Et pour le pire

Noël Boudou

252 pages

Taurnada Éditions, 13 mai 2021

Fin de lecture 26 avril 2021.

Je remercie les Éditions Taurnada de m’avoir permis de découvrir le talent de Noël Boudou, dont j’avais entendu parler (notamment Benzos), mais que je n’avais pas encore eu l’occasion de lire, grâce à la version numérique de Et pour le pire.

Vincent Dolt est un vieux monsieur aigri mais plein d’humour. En fait, il a toutes les raisons d’être aigri : il nourrit depuis 20 ans une vengeance contre les trois malfrats qui ont maltraité, violé et assassiné son épouse Bénédicte. Ces trois-là vont sortir de prison dans quelques jours, et Vincent se prépare à les tuer.

C’est Vincent lui-même qui raconte son histoire, les quelques jours qui le séparent de la mise à exécution de son projet. L’humour transparaît malgré tout dans les réflexions qu’il fait sur ce qui l’entoure, sur les gens, sur le quotidien.

On s’attache à l’homme meurtri au plus profond, on éprouve une tendresse pour celui qui voudrait tant rejoindre sa compagne. Anticlérical de naissance, grand amateur de bières (il faudrait compter le nombre de bouteilles bues au long de ce livre !), il joue les gros durs alors qu’il a tout simplement atteint la fin de son envie de vivre.

« Il faut bien un début à tout. Ne pas mourir idiot. Ne pas mourir innocent. Si je me suis trompé et que le dernier jour je me retrouve devant saint Pierre, je vais avoir l’air fin. Je préfère saint Patrick, au moins, chez lui, on boit des bières. »

Il semble que les projets de Vincent pourraient d’ailleurs être contrecarrés par l’arrivée de ses nouveaux voisins, un couple avec deux enfants. L’homme est une force de la nature, la femme magnifique et possède des qualités insoupçonnées, et leurs enfants apportent de la vie dans le jardin… Leurs relations débutent mal, mais Vincent se laisse peu à peu apprivoiser… sauf que le danger est là, qui rode autour de lui, et d’eux tous à présent qu’ils sont familiers !

Car si Vincent souhaite se venger, les assassins n’ont pas plus digéré leur emprisonnement et c’est une sorte de ligue qui va s’en prendre à lui.

Vincent va devoir apprendre à compter ainsi sur ses nouveaux amis : un homme, un chien, une femme et un fusil… pour le pire !

Voici un des meilleurs thrillers que j’ai lus ces derniers mois. J’ai été émue, bouleversée, horrifiée, choquée, surprise, j’ai également ri (hé oui !), et c’est incroyable à écrire tant le sujet est terrible, mais c’est un coup de cœur !

Le cheptel

Céline Denjean

940 pages

Pocket, 2020, Hachette Livre(Marabout), 2018

Fin de lecture 25 avril 2021.

Difficile de chroniquer ce livre sans en divulguer trop sur l’intrigue.

Prêté par une de mes collègues, c’est le premier ouvrage que je lis de Céline Denjean, et ce ne sera pas le dernier ! Je regrette d’ailleurs de ne pas avoir lu les deux précédents, même si Le Cheptel peut se lire indépendamment, cela m’aurait permis de suivre notamment les aventures des policiers récurrents qui mènent l’enquête.

Trois récits aux normes littéraires différentes se succèdent au fil des chapitres.

Louis Barthes, un notaire en retraite, narre lui-même la quête des conditions de sa naissance, au coeur de l’occupation.

Un jeune garçon, Bruno, s’est égaré dans les montagnes pyrénéennes.

Atrimen, une jeune fille, est interpelée par l’autrice sur sa soumission à une Grande Prêtresse prête à tout pour assouvir son funeste dessein.

