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Pourquoi ce blog

Il s’agit de l’extrait de l’article.

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Depuis que j’ai su lire… j’ai lu, que dis-je, j’ai dévoré! Jamais sans un livre en cours, de quelque catégorie qu’il soit, et je suis très éclectique en la matière. J’ai bien sûr commencé par Oui-Oui, Le Club des 5 et Le clan des 7 et lu à peu près tout ce que la bibliothèque rose proposait avant de passer à la bibliothèque verte – Alice a accompagné quelques années de ma vie avec Michel et bien sûr les Soeurs Parker, entre autres. Peu portée sur les classiques « obligatoires » prônés par l’éducation nationale, j’ai plongé dans la bibliothèque familiale très fournie et me suis délectée des Cesbron, Stevenson, De Foe, Dumas (père et fils), Verne, contes de Perrault et Andersen, …, tandis que l’abonnement à un célèbre distributeur me permettait d’accéder à des ouvrages plus contemporains, notamment des biographies.

Et déjà lire la nuit… pas en raison d’insomnies récurrentes, non non, mais parce que je voulais à tout prix connaître le dénouement! Je me souviens d’une nuit blanche en fin d’année de 3ème pour avoir voulu finir « Les derniers jours de Pompéi ».

Et d’avoir réitéré à la lecture des aventures de Rouletabille, dont les passages du « Château noir » sont encore dans ma mémoire, terrifiée au moindre bruit de la maison endormie!

Adulte, j’ai eu la chance d’avoir un accès illimité à une bibliothèque d’entreprise dont les livres étaient certes un peu vieillots mais dont les rayons largement fournis ont fait mon bonheur, avant qu’une bibliothécaire dépoussière l’ensemble et me permette d’accéder aux Werber, Jacq, Gallo, … C’était l’époque où je lisais sans discontinuer de la porte du foyer à celle du bureau en passant par le bus, le train et la rue, en pestant contre la pluie qui m’empêchait d’accéder à la suite de l’ouvrage en cours!!!

Et puis, cette énorme bibliothèque dans le château de ma commune, où j’accompagnais mes enfants côté « jeunesse », les laissant quelques minutes choisir leur propre lecture (la série « Monsieur » ou « Madame » a fait notre joie à toutes les trois pendant un certain temps) et m’éclipsais le temps de passer du côté des adultes emprunter les tout derniers livres parus! Policier (Cornwell, Japp, George), science-fiction, espionnage (Cussler, Easterman), romance (Steel), biographie (Lapierre), historique (Follet), … tout faisait ventre!

Et les insomnies sont arrivées, me permettant de grapiller encore du temps de lecture. J’ai alors investi (j’aurais sans doute dû prendre quelques actions dans la société!) dans l’achat de livres mis à disposition par un dépôt-vente et commencé mon fond de lecture. Et pratiqué (toujours d’ailleurs!) le prêt avec mes chères amies, chacune enrichissant l’autre de ses découvertes.

Et depuis une dizaine d’années, je fréquente (très) activement la médiathèque de ma ville où j’ai découvert très récemment (2016), le Club des lecteurs mensuel. Enfin l’occasion de partager, dans un cadre adapté, avec d’autres passionnés, de découvrir d’autres auteurs, d’élargir mon horizon littéraire!!!

Et cette envie de partager, j’en avais bien l’idée autrement, mais pas encore prête peut-être à me lancer… alors merci à ma Marraine Eli Zabeth, dite Zabouille, de m’avoir donné le petit coup de pouce!

Bonne découverte et surtout… bonne lecture!

(PS : ce blog est en cours de construction, soyez indulgents svp mais n’hésitez pas à me donner vos avis, idées pour l’améliorer)

A ceux qui se croisent

Pauline Maurenc

479 pages

Robert Laffont, 2019

Je remercie les éditions Robert Laffont et Babelio de m’avoir adressé ce livre dans le cadre d’une masse critique privilégiée.

