’auteure à travers son personnage : il est possible d’apprendre à vivre avec son passé et de se servir de ses faiblesses pour en faire une force.

Une vraie réussite !

Citations

« C’est l’heure des dessins animés. Il y a Princesse Sarah. Je l’envie tellement. Tout le monde me dit que c’est triste ce qu’elle vit.

Mais elle n’a pas de parents et possède une magnifique poupée. Le rêve. »

« Je veux rentrer chez moi. Le problème, c’est que je ne sais plus du tout où c’est. »

« Elle est encore plus hypocondriaque que moi et nous avons la même formation en médecine : bac Doctissimo + 8. Avec spécialisation en recherches Google. »

« J’aime écrire car cela ne fait pas de bruit. L’écriture permet de crier en silence, de pleurer sans larmes, de communiquer sans paroles.

Parler, c’est terrifiant. »

Ma sœur, serial killeuse

Oyinkan Braithwaite

Traduit par Christine Barbaste

239 pages

Éditions Delcourt Littérature, 2019

Lu 17/02/2019

Un grand grand merci aux Éditions Delcourt Littérature pour l’envoi de ce livre dont la couverture me plaît toujours autant!

Nigeria. La narratrice, c’est Korede. Sa sœur, c’est Ayoola. Korede est laide, Ayoola est magnifique. Enfin, ça c’est ce qu’on voit.

Parce que Ayoola a la fâcheuse tendance à aimer se faire aimet des garçons, mais à ne pas les supporter bien longtemps. Et que ses réactions sont plutôt radicales. Et que ça se traduit souvent par un appel à sa sœur pour faire place nette. Or Korede, qui aime beaucoup sa sœur, n’en peut plus de se rendre complice de la disparition de ses conquêtes. D’autant que Korede est infirmière, et que son rôle, c’est tout de même de favoriser la vie des gens, pas le contraire!

Alors Korede déborde, il lui faut parler, se confier! Et quoi de mieux que ce patient dans le coma pour épancher tous ses petits secrets inavouables ? Et surtout en profiter pour expliquer la position de chacune des sœurs au sein d’une famille africaine complexe, dont l’ombre du père disparu rôde encore.

D’autant plus que Ayoola a décidé de séduire l’homme que Korede aime en secret : comment alors concilier la protection de cet homme avec l’amour de sa sœur ? Et enfin satisfaire leur mère qui rêve de voir mariée sa préférée Ayoola?

Avec humour et dérision, entre crimes bien noirs et tendresse familiale, Oyinkan Braithwaite livre une satire sociale d’un pan de vie africaine entachée de corruption et de traditions douteuses, dans un livre impossible à lâcher. J’ai ri, je me suis étonnée, j’ai été choquée, et j’ai tout aimé, que dis-je, j’ai adoré, oui même la fin, qui me semble dans la continuité totale de ce qui précède.

Citations

« Cela prend beaucoup plus de temps de se débarrasser d’un corps que de se débarrasser d’une âme, surtout quand on souhaite ne laisser aucune preuve du meurtre. »

« Si j’étais convaincue qu’elle est amoureuse de lui, je pense que je pourrais me réjouir pour eux. Oui, j’en serais capable, je crois. Mais elle ne l’aime pas et, pour une raison qui m’échappe, il n’y voit que du feu. Il est aveugle, ou alors ça lui est égal. »