Un oiseau blanc dans le blizzard

Laura Kasischke

Traduit par Anne Wicke

306 pages

Le Livre de Poche, 2016, Christian Bourgoin Éditeur, 2000

Fin des années 90. Kat est une jeune fille de seize ans quand sa mère, Ève, disparaît un après-midi. « Personne ne la voit s’en aller, mais elle est est bel et bien partie ».

Et la police ne la trouve pas non plus, Eve semble s’être volatilisée.

Alors Kat se raconte, entre sa mère, son père, leur vie de famille dans la petite ville de Garden Heights, dans l’Ohio. Elle narre ses relations avec cette mère très ambivalente, plutôt glaciale que maternelle, engluée dans sa vie trop tranquille de ménagère au service du couple, son père installé dans son emploi d’intendant et sa vie très réglée, si simple.

Kat évoque (un peu trop peut-être !) sa propre sexualité naissante et dévorante au regard de sa vision de celle des adultes qui l’entourent. Elle montre combien sa relation avec Phil, alors qu’elle était une adolescente très potelée, a modifié son rapport à ses parents et à son propre corps.

Les années passent, les relations entre Kat et Phil évoluent, son père fréquente à nouveau, mais la question reste en suspens : où est passée Ève ? Les cauchemars de Kat se manifestent toujours, et la psychologue qui la suit l’aide à entrevoir ce que lui dicte son inconscient.

Laura Kasischke se joue une fois de plus du lecteur, tournant autour de ses personnages, proposant des raccourcis dans lesquels on pourrait bien s’engouffrer si on ne l’avait déjà lue… Et en effet, avoir une petite connaissance des combines de l’auteure m’a amenée à deviner assez rapidement le fin mot de l’histoire, sans pour autant tout comprendre, ce qui m’a permis de finir ma lecture avec plaisir, et horreur ! Oui, je sais, c’est peut-être très contradictoire, mais c’est tout naturel avec les romans de Laura Kasischke : elle écrit avec une telle fluidité, de façon si incisive, ses mots coulent, ses descriptions sont parfaitement évocatrices. Et dans le même temps, elle place ses personnages dans des situations qui font froid dans le dos. 😱

Encore un livre que je ne peux que recommander !

Citations

« Les banlieues sont plein de maisons de ce genre, décorées par des femmes comme celle-là. Ma mère avait la nausée quand elle regardait au fond de ces tasses à thé mélancoliques, quand elle sentait les tristes feuilles gorgées d’eau qui sombraient dans les théières peintes à la main. Rechercher une beauté exotique dans une telle ville de banlieue, c’était un peu comme avoir une boule de papier aluminium dans l’estomac, une boule de métal aéré qui vous emplit de faim et de désir. »

« Elle était tellement méchante. Un cas très classique de ressentiment et d’ambivalence, qui vient cogner et frotter contre l’instinct maternel. L’amour et la haine, en elle, étaient aussi vastes que l’espace – rien que des météorites, pas d’atmosphère. »

« Être une de ces lycéennes populaires c’était un peu comme être un lapin, une créature tremblante et éphémère, un simple désir vaporeux, plein de sagesse rétrospective, qui sautille. Une essence, une légère bulle d’air, de l’énergie fantasque qui entre et sort vivement d’un bas de jolie fourrure claire, sur le point d’être dépecée, membre par membre, par le chien égaré du Temps. »

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