Tout au long de la lecture, je me suis demandée quel serait mon avis définitif. L’intrigue portée en quatrième de couverture me plaisait, avec cette femme, Lucy, qui perd sa voix et décide de tout laisser derrière elle quand elle apprend que son mari Laurent lui a menti depuis toujours. Les cassures, les façons de se relever, les fêlures qu’on porte en soi souvent sans le savoir sont des sujets qui m’intéressent.

La première partie, la mise en place, se situe à Nice et aux alentours : Lucy y a une vie bien rangée dont elle va s’extraire presque sur un coup de tête. On y découvre la vie bourgeoise, les faux-semblants, les bien-pensants. C’est là aussi que Lucy va rencontrer Paul, pour la première fois, complètement par hasard.

Lucy vient d’apprendre la trahison de son époux, elle est déboussolée mais ne se laisse pas pour autant atteindre par ce Paul toujours entre deux avions et qui lui confie sa carte de visite. Ils partagent à ce moment des visites dans l’arrière-pays niçois et quelques furtives confidences.

La deuxième partie, c’est New-York. Autant Nice était lumineux, autant il en ressort une impression de froid et de grisaille. Peut-être parce que Lucy s’est enfuie après avoir perdu sa voix, que son corps a trahi ce que son esprit lui refusait. Lucy est confuse, elle essaye de se faire une place dans la ville grouillante, il y a une sensation de lenteur qui s’installe dans cette période presque d’hibernation, d’introspection. Et Lucy fait appel à Paul qui la retrouve et l’accueille dans sa maison. Commence alors une valse-hésitation des sentiments : ces deux-là se cherchent, ils savent qu’ils se trouveront, oui mais pour combien de temps? Car Paul refuse que Lucy s’attache à lui par défaut, pour combler en quelque sorte le vide de sa vie. Alors qu’ils commencent néanmoins à former quelques projets communs, Lucy est appelée en urgence à Nice où son père est malade, et Paul doit se rendre en Australie.

La troisième et dernière partie est celle des décisions. Mais au prix de nombreuses larmes, de projets avortés et de tri entre rêves et réalité. C’est le moment de la prise de conscience de Lucy, de sa transformation pour envisager de mener sa vie comme elle le souhaite vraiment.

Mon avis est mitigé. La lenteur semble caractériser l’ouvrage, ce qui m’a gênée à plusieurs reprises et qui m’a fait le lâcher pour en lire d’autres en parallèle. Cette femme qui s’est laissée vivre et porter pendant longtemps mais qui doit désormais faire face et prendre des décisions, presque à son corps défendant, ne m’a pas vraiment touchée. J’ai trouvé le personnage de Paul très dur par moments, même si l’on comprend que les blessures de son passé et une envie de ne pas être « accroché » à l’autre façonnent son raisonnement.

Pour autant, l’écriture, les échanges épistolaires particulièrement, certains passages, certaines expressions m’ont plu. Dont évidemment celle qui fonde le titre, le toast porté « A ceux qui se croisent… et qui ont le courage de s’arrêter ».

Et en se penchant sur la totalité du livre, il en ressort que ce sont en effet les rencontres qui peuvent modifier le cours d’une existence : des gens croisés, des personnes qui au détour d’une conversation vont permettre d’éclaircir une situation complexe. Mais on enfonce un peu des portes ouvertes, me semble-t-il.

Il s’agit plus précisément d’une réflexion sur le désir, l’amour et leurs manifestations, la possession, les incompatibilités de vie et notamment celle de la vie commune. Ce choix de construire un amour sur deux existences qui se doivent d’être complètes et indépendantes pour qu’il puisse s’épanouir pleinement.