Ces trois histoires qui ne devraient pas se croiser se recoupent cependant lorsque le corps d’une jeune femme est découvert dans un ravin près de Nîmes. Une voiture qui pourrait avoir un lien avec le meurtre appartient à une riche famille toulousaine. Les indices recueillis sur les lieux s’accordent avec des faits connus d’un enquêteur d’Interpol, le Capitaine Merlot, relatif à une sorte d’élevage humain. L’ensemble des services centraux chargés de la sécurité et de la répression criminelle décident donc la création d’une entité spécifique pour cette enquête : la cellule TEH, pour Trafic d’êtres humains. Les brigades de gendarmerie de Nîmes et Toulouse (celle de la capitaine Eloïse Bouquet, héroïne récurrente) sont ainsi partie prenante de la cellule d’investigation TEH autour de Merlot.

Les enquêteurs doivent redoubler d’ingéniosité pour confondre les auteurs du meurtre de la jeune femme et remonter une filière de traite d’êtres humains.

« (…) Brandon démontrait que depuis la nuit des temps, les hommes n’étaient qu’une matière première comme une autre, que pouvoir et domination faisaient partie du patrimoine génétique de l’humanité, qu’il y avait toujours eu des maîtres et des esclaves et que ça ne changerait jamais. Il a conclu en parlant de la loi du plus fort ou du plus riche. »

Chacun des personnages est un héros à sa manière : le notaire en quête de son histoire, le jeune Bruno qui cherche à se dépasser, Atrimen et sa meilleure amie Élicen confrontées aux mensonges et à l’esclavage alors qu’elles se croyaient en sécurité au sein de leur communauté. Et puis ces valeureux policiers, qui risquent leur vie pour protéger des innocents ou arrêter des malfaiteurs. Les rivalités, les points d’achoppement juridiques, les horaires décalés, les deuils qu’on n’a pas le temps de faire, les relations exacerbées sont parfaitement mises en lumière dans l’ouvrage. Jusqu’à l’assaut final…

C’est excellent. C’est terrible. C’est horrible. C’est à vomir. Car alors qu’il ne s’agit ici que d’un livre, on sait que la réalité dépasse malheureusement la fiction…

Obsession mortelle

Michael Weaver

466 pages

Pocket, 1995, Belfond, 1994

Fin de lecture 3/04/2021

Paul Garret et sa femme Emily ont tout pour être heureux : ils profitent de leurs week-ends pour retaper la maison de leurs rêves, dans la montagne paisible loin de New-York.

Mais leur bonheur prend fin lorsqu’ils accueillent un jour un randonneur qui va s’avérer être un redoutable prédateur : Meade viole et assassine Emily sous les yeux de Paul et laisse celui-ci pour mort.

Après l’hôpital, Paul n’a de cesse de retrouver l’homme qui lui a ravi sa bien-aimée. Journaliste au New-York Times, il profite de sa position pour écrire et dénoncer les arcanes du sytème judiciaire qui permettent à des malfrats de sortir de prison sans avoir effectué la peine à laquelle ils ont été condamnés.

Ce faisant, Paul met le doigt dans un engrenage : il désire retrouver Meade et venger sa femme, mais Meade est un pervers qui veut aussi le retrouver et parachever son oeuvre mortifère, en l’informant de ses futurs crimes.

« Vous n’avez pas l’air de comprendre, poursuivit Meade, que vous êtes probablement la seule personne au monde à laquelle je n’ai plus besoin de mentir. Vous avez regardé au fond de mon âme et vous y avez vu le mal absolu. Voilà pourquoi vous m’êtes si précieux. Pour la première fois de ma vie, je connais quelqu’un avec qui je n’ai pas besoin de faire semblant. »

L’obsession mortelle se joue donc dans les deux sens.

Paul va pouvoir compter sur un policier, l’inspecteur Canderro, et l’ancienne contrôleuse judiciaire de Meade, Jacqueline Wurzel, pour l’aider dans sa traque du criminel… qui semble malgré tout avoir toujours un temps d’avance !