Et une découverte de la poésie de Leonard Cohen, que je ne connaissais pas…

Citations

« J’avais toujours cru que l’amitié avait des capacités de survie bien supérieures à celle de l’amour. Je découvrais que j’ignorais à peu près tout de l’une comme de l’autre, que je m’étais contentée de croire ce qu’on en disait autour de moi, et que renoncer à toutes ces certitudes, au fond, ne m’affectait pas beaucoup. »

« Lucy est un cas rarissime d’abandon aux hasards de la vie », dit alors Paul de sa voix douce et mate. »

« (…) Les surprises que la vie nous jette à la tête, on ne peut guère les éviter. À partir de là, il n’y a que trois solutions. Change it, love it, or leave it. Tout le reste est du bavardage et ça ne peut pas durer. »

Forteresse digitale

Dan Brown

507 pages

Le livre de poche, 2014, Jean-Claude Lattes, 2007

Fort Mead, Maryland.

Susan Fletcher, cryptologue, et son fiancé David Becker, professeur de littérature, s’apprêtent à partir en week-end quand David est appelé pour un déplacement et Susan demandée par son patron à la NSA. En effet, la machine qui permet de décrypter les codes lancés sur l’internet et qui est habituellement très efficace, n’arrive pas à l’opérer pour le code en cours.

On découvre ainsi qu’un complot permettant de crypter totalement les échanges sur le net a été fomenté par un ancien agent de la NSA qui voulait dénoncer l’ingérence de cette agence dans la vie privée des personnes.

Sur vingt-quatre heures, on va suivre en alternance la progression lente de la résolution de l’énigme par Susan et son patron et la course poursuite de David à Séville, ce qui donne un roman qu’on n’a

pas envie de lâcher. Mais qui ne m’a pas semblé très crédible par certains côtés (l’envoi d’un civil pour récupérer un objet pour une agence de sécurité…), ce qui m’a gênée.

Sinon, les messages sont totalement d’actualité entre nécessité de protection des états et de leurs ressortissants et désir de protéger son intimité, et l’ensemble plutôt divertissant.

Tout n’est pas perdu

Wendy Walker

Traduit par Fabrice Pointeau

346 pages

Sonatine, 2016

Fairview, Connecticut.

Alan Forrester est psychiatre et le narrateur de ce livre. Son propos est d’exposer le compte-rendu de ses entretiens avec les protagonistes de l’affaire concernant Jenny Kramer, jeune fille violée et torturée lors d’une fête étudiante.

Jenny a en effet subi une sorte d’effacement médicamenteux de sa mémoire, qui aurait dû l’aider à surmonter le traumatisme, mais en fait son corps passe outre son esprit.

Le docteur Forrester intervient à la demande de sa famille pour lui faire recouvrer les souvenirs.

Ce faisant, il explore les ressorts des liens familiaux, des failles des parents de Jenny, Charlotte et Tom, tout en se confrontant à sa propre vision de la vie de famille et de couple et à d’autres patients qu’il reçoit en thérapie.

J’aime cette intrusion dans les méandres du cerveau et ses interactions avec le corps, ces appartés surdles personnes qui ne semblent pas avoir de lien immédiat avec l’affaire. Au-delà de l’intrigue, ce thriller très documenté est remarquable pour qui s’intéresse au fonctionnement du cerveau, aux recherches sur le syndrome de stress post-traumatique, aux mécanismes de protection psychologique.

Et toute l’histoire, ainsi que les agissements du psychiatre, éveillent des sentiments très divers : émoi, incompréhension, révolte, empathie, …

Avec la question sous-jacente : que feriez-vous, en tant que parent, si votre enfant était agressé de cette façon ?

L’alternance des entretiens thérapeutiques et des pensées et ressentis du psychiatre est rédigée de façon à ce que le lecteur se retrouve dans le cerveau d’Alan et évolue avec lui, ouvrant ses propres tiroirs mémoriels quand il le souhaite. C’est remarquable, et j’ai pris ainsi mon temps pour le lire, malgré mon envie d’avancer dans l’intrigue.

Un coup de cœur pour cet excellent thriller dont je n’avais pas vu venir le dénouement!

Citations

« Jenny aucun souvenir de son viol, mais la terreur continuait de vivre dans son corps. Le souvenir physique, cette réaction émotionnelle qui était désormais programmée en elle, n’avait rien à quoi se rattacher – aucune série de faits pour le replacer dans un contexte. Et donc il errait librement en elle. »

« Nous sommes de petits êtres sans importance. C’est seulement la place que nous occupons dans le cœur des autres qui nous remplit, qui nous donne notre raison d’être, notre fierté, et notre perception de nous-mêmes. »

Aya

Marie-Virginie Dru

221 pages

Éditions Albin Michel, 2019

Épreuves non corrigées

Je remercie les Éditions Albin Michel et Babelio de m’avoir permis de découvrir ces épreuves non corrigées du livre de Marie-Virginie Dru dans le cadre d’une masse critique privilégiée.

RER, 7 h 30. Je commence le roman.

Le premier chapitre s’ouvre sur une scène atroce. Je ferme le livre.

Je prends une grande inspiration. Je me dis que j’espère que la petite Aya va s’en sortir, qu’elle va connaître autre chose dans sa vie que cette mère qui semble indifférente et cet oncle ignoble.

Mais voilà, j’ai déjà été embarquée par l’écriture, ces phrases courtes associées au vocabulaire imagé qui proposent une atmosphère presque sans nuances entre lumière et ombre sur la petite île au large du Sénégal.

La lumière, c’est celle de l’Afrique, de Dakar, de ses tissus chamarrés et chatoyants, de ces enfants courant vers la mer, de ces voix haut perchées qui célèbrent tant la vie que la mort. C’est Ousmane, l’amoureux d’Aya, celui à qui la fillette ne peut se confier mais dont la présence est si précieuse.

L’ombre, elle, est là aussi, tapie, prête à sauter sur celui qui déroge aux traditions, mais ici elle s’attache spécialement à la famille d’Aya. Une famille heureuse, dans le souvenir de la petite fille, jusqu’au drame qui a modifié le cours de leurs existences. Notamment celle de son frère parti pour la France et qui ne donne pas de nouvelles. Mais quelques points lumineux viennent en aide à Aya : Madeleine, Camille la photographe, Mona de la Maison Rose.

Ce livre célèbre à travers l’histoire d’Aya deux faces de l’Afrique, tournée fortement vers le passé et ses traditions, mais aussi vers l’avenir par la représentation d’une Europe idéale.

C’est aussi l’histoire des rencontres ratées, des secondes qui pourraient tout changer, celle de la mort et de la vie, voire de la survie : « Maintenant il s’agit de vivre ».

C’est le pouvoir du premier amour partagé, et l’envie du retour aux sources.

C’est un très beau premier roman, lumineux et sombre, entre rires et larmes, plutôt des larmes…

Citations

« Parler, c’est comme deux mains qui se tiennent, les paroles créent le lien. »

« – Ça veut dire quoi?

⁃ Dépressif ? C’est quand on est triste tout le temps. C’est quand on voudrait faire l’autruche, enfoncer sa tête dans le sable et ne plus la sortir. C’est quand on est aussi faible que la feuille arrachée à l’arbre qui flotte sans savoir où elle va.

⁃ Ah oui ! Chez nous on sait pas être comme ça. On a mal au ventre, ou mal à la tête. Alors on dort et ça va mieux.

⁃ Pourtant vous avez une vie pas facile, bien plus dure que la nôtre.

⁃ Oui, madame toubab chérie, c’est ce que j’appelle la justice de Dieu ! Nous on n’a rien, mais on a le sourire dans le cœur, vous, vous avez tout, mais vous ne le voyez pas… »

« Ne me secouez pas, je suis pleine de larmes. »

Juste avant le crépuscule

Stephen King

Traduit par William Olivier Desmond

618 pages

Le Livre de Poche, 2012, Éditions Albin Michel, 2010

Juste avant le crépuscule est un recueil de treize nouvelles.