On suit donc le tueur dans ses œuvres, on l’observe préparer méticuleusement ses crimes sans pouvoir l’arrêter, tandis que Paul et Canderro enquêtent auprès de ceux qui connaissent Meade, y compris sa mère et les compagnes qu’il a eues.

Le tueur en série paraît cependant insaisissable, et mène ses poursuivants par le bout du nez. Cela conduit à de nombreux rebondissements, dont certains auraient pu être évités cependant…

C’est haletant (un peu long parfois), et c’est très violent. Meade est un tueur «intelligent», il calcule les crimes qu’il commet, ne cède pas à l’impulsivité, met en scène ses crimes. Donc, âmes sensibles, abstenez-vous !

Les voisins

Fiona Cummins

Traduction de Jean Esch

510 pages

Slatkine & Cie, 2021

Fin de lecture 20 avril 2021.

Je remercie les Éditions Slatkine & Cie de m’avoir adressé ce livre dans le cadre d’un service presse.

Comment sont vos voisins ? Gentils, serviables, bougons, avenants, antipathiques ? Avez-vous remarqué celui ou celle qui se cache derrière son rideau pour scruter tout ce qui se déroule dans votre rue ? Mais si oui, ne serait-ce pas parce que vous-même le faites aussi ? ….

L’Avenue où vous habitez, ce n’est pas simplement la barrière et le petit chemin qui mène à votre porte, les quatre murs d’enceinte qui vous sécurisent et permettent la distribution d’un nombre plus ou moins grand de pièces. Ce sont aussi ces êtres que vous croisez presque quotidiennement, ceux avec qui vous discutez un instant ou partagez un café, ceux dont vous vous contentez d’imaginer la vie ou que vous ignorez totalement.

Quand plusieurs crimes sont commis dans le bois près de L’Avenue, et qu’on commence à parler de serial killer, c’est d’autant plus inquiétant, car vous risquez de soupçonner tous vos voisins. Même si certaines maisons ont été désertées à cause de ces crimes.

« Car nul ne s’installait dans L’Avenue sans que la mort s’insinue par les interstices des murs. »

Et si, en plus, le mari d’une policière attachée à l’enquête fait partie des victimes, cela devient émotionnellement terrible.

Quand j’ai ouvert le livre de Fiona Cummins, j’ai eu l’impression d’être projetée dans Wisteria Lane : non parce que L’Avenue décrite est un lieu magnifique comme celui où vivent les fameuses « Desperate housewives », mais plutôt car chaque maison de ce charmant coin de l’Essex recèle son secret.

Fiona Cummins nous promène ainsi de porte en porte, nous retournant la tête : celui-là détient effectivement un secret, mais est-il relié aux meurtres ? Et celle-ci, pourquoi agit-elle ainsi ?

Et ces nouveaux arrivants, les Lockwood, on se demande bien pourquoi ils ont abandonné une magnifique maison pour venir s’installer ici…

La construction littéraire est particulière : elle alterne une narration émanant d’une personne inconnue, avec des chapitres décrivant ce qui se déroule dans chaque maison de L’Avenue, et des allers-retours entre passé et présent.

Pour essayer de démêler le vrai du faux, j’ai donc dessiné un plan de la rue avec les numéros des maisons et les noms de leurs habitants… mais s’il n’y avait que les humains… car il y a aussi des poupées, plus vraies que nature, qui semblent hanter le village et certains esprits depuis fort longtemps.

« Il estimait que chaque poupée devait raconter une histoire avec ses yeux, et qu’en y plongeant son regard, on apprendrait quelque chose de nouveau. »

Voilà, le décor est planté, à vous de promener votre regard au-dessus des haies bien taillées ou des jardins abandonnés, mais évitez à tout prix certaines maisons de L’Avenue, ne vous y promenez pas la nuit, voire même le jour, vous risqueriez d’y laisser votre peau…

Un très bon moment de lecture !