Il s’ouvre sur une préface de Stephen King qui explique les différences de travail de rédaction entre un court écrit et un roman, et ce qui l’a amené à écrire ces nouvelles.

En postface, l’auteur propose des notes dans lesquelles il éclaire la façon dont il a écrit et/ou porte une appréciation sur chacune de ces nouvelles. J’ai bien aimé savoir ce qui avait conduit à l’écriture sur tel ou tel thème.

En effet, il s’agit dans l’ensemble de nouvelles aux thématiques très variées, de longueur très différentes également, et pour moi une découverte de cet écrivain de grande renommée mais dont l’univers ne m’attirait pas a priori. Cependant, comme j’aime me faire mon propre avis, j’ai préféré tenter la lecture de courts récits plutôt que m’embarquer dans des volumes trop longs.

Voici donc mon avis sur chaque nouvelle :

1.Willa (39 pages)

Crowheart Spring, Wyoming.

Dans la gare de cette petite ville perdue, des personnages attendent un train qui semble ne jamais vouloir venir. David part à la recherche de sa fiancée Willa, qui a quitté la gare. Il la retrouve dans la bourgade qui se situe un peu plus loin, dans un bar dans lequel on donne un concert. Mais les gens autour d’eux paraissent les ignorer.

Je n’ai pas accroché au début de cette nouvelle, je ne la comprenais pas. Je me suis forcée à continuer et j’ai compris ce qu’il en était, mais c’est sans doute la nouvelle que j’ai le moins aimé. Peut-être vaudrait-il mieux ne pas commencer la lecture par celle-là…

2.La fille pain d’épice (53 pages)

Emily essaye de faire le deuil de son bébé Amy, décédée de la mort subite du nourrisson, en courant de plus en plus. Son mari Henry lui en faisant le reproche, elle décide d’aller s’installer dans la petite maison que possède son père dans les Keys de Floride, pour pouvoir courir tout son soûl. Alors qu’elle se remet petit à petit et commence à s’ouvrir à nouveau, Emily est entraînée malgré elle dans une aventure terrible. La course à pied pourrait bien jouer un autre rôle que de la remplir d’endorphines!

J’ai adoré cette nouvelle, presque un mini-roman, dont les descriptions sont précises et permettent vraiment de visualiser les scènes portées par Emily. L’explication du titre est donné dans les notes.

3.Le rêve d’Harvey (17 pages)

Connecticut.

Entre rêve et cauchemar, aux confins de l’illusion et de la réalité, une discussion entre deux sexagénaires qui d’ordinaire ne trouvent plus rien à partager, une angoisse qui monte : où s’arrête le rêve ?

Très courte nouvelle que j’ai bien aimée, car la vision de l’épouse sur son mari et ses enfants est sans filtre et pose la question des sacrifices personnels effectués pour mener à bien une vie familiale.

4.Aire de repos (29 pages)

Floride. Un auteur de romans qui écrit sous pseudonyme les aventures d’un héros qui n’a peur de rien, se retrouve confronté à sa propre peur et aux décisions à prendre en entendant une femme se faire battre par son conjoint

sur une aire de repos d’une autoroute.

Un peu de schizophrénie pour une histoire plutôt amusante.

5.Vélo d’appart (57 pages)

New York

Trop de cholestérol ? Vous devriez faire un régime! Voilà pourquoi Richard, graphiste, commence à utiliser un vélo d’appartement et se prend au jeu d’imaginer un vrai parcours qu’il dessine sur le mur… mais il semble que ce qu’il dessine ne reste pas à l’identique!

Sans doute ma nouvelle préférée, pour l’analogie (que je ne dévoilerai pas), et l’envie qui peut nous prendre parfois de « rentrer dans le tableau », entre rêve et réalité.

6.Laissés-pour-compte (51 pages)

New York.

« Objets inanimés avez-vous donc une âme? » disait en substance Lamartine. C’est un peu l’enjeu de cette nouvelle dans laquelle Scott, un ancien employé du World Trade Center, voit apparaître chez lui des objets ayant appartenu à ses collègues qui ont disparu dans l’effondrement des tours jumelles.

Une nouvelle très touchante.

7.Fête de diplôme (11 pages)

New York. Janice n’est pas vraiment de la même classe sociale que Bruce, son petit copain. Et sa famille à lui n’hésite pas à le lui rappeler : leur relation ne peut être que temporaire. Sauf que Janice a décidé qu’elle-même y mettrait fin ce soir, après la fête qui sanctionne l’obtention de leur diplôme. Ainsi, leurs chemins se sépareront. Mais la vie est pleine d’imprévus…

J’ai bien aimé la réflexion de la jeune fille sur les classes sociales, sa totale lucidité dans un monde très huppé mais dès lors très codifié.

8.N (91 pages)

Une jeune femme, Sheila, adresse un courrier assorti d’un dossier à un ancien ami d’enfance devenu médecin, Charlie. Son frère Johnny, ami commun devenu psychiatre, vient de se suicider, et Sheila pense qu’il a souffert des mêmes troubles que le patient dénommé « N » dans le dossier.

Aux confins de l’horreur et des troubles de l’esprit, Stephen King nous entraîne dans un champ d’incertitudes dans le Maine.

Êtes-vous bien sûr de vouloir lire ça ? Vous ne devriez pas!

9.Le chat d’enfer (27 pages)

Connecticut.

Un tueur à gages est sollicité pour tuer un chat, lui-même meurtrier de trois personnes. Par vengeance.

Le tueur à gages ne croit pas trop à cette fable, mais le contrat est juteux, alors il emmène le chat.

Brrrrr, je vais sans doute me méfier un peu plus de mon chat, désormais! Courte mais horrible nouvelle.

« Le chat somnolait et ronronnait sur les genoux de Halston, qui le caressait et le grattait de ses doigts de tueur professionnel. »

10.Le New York Times à un prix spécial (15 pages)

New York.

Annie vient de perdre son mari dans un accident d’avion et prépare ses funérailles quand le téléphone sonne : c’est James. Ses propos sont incohérents mais Annie est heureuse de lui parler.

Je ne pense pas avoir tout compris à cette nouvelle très bizarre!

11.Muet (39 pages)

Nouvelle Angleterre.

Monette, représentant de commerce toujours sur les routes vient se confesser auprès d’un prêtre et lui raconte qu’il a un jour pris un auto-stoppeur muet à qui il a raconté sa vie.

J’ai bien aimé l’histoire même si j’ai toujours du mal à me faire à l’écriture de Stephen King et que j’avais très vite deviné la chute.

12.Ayana (30 pages)

Pennsylvanie

Êtes-vous vraiment malade ? Peut-être qu’un baiser pourrait tout changer… Celui d’Ayana a tout changé pour le père du narrateur, et pour le narrateur encore plus!

« La définition médicale de miracle est erreur de diagnostic. »

13.Un très petit coin (90 pages)

Floride

Un beau quartier, de jolies maisons, un très beau terrain dont deux hommes se disputent la propriété : Curtis Johnson souhaite le conserver tel quel pour sa beauté, Tim Grunwald le promoteur y construire une autre de ses maisons.

L’antagonisme entre les deux voisins atteint son paroxysme lorsque Grunwald piège Curtis dans les sanisettes d’un de ses chantiers. Comment se sortir de ce si petit coin ?

Évitez de lire cette nouvelle avant de passer à table, sauf si vous êtes au régime!!! Les détails sont très « parlants », voire odorants, mais outre l’histoire de vengeance, on trouve ici la façon de réagir à une claustrophobie avérée (l’espace clos), mais aussi à une claustrophobie mentale.

Mon avis global :

Dans l’ensemble, les nouvelles (histoires) m’ont plu, mais je ne suis pas sûre de vouloir lire un roman de Stephen King dans sa totalité.

En effet, je n’accroche pas toujours à l’écriture, et surtout, je ne suis pas attirée par les histoires qui vont au-delà de la réalité (qui me mettent mal à l’aise) alors que je ne boude pas la science-fiction par ailleurs… J’ai ainsi lu les nouvelles dans le désordre, et surtout entre deux livres aux univers très différents.

J’aurais essayé !

Toute une vie et un soir

Anne Griffin

Traduction de Claire Desserrey

269 pages

Éditions Delcourt Littérature, 2019

Quoi de plus banal qu’un vieil homme qui raconte sa vie?

Mais lorsque cette vie a été marquée par des grandes douleurs, la pudeur du narrateur est éprouvée.

Alors cet homme, Maurice Hannigan, accoudé au bar du Rainsford House Hotel, narre intimement sa vie à son fils -comme s’il était à côté de lui et non de l’autre côté de l’Atlantique-, en portant des toasts aux êtres qu’il a aimés. Ce faisant, le lecteur entre dans la tête de Maurice, dans ses pensées, son univers, et pénètre jusqu’à son cœur qui dévoile enfin ce qu’il n’a jamais dit. Car un Irlandais ne se confie pas, ne s’épanche pas, il subit et il se venge parfois. « C’est comme si on s’enfouissait toujours plus loin dans notre solitude. Tous ces hommes assis seuls au comptoir, remâchant en boucle les mêmes pensées. Si tu étais à côté de moi, fiston, tu entendrais rien de tout ça. Je saurais pas par où commencer. Dans mon cerveau, tout est clair, mais le clamer devant tout le monde, à quelqu’un d’autre ? »

Et l’on comprend comment l’enfance de Maurice et l’antagonisme avec la riche famille Dollard ont pu façonner l’homme qu’il est devenu, ou qu’il veut paraître. Car aux détours de ses souvenirs se dessine l’enfant éploré par le deuil de son frère adoré, l’homme profondément épris de sa femme mais qui ne le lui a pas toujours montré, le père fier de son fils mais trop peu à l’aise avec lui tant leurs univers semblent opposés.

Anne Griffin compose dans ce premier roman un portrait sans concessions mais tout en douceur de cet homme qui fait le point à l’automne de sa vie. L’écriture m’a attrapée tout de suite, je suis partie en Irlande dans ce bar, j’ai suivi Maurice à l’école et dans les champs, je l’ai vu se faire battre par Thomas Dollard, rencontrer sa belle-famille, se marier, … et si les larmes sont montées plus d’une fois au cours du récit, elles ont fini par déborder à l’issue de l’ouvrage.

Simplicité, honnêteté et pudeur font de ce vieil homme un personnage très attachant, qui nous fait partager les périodes importantes de sa vie et que l’on quitte sur la pointe des pieds, mais le cœur serré.

Je remercie les Éditions Delcourt Littérature pour m’avoir adressé ce très beau livre, tant par sa couverture attrayante que par l’histoire et son écriture.

Jubilee (Tomes 1 et 2)

Margaret Walker

Traduit par Jean-Michel Jasienko

279 + 284 pages

J’ai lu, 1978, Éditions du Seuil, 1968

Georgie, début du dix-neuvième siècle.

Le livre s’ouvre sur l’agonie en couches de Netta, jeune esclave noire de moins de trente ans, dont le maître de la plantation John Morris Dutton s’est servi pour assouvir ses pulsions.

De leur union est notamment née une fille, Vyry, à la peau blanche, qui ressemble étrangement à la fille légitime de John, Liliane. A la mort de Netta, Vyry a deux ans et reste confiée à « maman Sukey », qui l’a élevée quasiment depuis sa naissance, comme « tous les autres bâtards du maître ».

Quelques années plus tard, âgée de sept ans et donc en capacité de travailler selon l’usage, Vyry devient la femme de chambre de Liliane.

Mais la mère de Liliane ne supporte pas cette petite fille qui ressemble tant à Liliane et qui lui rappelle l’infidélité de son mari. Alors elle maltraite la fillette jusqu’à ce qu’elle soit confiée à la cuisinière. C’est ainsi que Vyry apprend ce métier et qu’elle peut être un peu mieux alimentée que les autres esclaves de la plantation.

Vyry grandit et s’éprend d’un Noir libre, Ralph Ware. Cependant, son père refuse toujours de la libérer et bien qu’elle finisse par se marier en secret avec Ralph et par avoir des enfants avec lui, Vyry reste au service de son maître.

La guerre de Sécession bouleverse le semblant d’équilibre entre les maîtres de la plantation et leurs esclaves. Ralph s’enfuit, mais Vyry n’arrive pas à se résoudre à le suivre en abandonnant ses enfants.

Elle est l’une des derniers esclaves libérés à rester à la plantation pour s’occuper de sa demi-sœur Liliane qui a perdu l’esprit, notamment après les grands deuils qu’elle a subis.

Mais un jeune homme Noir, Innis Brown, propose le mariage à Vyry, qui n’ayant pas de nouvelles de Ralph, finit par accepter.

Commence alors une nouvelle vie de femme libre mais très vite rattrapée par la haine itérative des Blancs et le Ku Klux Klan.

Vyry et la nouvelle famille qu’elle forme avec Innis Brown doivent lutter pour survivre contre les malfaisants et contre les dangers qui surgissent de nouveau.

Il s’agit d’un magnifique livre sur une période terrible de l’Amérique, quand les États du sud voulaient conserver leurs traditions d’esclavage et de propriété, voire de droit de vie ou de mort sur les Noirs : il couvre une large période, avant, pendant et après la guerre, ce qui permet de bien comprendre tous les enjeux pour les uns et pour les autres. Cet ouvrage, écrit par l’arrière-petite-fille de Vyry, dépeint ainsi les contrastes entre les différentes catégories de personnes qui cohabitaient ou voisinaient avant la guerre : les riches Blancs propriétaires de la plantation, les Blancs pauvres assimilés à des serfs, les Noirs asservis par les Blancs riches, et les Noirs libres mais dont les droits étaient tout de même très restreints. Les uns et les autres se méprisaient copieusement, s’injuriaient, et seuls les riches Blancs y trouvaient leur compte.

Après la guerre, le fait que Vyry ait la peau blanche lui ouvre de façon inattendue certaines portes et elle peut ainsi apprendre ce que croient les Blancs et surtout leurs intentions – souvent mauvaises – à l’égard des Noirs. Pour autant, jamais Vyry ne revendique le côté paternel : née esclave d’une mère esclave, elle est Noire au fond d’elle-même.

J’ai lu et vu « Autant en emporte le vent », auquel cet ouvrage a été comparé mais avec une vision du côté des Noirs, et c’est vrai qu’on y retrouve cette impression de grande fresque historique.

Mais là où Scarlett O’Hara ressemblait surtout à une petite fille capricieuse, Jubilee brosse le portrait d’une femme fière et forte malgré les souffrances endurées, une femme digne et dépourvue de haine.

J’ai vraiment beaucoup aimé me placer du côté de cette petite fille puis femme accomplie, partie de rien mais avec au cœur de vraies valeurs d’honnêteté et d’amour, profondément attachante.

Citation

« (…) Nous serons obligés de défendre vigoureusement nos droits naturels dans l’État de Georgie.

– Que voulez-vous dire exactement ?

– Je veux dire que nous serons obligés de défendre notre mode de vie traditionnel, notre système agricole, notre société fondée sur la division naturelle de l’humanité en maîtres et esclaves. »